Cette histoire n'est pas née de mon imagination, mais de celle de mon fils Liam, âgé de neuf ans.
Hier soir, il me raconte son rêve.
Pas un de ces rêves flous qui s'effacent au réveil, mais une aventure étonnamment précise, peuplée de personnages, de dangers, de mystères et d'émotions. Comme souvent chez les enfants, la frontière entre le rêve et le récit semble avoir disparu. Tout paraît réel. Les décors, les sensations, les peurs, les espoirs... comme si, pendant quelques heures, il avait véritablement vécu ailleurs.
Les rêves ont ce pouvoir singulier de nous faire voyager dans des mondes parallèles. Ils peuvent nous émerveiller, nous effrayer, nous réconforter ou nous bouleverser. Ils ignorent les règles du possible et ouvrent la porte à l'imagination la plus libre, la plus audacieuse, parfois la plus folle.
Fugitif Zéro est né de l'un de ces voyages nocturnes.
J'ai simplement eu la chance d'écouter cette histoire, de l'aider à prendre forme, de mettre des mots sur les images qu'il avait rapportées de son aventure. Les personnages, les rebondissements et l'étincelle qui anime ce récit viennent de lui.
Merci, Liam, d'avoir partagé ce rêve avec moi. Merci de l'avoir raconté, enrichi, corrigé lorsque cela te semblait nécessaire, et d'avoir accepté que nous le transformions ensemble en nouvelle.
Et qui sait ? Peut-être que quelque part, dans un autre rêve, Fugitif Zéro est déjà en train de vivre sa prochaine aventure...
Initialisation du récit
Fugitif Zéro
Mémoire active · signal instable · cible inconnue
Le soleil frappe encore la cour de l'école lorsque la sonnerie annonce la fin des cours. Comme chaque soir, les enfants du périscolaire jouent sous le regard distrait des animateurs. Certains courent derrière un ballon. D'autres discutent à l'ombre des arbres.
Moi, je regarde les nuages. J'ai douze ans. Enfin... c'est ce que je croyais.
Depuis toujours, quelque chose est différent chez moi. Mon bras gauche. Un bras métallique. Un bras vivant. Un bras capable de comprendre les machines.
Parfois, lorsque je le pose contre une serrure, elle s'ouvre seule. Parfois, les écrans autour de moi s'allument sans raison. Et quelquefois, au fond de ma tête, j'entends une étrange voix électronique. Comme si quelqu'un essayait de me contacter. Je n'ai jamais saisi le sens.
Jusqu'à ce jour…
Tout commence par un bourdonnement. Un bruit faible. Presque invisible. Puis des centaines. Puis des milliers. Le ciel se couvre soudain de petits points noirs. Les enfants s'arrêtent de jouer. Les animateurs lèvent la tête.
Les points grossissent. Ils descendent. Très vite. Trop vite. Je sens mon cœur s’emballer. Ce ne sont pas des oiseaux. Ni des drones. Ce sont des créatures mécaniques.
Des araignées. Des milliers d'araignées ! Je déteste les araignées ! Leurs corps noirs brillent sous le soleil. Leurs huit pattes claquent dans l'air. Leurs antennes balaient le terrain comme des radars. Elles cherchent quelque chose. Ou quelqu'un.
Mon bras se met à vibrer. Une douleur sourde traverse mon épaule. Puis une voix métallique résonne dans toute la cour :
Un silence glacial s'abat. Puis une seconde annonce :
Je comprends immédiatement. Elles sont venues pour moi. La panique explose. Des enfants hurlent, d'autres pleurent. Les animateurs tentent de les regrouper. Les araignées se rapprochent. Elles envahissent les murs, les toits, les arbres. Elles sont partout !
Alors l'un des animateurs crie :
— Le bunker ! Direction le bunker !
Nous courons vers l'ancien bâtiment de pierre derrière le gymnase. Une porte blindée se cache derrière une façade abandonnée. Personne n'est censé connaître son existence. Sauf les adultes.
Un vieil homme garde l'entrée. Il nous barre le passage.
— Code d'accès !
— Ouvrez ! crie l'animateur.
— Code d'accès obligatoire ! répond le vieil homme d’un air autoritaire.
Le vieil homme lève les yeux. Il aperçoit la marée noire d'araignées qui déferle vers nous. Son visage devient livide. Ses doigts tremblent.
Sas de sécurité
Code accepté — ouverture du bunker
La porte s'ouvre. Nous nous précipitons à l'intérieur. Elle se referme brutalement. Le soulagement. Le silence. Quelques secondes seulement. Puis, de nouveau, la panique.
Je regarde autour de moi. Une terrible vérité apparaît. Cinq enfants manquent à l'appel. Cinq de mes amis ont été capturés dehors.
Je sens la colère monter.
— Je vais les chercher.
Personne ne répond. Les adultes me regardent comme si j'étais fou. Peut-être le suis-je… Mais j’ai la certitude d’une chose : si je ne tente rien, ils mourront.
Au fond du bunker, mon bras détecte quelque chose. Une plaque métallique cachée dans le mur. Je tends la main. Le métal vibre. Il cède. Derrière se trouve un tunnel. Un passage secret. Je m'y glisse seul.
Quelques minutes plus tard, je retrouve la lumière du jour, mais le monde semble vide. Trop vide. Je cours sur la route. Je dois retrouver leur trace. Je traverse les champs, entre les hangars...
Puis un grondement surgit derrière moi. Cinq véhicules noirs, sans plaques, sans vitres. Ils arrivent à pleine vitesse. Je tente de fuir. Mes baskets supersoniques sont déchargées. Impossible d'accélérer. Alors je me retourne.
Mon bras s'illumine et projette une lumière. Une onde invisible traverse les véhicules. Les carrosseries explosent en milliers de pièces détachées, comme des jouets démontés.
Les conducteurs sont projetés hors des épaves. Des hommes en noir, le visage masqué. Et derrière eux... les araignées. Toujours plus nombreuses. Toujours plus proches.
Je cours jusqu'à une ancienne base aérienne. Un petit avion est stationné sur la piste. Je saute, haletant, dans le cockpit. Mon bras se connecte immédiatement aux commandes. Le moteur rugit. L'appareil s'élance.
Au même instant, une griffe métallique s'accroche à l'aile gauche. Un homme en noir. Il est suspendu dans le vide. Il remonte lentement. Je tire sur le manche. L'avion se cabre et bascule brusquement. L'homme lâche prise.
Mais avant de tomber, il crie :
— TU DOIS REVENIR !
Je reste figé. Cela résonne en moi. Sa voix n’est pas menaçante. Elle semble... désespérée. Comme s'il essayait de me sauver.
Quelque chose apparaît sur le tableau de bord. Un message. Un seul. Écrit dans une langue inconnue, que pourtant je comprends parfaitement.
Fugitif Zéro
Mémoire restaurée à 12 %
Et soudain, les souvenirs reviennent. Pas tous. Seulement quelques images : une planète rouge, des villes immenses, une guerre, des explosions. Et moi. Plus âgé. Portant le même bras.
Je ne suis pas né sur Terre. Je ne suis même pas humain. Je suis le dernier survivant d'un peuple disparu.
Mon bras contient quelque chose que tout le monde recherche : une intelligence artificielle capable de contrôler toutes les technologies de l'univers.
Les araignées ne sont pas là pour me tuer. Elles sont là pour me récupérer. Quelle stupéfaction ! Et les hommes en noir ? Ils ne sont pas mes ennemis. Ce sont mes gardiens.
L'avion traverse les nuages. Alors un nouvel avertissement s'affiche.
Système mémoire
Mémoire restaurée à 13 %
Puis :
Une coordonnée apparaît : quelque part dans les montagnes. Je regarde l'horizon. Je plisse les yeux. Mes cinq camarades sont toujours prisonniers. Les réponses se trouvent devant moi.
La guerre qui m'a poursuivi jusqu'à la Terre vient seulement de commencer.
Fin du tome 1.