Le voyage commence en toi Roman en ligne gratuit · Virginie Calle
Couverture du roman Le voyage commence en toi de Virginie Calle

Lecture en ligne gratuite

Le voyage commence en toi

Virginie Calle

Les plus grands voyages commencent parfois à l’intérieur de soi.

Tournez la première page avec « Chapitre suivant ».

À 30 ans, Anna a tout construit comme il fallait : une carrière solide, des relations sincères, une vie remplie de projets, de bruit et de mouvement. Tout semble réussir.

Et pourtant…

Un matin, quelque chose se brise.

Une angoisse sourde. Un vide impossible à expliquer. La sensation terrifiante de passer à côté de sa propre vie.

Alors Anna part.

Elle quitte son travail, ses repères, son pays et ceux qu’elle aime. De continent en continent, elle cherche ce souffle qu’elle a perdu sans même savoir quand il lui a échappé. Mais le monde ne suffit pas toujours à répondre aux questions que l’on porte en soi.

Jusqu’à cette rencontre.

Au bout du monde, un homme va bouleverser sa manière de voir l’existence. Il ne lui apporte aucune réponse toute faite. Il l’oblige à regarder là où elle n’avait jamais osé aller : en elle-même.

Commence alors le plus difficile des voyages : celui de la déconstruction. Les croyances héritées, les rôles que l’on joue, les illusions sociales, les blessures invisibles et les histoires que l’on se raconte pour survivre.

Anna devra tout remettre en question pour découvrir qui elle est réellement.

Et si la vie demandait simplement d’être profondément vécue ?

Le voyage commence en toi est un roman initiatique sensible qui explore la perte de sens, l’éveil intérieur, la reconstruction et la quête d’une liberté authentique.

CHAPITRE 1 : Le déclencheur

Insidieusement, Anna frôle l’épuisement professionnel. Elle ne s’en rend pas compte… cela s’installe doucement. Elle travaille depuis huit ans dans la presse. C’est la troisième agence qu’elle gère brillamment, sur Toulouse cette fois. Précédemment sur Rennes durant trois ans et avant cela, Nantes. Elle a le sentiment de maitriser malgré les difficultés de ces dernières années. Elle a accepté ce challenge des agences du Sud-Ouest à la suite de sa rupture amoureuse : besoin d’un nouveau départ, de nouvelles têtes, de défis à relever…

Des défis, en effet, il y en a beaucoup : des équipes en sous-effectifs, la pression des objectifs, l'excès de procédures, dans des dépôts déplorables, étouffants l’été et glacés l’hiver. Un management à l’affectif pousse chacun à faire don de soi dans son activité et des grand-messes rassemblent les commerciaux pour leur laisser croire qu’ils sont les meilleurs. Et ça fonctionne…

Cette mécanique, Anna la connaît par cœur. Elle y contribue depuis des années, sans jamais la remettre en question.

— Je n’en peux plus… c’est la première fois que je doute. Je ne comprends pas ce qui m’arrive, comme si… je n’avais plus la flamme ! Une impression d’un vide intérieur qui grandit chaque jour. Pourtant, je rentre tout juste de vacances de la Réunion, des vacances géniales avec mes amis de Bretagne. J’ai tout oublié pendant que nous baroudions, cette île est tout simplement majestueuse.

À l’aéroport, retour à la réalité ! Retard de vol ! Mais quand sont prévues douze à quatorze heures de vol, ce n’est plus la même histoire… ça m’a jetée dans un état d’anxiété, je n’allais pas pouvoir reprendre à la date convenue ! Je n’aime pas les surprises, devoir tout réorganiser. Le lâcher-prise, mais qu’est-ce que c’est ? Une expression à la mode ! En tout cas, je n’ai pas encore compris la mise en pratique. Je regarde les photos : que je suis moche ! Pas une seule de valable ! J’ai l’impression d’être à côté de moi.

Ce voyage à la Réunion est un déclencheur…

Anna travaille dans la presse depuis huit ans. Elle subit la pression quotidienne de ce métier qui l’épuise et la fait vieillir précocement. Elle commence à s’en rendre compte. La gestion d’un portefeuille de grands comptes aux exigences insurmontables, une surcharge de travail, et l’absence de sa collègue et amie qui vit sa grossesse, qui compte sur Anna pour assurer le relais.

Que faire ? Un changement lui semble difficile pour toutes ces excuses, le salaire, le statut, le confort de la vie matérielle, les charges à assumer…

Pendant son voyage à la Réunion, elle a rendez-vous à l’aéroport de Pierrefonds pour un vol en ULM, elle rencontre un couple de Normandie. Elle croit rencontrer des touristes mais ils résident sur l’île depuis quelques mois. Ils lui expliquent leur décision de tout plaquer et de venir s’installer à la Réunion.

Quand ils évoquent leur départ, rien ne leur semble impossible, même avec un enfant en bas âge. Depuis, ils sont heureux de ce changement. Cela la laisse songeuse.

Elle ressent aussi ce besoin grandissant de changement dans sa vie. Elle s’interroge de plus en plus sur le sens de sa propre vie et sur ce qu’elle serait prête à y engager pour qu’elle lui paraisse vraiment vécue...

Ils atterrissent à Paris avec quatre heures de retard. C’est le moment des au revoir après dix jours fantastiques de partage de petits déjeuner, de fous rires, de découvertes culinaires, l’exploration de cet incroyable petit pays.

— Merci à tous les deux, vous avez été fantastiques… merci pour l’organisation de ce voyage, je n’étais pas capable de m’en charger tellement j’étais épuisée et vous avez assuré durant les dix jours pour que je puisse totalement me reposer, j’en avais véritablement besoin. Je suis réellement consciente de tous vos efforts, alors merci mille fois d’être aussi généreux.

— Prends soin de toi Anna, tu es toujours à fond, c’est une qualité mais ça peut aussi te desservir, essaie de lever le pied, personne ne t’en demande autant ! S’inquiète Laury.

— Je vais essayer de suivre ton conseil. En attendant, on doit plutôt rattraper le temps pour commencer notre journée ! Je vous aime fort et vous aussi, prenez soin de vous.

Une forte émotion les envahie pour se quitter. Difficile après tant de moments partagés, ils rejoignent leurs destinations, Paul et Laury se dirigent vers Rennes et Anna vers Toulouse.

Retour à la réalité !

Elle rejoint son appartement de Toulouse. Une forme d’anxiété s’invite, elle ne saisit pas le caractère ni même l’origine de ce ressenti. Elle se sent incapable de prendre son poste de travail, elle ne peut pas assumer cette journée de reprise.

En rentrant en métropole, des questions commencent à s’inviter dans sa tête dès le réveil et se poursuivent en boucle dans la journée, c’est assommant…

— J’ai esquivé ma reprise de travail d’hier. Personne n’a rien vu, je suis tellement un bon soldat, que personne ne pourrait envisager que j’esquive une journée ! Je ne sais pas ce que je fais là, j’ai le sentiment que ça ne sert à rien ! Ce job n’apporte rien ! Ce n’est pas ce genre d’activité qui fera avancer le monde. Aucun sens pour la planète, pire même, la presse c’est la déforestation ! Catastrophique ! Qu’est-ce que c’est que cette vie ! A quoi sert la vie si c’est pour en faire ça !

Et voilà, je me mets à pleurer sans le vouloir, que m’arrive-t-il ?

Je déraille, je fais une dépression ? C’est ça une dépression ? Chialer même quand on ne veut pas chialer ?

— Eh bien Anna, que t’arrive-t-il ?

S’étonne Lucille, son assistante, qui entre dans son bureau.

— Pourquoi pleures-tu ?

— Je ne sais pas pourquoi je pleure, ne t’inquiète pas… je ne comprends pas non plus. Je ne peux pas m’empêcher de chialer depuis ce matin, les larmes n’arrêtent pas de couler alors je les laisse faire !

— Ce n’est pas possible, il y a forcément quelque chose ! Tu es toujours de bonne humeur et en train de rire ou de raconter une bêtise. Je ne t’ai jamais vue dans cet état !

— Je te promets. Je ne sais pas pourquoi je pleure, je n’arrive pas à le contrôler ! C’est bien la première fois que je n’arrive pas à contrôler quelque chose d’ailleurs…

— Rentre chez toi Anna. Je vais prendre le relais, ne t’inquiète pas.

Lucille interpelle son autre collègue, l’homologue d’Anna pour qu’il aille la voir. Peut-être préféra t’elle se confier à lui.

— Coucou Anna, C’est Gabriel, je peux entrer ?

— Oui, entre ! Je suis sûre que Lucille t’a dit que je n’arrêtais pas de chialer ! Ne me pose pas la question, je ne sais pas pourquoi !

— Tu dois être émue de me retrouver après dix jours d’absence !

— Ce doit certainement être ça ! Sinon, je ne comprends pas…

— Allez, dis-moi ce qui ne va pas !

— Je te promets que je ne le sais pas moi-même. J’ai une grande tristesse dans mon cœur et je ne sais pas d’où ça vient. C’est venu s’installer et ça ne veut pas partir. J’en ai même des haut-le-cœur, un sentiment de non-sens qui ne me quitte pas…

— C’est mieux que tu rentres chez toi, nous allons gérer avec Lucille. Ça va inquiéter tout le monde et tu sais qu’ils ne doivent pas être perturbés pour être efficaces ! Si leur commerciale chouchou pleure comme ça… bref, ça va être le bazar ! ajoute-t-il avec un clin d’œil.

Anna décide de rentrer. De toutes les manières, elle n’est pas capable de faire grand-chose. Avec toutes ces larmes qui coulent sur le clavier, elle va faire disjoncter l’informatique. Elle traverse le couloir de l’agence et croise une partie des distributeurs qu’elle a salués le matin en arrivant.

Comme tous les matins, depuis bientôt deux ans et demi qu’elle travaille dans cette agence, elle se rend au dépôt en priorité pour serrer les mains des cent à deux cent personnes en train de préparer leurs publicités. Elle a toujours un mot gentil, une blague pour d’autres et des sourires à distribuer pour traduire qu’elle comprend la difficulté de leur activité. Elle apprécie leur travail et leur courage. Elle les félicite d’être dehors quel que soit le temps, elle explique le grand respect qu’elle a pour eux.

C’est important pour elle de les connaître et qu’il la connaisse pour une relation de confiance dont elle a besoin pour travailler. Sa mère a assumé cette activité pendant dix ans, afin d’offrir à ses trois filles, des vacances tous les ans. Anna avait l’habitude de participer avec ses sœurs à la préparation des publicités rassemblées dans le journal pour faciliter la distribution en boîtes aux lettres.

Certains la croisent, ils remarquent ses larmes et l’incompréhension sur son visage. Ils la questionnent, veulent la consoler, elle ne comprend pas elle-même, elle se sauve !

En revenant le lendemain, elle procède comme à son habitude. Sa première action est de saluer les distributeurs et chaque personne dans les bureaux. Elle entre dans son bureau et le découvre recouvert de boîtes de chocolats, de petits cadeaux, de présents, de messages réconfortants. Déjà pas très solide et sur la retenue de ses larmes depuis le réveil. Elle fond, les larmes de nouveau ne peuvent plus s’arrêter, c’est le désastre.

— Je n’arrive pas à me contrôler, je suis pitoyable !

Elle ne sanglote pas, les larmes se déversent en continue, elle a beau les essuyer, ça continue.

Lucille entre dans son bureau :      

— Coucou, je peux entrer ? Je comprends, tu es émue ? Ça nous a tous perturbés de te voir dans cet état hier et sans se concerter, beaucoup ont ramené des chocolats… ça fait toujours du bien pour se consoler du chocolat !

Et d’autres des petits cadeaux, des messages... ça nous a touché de te voir ainsi !

Tu es toujours solaire. À rire pour rien. À voir le positif dans le pire.

Oh non ! Ça te fait pleurer de plus belle, je suis désolée.

— Merci vraiment, ça me touche beaucoup… je me dis que les larmes vont bien s’arrêter de toute façon ! dit-elle en souriant.

La journée se poursuit avec son « non-sens ». Le sentiment pour Anna d’être dans une matrice économique pour enrichir les actionnaires. Un hamster dans sa roue qui court mais se pose trop de questions pour maintenir le rythme soutenu !

Les questions… quand elles ont commencé à apparaître, elles ne l’ont plus quittée et elle n’a aucune réponse pour calmer son encombrement mental ! Elle se sent tellement seule, incomprise, peur d’être démasquée avec toutes ses interrogations qui la feraient presque passer pour une démente.

Elle se cache, elle camoufle son désarroi, elle dissimule sa tristesse. Elle devient un imposteur !

Anna, cette fille de 30 ans, pétillante, jolie blonde aux yeux accrocheurs.

Sa devise : croquer la vie ! Ne pas s’arrêter, foncer, profiter, réfléchir s’il y a le temps ! Pour la première fois de sa vie, elle ne maîtrise plus rien. Elle est déroutée.

Ses objectifs, ses projets n’ont plus de sens. Un sentiment d’incompréhension dans son travail. Elle ne trouve plus d’intérêt à sa vie, ses relations n’ont plus de goût…

Dans l’après-midi, elle reçoit l’appel de Sophie. Son amie et collègue enceinte :

— Salut ma belle, comment vas-tu ? Je t’appelle pour que tu passes ce soir prendre un verre. Il y aura Diane et Laure.

— Coucou ma p’tite Sophie, contente de t’entendre. Je sais qu’ils ont dû t’appeler pour te dire que je n’arrêtais pas de pleurer comme une madeleine depuis hier !

— Oui aussi ! Mais on a surtout envie de boire un verre tous ensemble ! Tu nous raconteras ce qui te travaille et ça te changera les idées, et à moi aussi !

Avec ce ventre énorme, je ne peux presque rien faire et je n’arrête pas de grignoter. Ça me rend folle !

— Ok, je passe vers dix-huit heures. Ça me fera du bien et j’arrêterai peut-être de pleurer pour rien.

Anna et Sophie se sont rencontrées il y a huit ans à Paris. Recrutées par la société dans laquelle elles collaborent aujourd’hui. C’est lors d’une formation commerciale qu’elles ont fait connaissance. Tout de suite séduites l’une par l’autre, le même humour, les mêmes délires, le même physique. En très peu de temps, elles sont devenues amies. Elles ont partagé des vacances et depuis elles travaillent ensemble dans le Sud-Ouest.

Sophie a rencontré l’homme de sa vie et un an après cette rencontre, ils attendent un bébé, ce qui va certainement lui permettre de se poser. Elle est toujours à cent à l’heure. À calculer ses heures de sommeil pour faire la fête à fond, commander trois vodkas pomme en même temps pour les boire les unes derrière les autres. Ce qui ne l’empêche pas d’être opérationnelle le lendemain et d’assurer comme quelqu’un qui aurait bénéficié de ses huit heures de sommeil et de remettre le même planning le soir.

C’est une vraie transformation pour elle et donc pour Anna, sa compagne et amie de travail mais également de fête, cela calme son rythme. Elle a d’autres amies mais c’est différent…

Il se passe réellement quelque chose qu’elle ne saisit pas !

Dix-huit heures, Anna arrive chez Sophie :

— Coucou tout le monde, c’est Anna, je peux entrer ?

Diane et Laure sont déjà assises à profiter d’un verre. Sophie avec son eau pétillante et Lucas, son compagnon est derrière le bar à déboucher une bouteille de vin.

— Tu partages un verre avec moi, Anna ? J’ai eu une grosse semaine et j’ai besoin d’un remontant. Déclare Lucas.

— Moi, j’aurais besoin de dégonfler, plaisante Sophie. J’ai un ventre… je ne dors plus beaucoup et je n’arrête pas de manger, c’est la cata. Je suis contente de vous voir ce soir car toute la semaine posée avec mon ventre dans le canapé, ce n’est pas mon truc. Mais bon, j’en profite pour faire plein de choses pour l’accueil du bébé. Cela m’a permis de regarder les cuisines aménagées pour qu’on la choisisse enfin avec Lucas. Elle sera posée avant l’arrivée de notre bout de chou. Je vous montre : il y a plusieurs couleurs, la matière également.

Pendant que Sophie expose les différentes photos des cuisines avec les couleurs et les matières. Anna se sent complètement hors du temps…

Un sentiment de ne pas être à sa place. L’angoisse la rejoint, elle ne gère plus ses larmes avec son verre à la main. Lucas s’en aperçoit.

Il l’interpelle.

— Que se passe-t-il Anna ?

— Je ne sais pas, cela fait plusieurs jours que ça dure… je pleure pour rien ! Je ne le comprends pas moi-même et les larmes coulent…

— C’est pour cela qu’il y a cette soirée ! Lucille et Gabriel m’ont appelé. Ils ne comprennent pas ce qui se passe. Ils sont vraiment inquiets, essaie d’expliquer ? demande Sophie.

— J’ai du mal à saisir ce que je ressens. J’ai un sentiment de vide intérieur, comme si plus rien n’avait de sens, comme si plus rien n’avait d’importance. Une impression d’être dans une matrice économique qui ne sert que les intérêts d’une minorité mais n’a pas de profondeur, pas d’authenticité.

J’ai l’impression que ça ne correspond pas aux valeurs que je recherche. Comme si je m’étais menti à moi-même ou plutôt, comme si j’étais en sommeil depuis des années et que je me réveillais. Ça fait vraiment bizarre…

Anna ne peut plus empêcher les larmes de couler silencieusement. Ce vide la ronge et la dévore, elle se sent impuissante face à la situation. Ses amis la regardent étonnés de ses mots et de ses ressentis. Ils ne comprennent pas…

— Je ne comprends pas vraiment ce qui t’arrive. Cela peut arriver de ne plus savoir où on en est, c’est un passage et ça va passer. assure Lucas.

— Je ne sais pas si cela va passer. J’ai l’impression que je dois bousculer quelque chose dans ma vie pour dépasser ce sentiment. J’ai peut-être besoin de faire quelque chose de plus utile, de plus sincère.

J’ai demandé au comité d’entreprise de monter un projet pour aider les femmes du Mali, pour les accompagner dans la création de leur commerce. L’entreprise défiscalise 60% et cela lui permet d’améliorer son image. Le frein, c’est que le programme présente trop de contraintes et le comité n’est pas réellement motivé.

Lucas s’agace de la voir tourner en rond. Ça ne lui ressemble pas, il craint qu’elle veuille vraiment bouleverser sa vie et envisager de partir. Ce départ perturberait l’équilibre de Sophie. Elles ont créé une connexion si forte et peuvent toujours compter l’une sur l’autre, surtout pendant son absence. Ça déstabiliserait le bien-être qu’ils ont construit, l’harmonie dont il a besoin pour sa femme et son enfant qui arrive.

Il insiste, agacé :

— Si tu as tellement besoin d’aider, fais des dons ! Engage-toi dans une association ou une ONG ! Trouve un engagement qui te corresponde. Tu ne vas pas tout foutre en l’air parce que tu as une crise d’angoisse !

— J’ai le sentiment qu’il ne s’agit pas seulement d’une petite crise existentielle Lucas. Je sens que c’est vital pour moi.

Je ne peux pas encore définir ce qui se passe mais il va falloir que je le comprenne. Je ne veux pas rester dans cet état, c’est très désagréable pour ne pas dire terrifiant.

La soirée continue sur d’autres sujets. Anna fait en sorte de les rassurer, elle fait semblant de s’y intéresser mais elle est déjà ailleurs et ce moment lui permet de réaliser qu’elle doit changer quelque chose. Elle rentre chez elle, totalement absente d’elle-même. Les larmes s’invitent à nouveau, elle ne les retient pas.

Après trois semaines à essayer de revenir dans le moule, à faire semblant, à lutter contre ses angoisses, son corps lui crie de regarder la situation en face. Elle se bloque le dos, elle a mal aux genoux…

En quinze jours, elle prend sa décision. Elle veut une rupture conventionnelle. Elle veut quitter cette entreprise qui l’asservie depuis tant d’années. Elle veut voyager, elle veut retrouver le goût de vivre.

Quand elle prend cette décision, c’est comme si elle revenait à la vie !

Elle sent le mal-être se dissiper. L’énergie et la vitalité la gagner. Elle est déterminée à se réveiller…

Tout son être se manifeste dans l’excitation, la joie. Elle doit se débarrasser de tout ce qui encombre sa vie… et ça commence par le matériel !

 

CHAPITRE 2 : La décision

Elle est reçue par ses deux directeurs qui l’apprécient pour son professionnalisme et pour sa jovialité. Elle essaie d’expliquer avec clarté ce qu’elle ressent depuis quelques semaines. Ce qui la tourmente, sa décision et les raisons de son départ.

Une impression d’avoir toujours répondu aux besoins de son environnement, des autres, une éducation qui l’a dirigée plus qu’elle ne l’a guidée. Elle n’a jamais vraiment pris le temps de vivre ce qu’elle avait envie de vivre. Elle expose son besoin de se mettre en danger. De découvrir, de respirer, d’aller vers de nouvelles expériences pour prendre vie et pour trouver une certaine paix…

Ils l’écoutent attentivement sans l’interrompre. Un peu déstabilisés de la voir dans cet état. Ils sentent la vive émotion qui l’anime pendant ses explications. Ils comprennent le besoin qu’elle a de se sentir vivante, de ne plus répondre à une société conformiste.

Édouard, après avoir entendu son besoin de liberté, s’exprime :

— Je crois que je comprends ce que tu t’efforces de nous expliquer. Nous allons te laisser partir et tu vas vivre ta vie comme tu en as envie… ça me fait mal de te dire ça car tout est facile grâce à toi sur les agences. Si tu étais ma fille, je serais très fier de toi. déclare-t-il ému.

L’accord est trouvé. Dans six mois, elle sera dégagée de ces obligations. Elle en est si heureuse qu’elle organise tous les dossiers avec un suivi consciencieux pour accompagner la personne qui prendra le relais. Le besoin de se débarrasser du matériel devient urgent ! Elle vide son appartement. Plus elle vide, plus elle retrouve de la vitalité, le changement est stupéfiant !

Cela transforme un sentiment d’abattement en enthousiasme, en audace. Son énergie est telle, qu’elle abat des tonnes de dossiers. Elle suit son portefeuille commercial avec générosité et bonne humeur. Elle en profite pour préparer son départ et indiquer sa volonté de voyager. Elle s’étonne et se ravit de l’engouement des clients pour elle. De l’enthousiasme dont ils font preuve quand elle évoque sa volonté de se reconnecter à elle-même. Comme si, elle entreprenait le chemin que tous aimeraient, mais n’ont pas le courage d’entreprendre. Beaucoup d’excuses les noient comme la responsabilité du travail, les enfants, les engagements, les crédits et des phrases comme : « Tu es seule donc tu n’as pas de responsabilités et tu peux te le permettre… » Malgré tout, cela les fait rêver…

La vie d’Anna réside dans 25 kg. Elle dit au revoir, mais n’est pas triste, elle a besoin d’aller vers d’autres horizons.

— C’est tout à fait vrai !

Je suis seule et je pense uniquement pour moi. Je ne sais pas si cette décision aurait été la même dans une vie avec des enfants, un mari. Aurais-je affronté une petite mort plutôt que de chercher à vivre ? Je ne sais pas… mais j’ai cette chance d’être seule et de prendre les risques qui n’engagent que moi pour me sauver maintenant !

Les deux cents distributeurs se sont cotisés, ils ont voulu lui offrir un présent de départ et lui souhaiter le meilleur pour sa nouvelle vie. Ils ont eu l’idée d’un Ipod. Ce média à la mode pour qu’elle emmène toutes ses photos, sa musique et ajoute les photos de ces futurs voyages.

Une extraordinaire fête de départ est programmée à Toulouse pour lui dire au revoir. La firme a privatisé un espace d’une discothèque avec les équipes commerciales du Sud-Ouest et conviée les directeurs régionaux qui ont collaboré avec Anna. Elle s’ébahit du nombre de personnes invitées et de l’organisation de son départ. Les chambres d’hôtel sont réservées, les boissons, les plateaux repas.

C’est un véritable hommage à sa collaboration. À son engagement pendant ces huit années, à son implication sans réserve. Au milieu de la soirée, l’émotion la submerge, elle réalise soudain ce qu’elle va quitter. Sa très chère amie Sophie, une équipe qui la suit et la soutient avec force. Une vie qu’elle avait si bien orchestrée et pourtant qui n’a plus de saveur !

Le best-of de la soirée : ses collègues féminines lui ont concocté une surprise inattendue !

Le son baisse et le DJ de la discothèque prend le micro pour interpeller et inviter toutes les personnes à se rassembler dans la salle principale.

— Cher public, je vous invite à me rejoindre pour une prestation qui devrait ravir chacun et surtout chacune !

J’invite à se positionner au centre de la piste : Anna.

— C’est quoi ce délire les filles ? s’exclame Anna

— Allez, vas-y, cette soirée va être inoubliable ! rit Sophie.

Anna rejoint timidement l’animateur qui lui demande de prendre place sur le fauteuil qui vient d’être installé. Elle est intriguée comme le reste de la salle. Il se lance dans un discours :

— Je vous présente Anna, cette jeune femme a décidé de parcourir le monde. De partir à l’aventure. De se laisser porter par ses expériences et pour cela, elle se donne la chance de tout quitter pour se réaliser !

Anna, ton courage et ton audace donne envie. Tes amis ont eu envie de célébrer ce passage dans ta nouvelle vie par une prestation singulière. Veux-tu fermer les yeux et vivre ton premier voyage ?

L’animateur est excellent. Il sait captiver son public avec énergie et humour. Anna ferme les yeux et la musique du film Rocky Balboa envahit la salle. Elle ouvre les yeux quand elle entend les gens crier. Un strip-teaseur débarque en tenue de boxeur et drapeau américain.

— Franchement, les garces ! Elles doivent bien se marrer et moi qui me trouve au centre de l’attention avec le gars qui se frotte ! En même temps, ça me fait tellement plaisir qu’elles aient prévu tant d’attentions. Tant de rires, tant de burlesque. Je vais m’en rappeler longtemps… je les aime parce qu’elles sont si spontanées et si légères, j’en avais véritablement besoin…

Il est trois heures du matin. La soirée prend fin. Il est temps de dire au revoir à tout le monde. De remercier de tant de bonne humeur, d’amour, de témoignages, de cadeaux, d’enthousiasme pour l’encourager dans sa nouvelle vie. La fin de cette aventure est parfaite…

Le mois de décembre arrive. Le dernier mois avant le grand départ. Après un grand nettoyage, les biens d’Anna sont entassés dans un sac de vingt-cinq litres et un appareil photo. Elle a distribué ses meubles entre sa sœur qui vient de se séparer et Lucille, qui n’avait pas de vraie chambre à coucher. Et le reste entre ses amis, les associations d’entraides. Plus elle vide, plus elle est soulagée. Elle ressent ce sentiment de liberté. Elle a enfin le sentiment de vivre pour elle…

Depuis une semaine, Anna est posée dans sa famille en Bretagne. Elle prépare son départ, faire ses adieux. Ses parents sentent qu’elle a besoin de partir. Ils se sentent impuissants aux sentiments qu’elle exprime et veulent qu’elle retrouve sa joie de vivre. Si c’est en partant à l’autre bout de la planète, par amour, ils acceptent et ils la soutiennent. Un repas d’adieu est organisé pour lui souhaiter le meilleur.

Elle leur confie :

— Je pars un an. J’ai besoin de souffler et quand je reviendrai, j’aurai retrouvé mon équilibre.

Ils l’écoutent et ils l’espèrent vivement. Ils n’ont jamais vu leur fille si réfléchie, si pragmatique, vivre tant de perturbations. Ils sentent que c’est beaucoup plus profond, ils s’inquiètent. Elle doit faire son chemin…

À l’aéroport, devant les guichets d’embarquement, elle dit au revoir à sa famille. Ils s’étaient pourtant tous préparés à ce départ, mais l’émotion les submerge et c’est avec beaucoup d’amour qu’ils se disent « à bientôt » :

  Donne des nouvelles ma fille et profite de cette aventure pour te retrouver. Prends le temps que tu ne t’es jamais accordé, fais attention à toi.

Nous ne sommes pas des grands voyageurs avec ta mère pour venir te chercher ! s’amuse son père pour alléger le moment.

Sa mère ne peut pas parler. L’émotion est trop vive. Elle fait semblant d’être rassurée comme si Anna s’envolait pour un vol touristique, rentrerait avec ses photos et passerait à autre chose. Au fond d’elle-même, elle sait que ce n’est pas ça. Elle ressent que sa fille est en recherche de quelque chose qu’elle ne comprend pas. Elle espère juste son retour. Elle peut simplement la soutenir. Grâce à cet amour, ils la laissent partir à la recherche de sa quête…

La vie commence ici et maintenant. Elle part enfin découvrir son présent au présent.

Ce sentiment de liberté n’a pas de prix…

 

CHAPITRE 3 : Premier saut

Elle quitte sa famille et ses amis avec la soif d’une nouvelle vie. Sa première destination préparée avec son amie de Paris, Kara : l’Australie.

Anna atterrit à Paris et rejoint Kara pour prendre leur vol pour Sydney. L’excitation est à son comble, l’une pour un changement radical de vie et l’autre pour souffler de son activité parisienne effrénée.

— C’est incroyable de partir ensemble à l’autre bout du monde Kara ! C’est un rêve qui devient réalité ! Tout s’est mis en place si facilement quand je t’ai proposé cette destination. C’est formidable de la partager !

— Ça tombait à pic ma belle. Je me questionne pas mal en ce moment et quand tu m’as raconté ce qui se passe actuellement dans ta vie, j’ai eu l’impression que tu parlais de moi, enfin bref… j’ai besoin de faire un vrai break pour me recentrer sur moi et ces vacances sont les bienvenues.

Au fait, j’ai rencontré quelqu’un.

— C’est génial, raconte ?

— Je ne sais pas quoi penser de cette histoire. Il me plait mais j’ai l’impression que nous n’avons pas les mêmes valeurs, pas les mêmes attentes. Ce voyage me permettra également de prendre du recul par rapport à cette relation. Je ne sais pas si elle continuera à mon retour.

— Comment te sens-tu de partir et de le laisser ? s’inquiète Anna.

— Ne t’inquiète pas, nous en avons suffisamment parlé depuis une semaine. Pour lui aussi, cela lui permet de prendre de la hauteur. Nous nous voyons depuis trois mois et les disputes sont fréquentes. Je ne sais pas si j’ai envie de construire une relation sur ce type d’échanges. Cela m’essore ! Déjà que je me pose des questions sur mon travail, alors si je dois en plus ajouter une relation compliquée. Ce que je veux te dire, c’est que la proposition de voyage est parfaite, le timing tombait juste et j’ai surtout envie de profiter de toi et de ta nouvelle philosophie de vie…

— Ma nouvelle philosophie, je me la suis imposée en me délestant de tout le matériel. En déclarant « revoir et à bientôt » au gens que j’aime et en rencontrant pour la première fois de ma vie : « le lâcher-prise ».

Je n’avais jamais rien compris à cette expression et surtout, je pensais que c’était en avoir rien à faire de tout. Mais pas du tout ! C’est justement de voir ce qui est essentiel ! Comme dirait le Petit Prince de St Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Je suis en quête de sens, d’engagement, de curiosité, de découvrir le monde, de me découvrir…

— Ouh là là ! Cela va vraiment me faire du bien de discuter avec toi. Tu connais ma vie parisienne, les exigences que j’ai avec moi-même et les autres, donc le « lâcher-prise », comprends pas ! Mais j’ai toutes les vacances pour comprendre. s’amuse Kara.

Le vol est long mais fantastique. Elle partage toutes leurs dernières expériences, les sentiments, les perturbations, les attentes, les rêves, les aspirations. Après plus de vingt heures de vol, elles atterrissent à Sydney. Quelle excitation de découvrir cette ville qui fait la couverture de tous les magazines de voyage. Premier objectif, trouver un lieu pour dormir et vagabonder à la découverte de la ville. Elles trouvent une chambre de backpacker avec quatre lits superposés. La ville est magnifique, pourtant Anna reste sur sa faim :

— Cela fait une semaine que nous parcourons Sydney. Entre ses rues animées et ses splendides plages. Je prends conscience des fantasmes et des attentes que nous imaginons pour ce pays. L'emblématique Opéra, le symbole d’une ville vibrante et moderne avec son aborigène local équipé de son didgeridoo pour faire plaisir aux touristes. Les images des magazines sont toujours plus fascinantes. Nous surfons à Manly dans un cadre idyllique, le soleil nous fait un bien fou et nous nous perdons dans les quartiers branchés.

Mais ça ne fait pas tout… j’ai cet étrange sentiment de me heurter à l’anonymat de cette ville gigantesque. Les habitants sont pressés et n’ont pas le temps de nous aider. Un tourbillon de gens et de voitures, loin de l’authenticité des petits villages. Cette ville est impressionnante mais ne correspond pas au refuge tranquille et mystérieux que je recherche. Je suis en quête d’authenticité, de relations vraies… je les trouve avec Kara car nos soirées sont animées de discussions et d’interrogations passionnantes.

Je me rends compte de l'exotisme fantasmé de cette destination. Cela reste simplement une grande métropole comme celles que nous avons en France !

Nous prenons toutes les photos et découvrons les sites touristiques. Nous décidons de prendre un vol pour Melbourne. Kara a encore deux amies australiennes qui vivent là-bas et peuvent nous accueillir. Nous atterrissons, la ville est surprenante. Cody, l’amie de Kara nous attend à l’aéroport, elle est heureuse de nous accueillir pour une semaine de découvertes.

Cette ville est étonnante ! Elle nous fait faire le tour de la ville pour nous éblouir de son architecture exceptionnelle. On sent une réelle atmosphère artistique, l’ambiance y est effervescente avec les buildings, les tramways. C’est un spectacle fascinant, cette ville, aussi magnifique soit-elle, vit à un rythme effréné où le temps nous file entre les doigts.

En ai-je réellement envie ?

Depuis le début de ce voyage, nous prenons le temps de discuter pendant des heures avec Kara. Ce que nous avons vécu, ce que nous espérons de la vie et de ce que nous souhaitons aujourd’hui. C’est riche d’envies et de rêves.

Je reste en recherche de vérité et de sincérité… Kara me l’apporte, elle ne triche pas. Mais je cherche encore autre chose, un besoin différent qui me confirme ce réveil auquel j’aspire. Nous avons parcouru Melbourne en long, en large. Nous avons visité les réserves de Koala et de kangourous, nous avons passé des soirées avec les filles dans des bars branchés.

Pourtant, au fil des jours… je ressens le bouillonnement constant de cette grande ville. Le bruit des tramways, les files interminables devant les restaurants, et cette agitation omniprésente finit par me peser…

J’ai besoin de nature… Kara est ok.

On embarque pour la Nouvelle Zélande. Un peu plus de trois heures de vol et nous débarquons à cinq degrés !

— Ouah, qu’est-ce qu’il fait froid ! Cody nous avait prévenues mais c’est la surprise et surtout un total dépaysement.

— Anna, nous allons mourir de froid. On doit trouver un magasin de sport pour des vêtements Thermolactyls.

— C’est parti, je suis sûre qu’on va nous aider. Deux petites françaises qui débarquent sans préparation, les néozélandais vont kiffer !

En effet, les néozélandais sont tout de suite touchés et ont envie d’apporter leur aide. Un pick-up s’arrête. Un couple adorable nous dépose devant un magasin de sport où nous trouverons l’équipement. Ils en profitent pour nous indiquer les sentiers et les refuges rudimentaires qui accueillent les randonneurs tardifs. Le stop sera facile avec deux filles mais il est préférable de se véhiculer. Ils nous déposent chez un loueur de vans à budget accessible pour rester autonomes et en sécurité. Ils expliquent que le pays est très accueillant mais que tout est réglementé et il faut respecter les règles… ça, nous le comprendrons plus tard !

— J’adore l’ambiance ce pays Kara. Ce sont les rencontres que je souhaitais faire. Cette entraide sociale, cette solidarité, cette volonté de nous sécuriser car nous ne connaissons pas le pays, c’est génial.

— Je suis d’accord, ils sont adorables. J’ai failli mourir de froid ! Ils ont assuré pour nous déposer dans les endroits clés. Tu as vu l’inscription du van qu’ils nous ont donné ?

If you love me, you’d swallow that ! Qu’est-ce que ça veut dire ?

— « Si tu m'aimais, tu avalerais ça ! » Pourquoi pas ! se marre Kara. Ça va faire parler sur le trajet, en plus deux nanas au volant, ça promet !

— J’adore l’humour de ce pays… 

Elles commencent à rouler. Aidées de leurs cartes routières et de leur Routard pour découvrir ces majestueuses étendues. C’est un trésor de paysages…

Elles prennent des fous rires. Elles n’étaient pas préparées et les surprises s’enchainent…

  Qu’est-ce que ça fait du bien d’être partie à l’arrache. De ne rien anticiper. De se faire surprendre par la vie ! Ce n’est jamais simple de se laisser aller à l’aventure car il y a toujours une petite appréhension, mais qu’est-ce que je me sens vivante ! s’exalte Anna.

— Je suis quand même bien contente d’être tombée sur ce couple pour nous aider.

— On devait forcément tomber sur des gens bien… on est parties avec la foi et l’énergie. L’univers nous accompagne Kara, on n’a plus qu’à se laisser porter par le destin…

— T’es rigolote toi ! C’est ton nouveau toi ! De laisser l’univers nous guider ! La femme de poigne, celle qui maîtrise tout et ne laisse aucun hasard !

— Exactement ! Cette Anna d’avant doit laisser naitre la nouvelle Anna. Avec sa philosophie, sa recherche de la sérénité et l’authenticité.

Le couple qui nous a aidé sera ravi de raconter à leurs enfants ou leurs amis cette rencontre. Cette bonne action aura participé à l’embellissement de leur journée.

— J’adore ta manière de voir les choses. Tu t’es véritablement transformée Anna !

— Ce sont ces petits détails de la vie qui concourent à l’améliorer. Ceux auxquels on ne fait pas forcément attention et pourtant font toute la différence. Sans ce couple, nous n’aurions pas ce van qui va nous permettre de découvrir le lever du jour au lac Tekapo ! Et c’est un lever de soleil extraordinaire apparemment.

Après une nuit froide, Anna sort la tête du van. Elle est émerveillée. Elle avance avec délicatesse pour ne pas réveiller la nature déjà éveillée mais silencieuse. La vue est incroyable, émouvante, autant de beauté est à couper le souffle… le bleu turquoise du lac se mélange au ciel bleu azur et ses montagnes enneigées se confondent avec les nuages. Jamais, elle n’a admiré un paysage aussi renversant ! Avec douceur, elle interpelle Kara dans le Van :

— Coucou beauté, tu devrais venir voir la splendeur. Je sors le matériel et je prépare notre petit déj’. Ça mérite réellement que nous prenions notre temps.

Le van est équipé d’une table et deux chaises pliantes pour les repas. Un réchaud, de la petite vaisselle d’appoint et des banquettes de couchage. C’est largement suffisant pour leur road trip… seule la douche reste à organiser.

Ce pays offre des paysages stupéfiants. Elles randonnent dans des majestueuses montagnes et se reposent dans des refuges. Elles découvrent les fjords qui dévoilent des tableaux spectaculaires. Des falaises imposantes qui plongent dans des eaux profondes. Elles roulent pendant des heures dans des paysages verdoyants. La diversité et la beauté brute de ces panoramas offrent un spectacle sans pareil, et chaque détour réserve une nouvelle merveille à découvrir. Chaque matin, quand elles sortent du van, c’est époustouflant !

Toutes ces beautés les font méditer sur le sens de la vie…

Une phrase de Maya Angelou me revient souvent :

« La vie ne se mesure pas par le nombre de respirations mais par les moments qui te coupent le soufflent… »

— Anna, je suis impressionnée par ton courage d’avoir tout abandonné ! Tu t’es délestée de tout, travail, vie matériel, amis, famille, sans te retourner.

— Je ne me sens pas courageuse Kara. Je me suis juste sauvée la vie ! J’avais le sentiment de ne pas avoir le choix, c’était comme une réaction… épidermique ! Il fallait que je change quelque chose. Au tout début, j’étais totalement perdue. Je résistais au changement avec toutes les peurs qui nous poursuivent, que ce soient les charges à payer, un travail qui rassure, une certaine stabilité, tous ces artifices sociaux qui nous font croire au bonheur… Mais peut-être as-tu raison. C’est peut-être une preuve de courage que de se choisir. Depuis la décision de rupture conventionnelle, j’ai repris goût à la vie avec mon enthousiasme naturel mais j’ai conscience que je cherche autre chose… la vie n’est pas uniquement composée de voyages et de vacances, il me manque encore quelque chose mais ça commence bien…

— Tu as raison, reprend Kara. D’ailleurs, se laver devrait peut rester dans nos priorités, non ?

Barouder, c’est génial mais une bonne douche, ça ferait du bien. Le Routard précise que nous pouvons prendre des douches dans les campings moyennant une compensation financière selon de l’établissement.

— Il ne précise pas le prix ? Car tout est cher ici ! On peut entrer sur le camping à pied et faire comme si nous étions résidentes et prendre une douche rapide, qu’en penses-tu ?

— Nous sommes parties à l’aventure, permettons-nous une liberté ! Les truandes des campings ! 

Elles rencontrent un camping sur la route. Elles décident de mettre en pratique leur plan !

Très détendues, elles entrent sur le terrain et cherchent les douches.

— C’est trop facile ! Bonne douche, lui dit Anna.

Au bout de cinq minutes. Les cheveux pleins de mousse, Anna entend des voix. On appelle quelqu’un mais elle ne comprend pas, elle entend le ton plus agacé et finit par entendre la voix de Kara :

— Anna sort de la douche. On s’est fait repérer. Je suis avec le mec dehors !

— Punaise ! J’ai les cheveux pleins de shampoing. Je rince et j’arrive !

Prises en flagrant délit, elles ont honte. Les propriétaires plutôt sympathiques, leur expliquent que cela arrive très souvent, c’est pour cela qu’ils sont vigilants et qu’il y a des caméras partout ! Alors deux touristes qui entrent sur le terrain et se dirigent directement vers les douches sont démasqués tout de suite !

Un peu penaudes. Elles s’excusent comme des enfants de cinq ans qui auraient volé un bonbon à la boulangerie. En plus, le tarif est minime, c’est vraiment ridicule ! Elles quittent le camping et quand elles sont hors de vue, elles prennent un fou rire pendant vingt minutes.

— Je comprends maintenant, quand le couple nous expliquait. Le pays est accueillant mais il y a des règles ! Ils ont dû se dire : « Les deux petites françaises, elles vont se la jouer comme en France en cherchant des passe-droits… mais ici tout est réglementé ! » Et tout ça pour cinq dollars… quelle honte !

— On est informées comme ça ! La prochaine fois, on se présentera à l’accueil et on paiera notre dû. Hors de question que je sorte les cheveux pleins de mousse et les joues rouges de honte… tout ça pour économiser cinq dollars ! Ok, les Français sont pauvres par rapport aux néo-zélandais mais quand même !

— Tu me fais trop rire, Kara. Je n’étais pas fière dans la douche quand tu m’as dit qu’on s’était fait prendre mais je riais en t’imaginant dehors en train de négocier avec le gars.

— T’es pas gênée toi ! Et tu sors comme une fleur, les cheveux rincés : « Sorry »

Elles rient encore de leur mésaventure et reprennent la route dans la bonne humeur.

Le voyage est fantastique. Elles profitent de toutes les merveilles du pays : des descentes en rafting dans les gorges, la traversée des fjords avec les manchots, dans des paysages absolument époustouflants.

Elles goûtent les spécialités, rencontrent des français pour une soirée légère, ne serait-ce que pour parler la même langue. Tous, se racontent les aventures, chacune plus incroyable que la précédente… la fois où elles se perdent en montagnes, ne retrouvent plus le van, et doivent passer la nuit dans un refuge. Un seul petit lit en bois avec un matelas douteux de cinq centimètres d’épaisseur. Des gamelles sales au-dessus d’un semblant de feu éteint… et surtout rien à manger.

Bref, les aventurières du dimanche !

Anna déclare que se perdre réserve des surprises extraordinaires. Le lendemain de cette nuit désastreuse. Elles découvrent des pleines majestueuses, des rivières avec des cascades impressionnantes, des chaînes de montagnes inimaginables, des panoramas à couper le souffle. De quoi prendre conscience que la nature est grandiose et spectaculaire. Elle révèle un bien-être profond.

Une nouvelle sensation qui procure une sécurité de l’esprit. Elle impose tout ce qui est, et dont elles font partie, de façon harmonieuse…

La fin du voyage approche pour Kara. Elle doit regagner Paris. Reprendre sa vie. Retrouver son compagnon.

C’est le moment des au revoir, ce n’est pas comme d’habitude. Cette fois, elles ne savent pas quand elles se reverrons. Cet instant prend une dimension toute différente, une émotion intense. Elle se sert l’une contre l’autre. Des adieux avec plein d’intention, plein d’attention, ce moment est aussi bon qu’il est douloureux.

Tout à coup la voix de l’hôtesse résonne dans l’aéroport !

Troisième appel : « Kara Morcy est attendue devant la porte d’embarquement numéro 15 ». « Kara Morcy est attendue devant la porte d’embarquement numéro 15 »

Kara regarde Anna dans les yeux :

— Mais c’est moi ! C’est moi qu’on appelle. Je n’avais rien compris avec l’accent australien ! Là il faut que je courre !

Elle se sert vivement les mains et Kara se précipite en courant vers sa porte d’embarquement pour ne pas louper son vol.

Anna se sent soulagée de ce départ précipité qui éteint ces adieux trop douloureux.

Ce moment d'interruption est à l'image de l'ambiance de leur voyage. Les rires, l’émotion qui surprend, aussi la belle énergie...

L’humeur du départ pour les deux amies est très différente.

L’une repart vers son quotidien. Sa vie parisienne avec son rythme, ses habitudes. La seconde, vit l’exaltation des surprises que réservent son chemin. Elle laisse tout l’espace à l’aventure. L’euphorie l’accompagne…

Elle poursuit vers son présent au présent.

Le froid et l’ambiance de la nouvelle Zélande l’ont motivée pour partir en Amérique du Nord. Le Québec pour sa population accueillante, ses extraordinaires baleines, un rêve depuis ses neuf ans.

Le Canada pour ses étendues majestueuses. Elle fantasme sur son légendaire été indien. Elle espère faire des rencontres qui changeront sa vie, elle a besoin de ce vol pour méditer ses réflexions. Vingt-trois heures devraient la préparer suffisamment à l’aventure.

Elle a une unique réservation : Chez Nanou.

C’est en cherchant des avis favorables qu’elle a découvert ce gîte qui a l’air charmant. Ensuite, elle se laissera porter…

 

CHAPITRE 4 : Le périple

Ce premier saut avec Kara permet à Anna de poursuivre seule l’aventure vers le Canada. Elle commence par le Québec, et découvre les baleines sur le glacial Saint-Laurent.

— Nanou, ma gîteuse est exceptionnelle. Elle a vécu au Japon pendant dix ans. Elle a des anecdotes passionnantes qui remplissent mes soirées. Ex-femme d’un diplomate, elle a voyagé partout en Asie, de l’Inde à la Chine, avec un sac à dos et sa fille de deux ans sous le bras.

Elle parle couramment japonais, ce qui rassure cette population touristique. Son gîte accueille quatre-vingt-dix pour cent de japonais. Les conversations ne sont pas faciles, ils se mélangent peu. Je continue donc mon road trip grâce aux précieux conseils de Nanou…

Ce matin, j’espère apercevoir les baleines sur les bords du St Laurent. Nanou m’a expliqué quel bus emprunter pour me rendre sur la plus belle vue !

Le fleuve St Laurent est immense et puissant, il est à la fois impétueux et serein. Il porte en lui l’âme du Québec, il reflète étonnamment les teintes changeantes du ciel comme l’atlantique. Les goélands jouent en planant au-dessus des eaux.

Nanou m’avoue qu’elle aurait adoré venir avec moi si elle n’avait pas à prendre en charge les deux jeunes japonaises qui viennent d’arriver et se sentent un peu perdues. Ce n’est pas grave, je kiffe d’explorer seule.

Le Vieux-Québec est incroyable avec ses toits de cuivre, ses ruelles pavées chargées d’histoire. J’adore flâner dans les parcs, nourrir les écureuils. Je m’accorde le temps de la contemplation dont j’ai rêvé. C’est le véritable changement de mes premiers voyages, pas de course pour tout visiter, je profite de l’endroit, je me pose, c’est un réel apprentissage de prendre son temps.

Il est temps de dire au revoir à Nanou. Ces trois semaines étaient formidables, ses croissants maison étaient fantastiques.

Nanou lui a trouvé une voiture de location où elle peut traverser jusqu’aux Etats Unis. Elle peut se gargariser de paysages somptueux. Anna est avide de nature, elle va en prendre plein les yeux !

Elle lui a fait les étapes idéales et réservé des gîtes qu’elle connait pour tout faciliter. Anna la remercie de tout son cœur pour son accueil chaleureux, ses conseils pour découvrir les merveilles de Québec et pour le road trip qu’elle lui a organiser en Dodge avant de prendre son prochain vol. Elle quitte la frontière canadienne. Se dévoile une route qui s’étire à travers les forêts d’érables et les sapins majestueux. Ici, la nature règne en maître.

L’été indien, cette ambiance, cette atmosphère si étrange dont beaucoup parlent. On ne peut la ressentir qu’en étant immergé. Les couleurs, les odeurs, ce sentiment d’immensité fait prendre conscience à Anna que la vie peut-être si fantastique quand elle est choisie, quand elle est osée… ce n’est pas une simple saison, c’est une parenthèse suspendue. Elle la ressent comme une douce respiration entre l’élan de l’été et le silence de l’hiver. Le soleil plus bas dans le ciel ne brûle pas, il vient caresser sa peau. Les érables passent du vert au jaune, puis au rouge incandescent, chaque feuille détient sa lumière… et puis, il y a le silence. Celui-ci est différent de l’hiver, il est vivant comme habité par le bruissement des feuilles. Elle sent le temps qui ralentit, qui s’étire, qui se savoure.

Au fil des miles, les petites villes du Vermont et du New Hampshire dévoilent des maisons aux façades de bois colorés. La traversée de la route de Québec jusqu’à Rockport est une véritable expédition à travers des paysages spectaculaires. Au volant de la Dodge, elle suit une route qui serpente à travers des forêts d’érables. Anna éprouve une sensation de liberté infinie. Plus elle avance, plus le décor devient grandiose : des montagnes en toile de fond, des vallées verdoyantes qui s’étendent à perte de vue, et des ruisseaux qui traversent les paysages.

— Waouh ! Nanou n’a pas menti, la route traverse des forêts sensationnelles. Les couleurs sont incroyables, elles rendent les lieux féériques. Merci mille fois Nanou. J’adore cette route, tu avais complètement raison. La traversée va être inoubliable…

Les gîteurs rencontrés sont chaleureux et simples. Ils participent à l’authenticité de ce périple. Les soirées animées sur les voyages et les expériences de chacun enrichissent les dîners.

Albert son dernier gîteur a vécu pendant douze ans avec Anong sa femme, en Thaïlande. Il a beaucoup aimé mais il est heureux d’être retour chez lui. Anong est en mal du pays, depuis deux ans, elle essaie le froid.

Sa rencontre avec Anna l’a remplie. Elle peut parler des heures de son beau pays. Elle expose passionnée, les criques nichées entre les rochers, la chaleur reposante, la gentillesse de la population. Surtout l’étonnant rythme du pays partagé entre la frénésie et la douceur de vivre. Un pays où tout est possible.

Avec Albert, ils tenaient des bungalows sur une petite plage isolée. Ils accueillaient des voyageurs qui venaient passer leurs différents niveaux plongés. L’ambiance et la découverte avec chacun était riche, souvent étonnante et toujours amicale. Anong vivait au paradis.

Anna se couche ce soir-là avec toutes les histoires fantastiques et les souvenir d’Anong… elle rêve…

Elle poursuit sa route. Il est toujours émouvant de dire aurevoir… surtout quand on a créé une connexion singulière en peu de temps. L’une a besoin de partager sa vie rêvée et l’autre a besoin de rêves. Elle part avec un petit message d’amitié sincère d’Anong et l’adresse en Thaïlande de la plage idyllique.

Elle arrive à Rockport. Le couple du gîte lui confie que c’est une petite ville paisible et charmante. En général les touristes adorent… Rockport est attrayante : ses maisons blanches bordent le port animé, les voiliers dansent sur les vagues. Dans les rues transpire la générosité des cœurs. Elle est interpellée par les pêcheurs, l’intimité de son petit centre-ville crée la promiscuité des échanges. Elle ressent ce mélange de douceur et de bienveillance. Cela lui amène toujours des pensées :

— Voyager devient soudain très simple quand on a plus rien à perdre. Prendre un billet d’avion sans savoir où l’on va atterrir, ni où l’on dormira. Certains appelleraient cela le lâcher-prise. Mais ce n’est pas exactement cela. C’est plutôt comme si plus rien n’avait vraiment d’importance…

Pourtant, depuis quelques semaines. Quelque chose change en Anna. Les rencontres lui redonnent de l’élan, elle reprend goût. Les paysages lui semblent plus beaux. Les sourires, les regards, les conversations éveillent sa curiosité, l’anime davantage. Même la peur lui paraît rassurante, comme un signe qu’elle a encore envie de vivre… et de prendre soin d’elle-même.

— Les voyages sont magnifiques. Ce n’est pas encore exactement ce que je recherche. Ce dont j’ai réellement besoin ne s’est pas encore révélé. J’ai toujours l’impression d’être une touriste et de consommer les pays pour ce qu’ils offrent. J’aspire à l’authenticité, je cherche du vrai, de la nourriture pour l’âme.

Je sens que je dois continuer à voyager seule, continuer ma quête… si mes amis me rejoignent sur chaque destination, je redeviendrai une simple touriste ! Ils sont en recherche d’ambiance, ils veulent voir un maximum de choses en un minimum de temps. Exactement ce que je ne veux plus : courir, me presser, optimiser, photographier chaque instant pour en faire le récit.

L’Asie. Anong a réveillé mon intérêt, ses souvenirs m’ont enchanté, ses descriptions étaient envoutantes…

L’Asie l’attire désormais. Pour sa philosophie. Sa spiritualité. Sa chaleur humaine. Peut-être aussi pour son mystère. Son côté ésotérique…

CHAPITRE 5 : Sur le chemin

Anna s’envole pour la Thaïlande. Sa première destination où elle veut parcourir à son rythme ce pays… elle se sent guidée par Anong qui a savouré le plaisir de lui proposer un itinéraire fantastique. Elle a saisi toute la grandeur du chemin que cherche Anna. Elles se sont ressenties.

Ce voyage est transformateur. Son goût, sa chaleur, son ambiance… il ne ressemble en rien à ces expériences passées. Très tôt dans son périple, elle fait de belles rencontres. Des étrangers en quête d’inspiration comme elle. Elle partage des soirées de conversations philosophiques. Des raisons pour lesquelles certains comme ce couple de français, ont tout quitté avec leurs deux petites filles et voyagent en Asie depuis huit mois.

Elle se retrouve dans des valeurs communes. Des souffrances expérimentées, des doutes dépassés et des étapes franchies pour survivre à la détresse de soi-même…

Elle traverse la Thaïlande. Des paysages époustouflants, une culture étonnante.

Elle découvre l’île de Koh Phangan sur les conseils d’Anong. L’île où elle était si heureuse de vivre. Le pick-up la dépose dans une baie extraordinaire. Il n’y a que six bungalows et un restaurant ouvert sur la plage pour les résidents et les touristes. Elle loue un minuscule bungalow à l’extrémité droite, en face de la mer. La magie de se réveiller face à l’océan, les pieds dans le sable à respirer la brise dans les arbres. Un sentiment de liberté, de paix, où tout est possible. Depuis trois jours, elle profite d’un tranquille petit déj’ sur la terrasse, tous les gens se saluent. Cet espace est aussi convivial et intimiste que la petite baie. Quelques tables posées sur un plancher en palette, des guirlandes guiguettes décorent le plafond, une terrasse en hauteur pour diner sous la lune et les étoiles, un bar où deux serveurs souriants préparent et prennent les commandes. Les mango rice ont du succès, Anong lui avait recommandé cette spécialité ! Elle aurait vraiment hésité sinon : du riz avec de la mangue ! Mais c’est délicieux.

Elle part ensuite explorer les fonds marins avec son masque, elle prend le temps d’apprécier ce paradis. Tous les mots d’Anong prennent sens… elle saisit maintenant sa mélancolie.

Elle rencontre Johan, ancienne journaliste d’une chaîne publique. Elle réside depuis trois semaines dans un petit bungalow à deux cents mètres d’Anna. Elles font connaissance dans la mer en apercevant ensemble une raie Manta qu’elle se montre du doigt. Johan est une belle femme de quarante-deux ans. Jolie brune, grande et élancée, une personnalité affirmée et un vrai sens de l’humour. La connexion est immédiate, un sentiment de facilité. Elles apprécient leur compagnie respective. Elles commencent à se donner rendez-vous pour partager des soirées, partager leurs histoires de vie, échanger le plaisir de se dévoiler…

Johan lui expose les raisons qui l’ont amenée à se réveiller. L’influence du gouvernement pour contrôler et diffuser l’information. Bref, toute la violence de cette organisation. Tout d’abord son sentiment d’injustice pour ensuite se révolter contre le système et enfin tout quitter pour son bien-être. Sa nouvelle amie se dévoile et lui relate l’histoire de sa vie. Comment un manque de sens dans son quotidien l’a amené à quitter une vie organisée depuis vingt ans. Un fils de dix-neuf ans mais bientôt autonome, un mari qui ne la regarde plus mais fait semblant et enfin une profession qui n’a plus de sens. Suite à ce triste constat, elle fait une dépression. Cette maladie qui te dit de changer de vie. Malheureusement, tu en es là car tu fais de la résistance malgré ta souffrance. Johan se sauve pour les mêmes motifs qu’Anna. Elles se comprennent et pour ces raisons tissent des liens singuliers.

Dans toutes leurs discussions. Johan évoque Madagascar. Ce pays dont elle rêvait depuis des années et qu’elle a pu enfin découvrir dans sa globalité. Des ressources d’exception comme sa population, la gentillesse, les paysages, les cultures agricoles, la philosophie, la force et la résilience. Anna est captivée par les récits de Johan. Elles profitent de se retrouver sur les quelques soirées qui restent à l’ancienne journaliste. Il est prévu qu’elle s’envole pour l’Inde. Après une magnifique soirée d’échanges. Anna hésite à suivre Johan en inde qui lui a généreusement proposé pour partager de nouvelles découvertes ensemble. Elle est sensible à la proposition. Cette destination la tente, à deux c’est plus rassurant mais Madagascar est tous les jours dans sa tête depuis quelques jours. Une profonde attirance… le joyau de l’Océan Indien.

Finalement, Anna prend la décision de s’envoler pour Madagascar. Cette décision n’est pas simple car Johan fait partie des rencontres qu’elle cherche. Des rencontres qui portent, qui font grandir. Elle a le sentiment qu’elle pourrait évoluer grâce à cette femme. Johan est véritablement une personnalité inspirante. Mais ce sentiment comme une instance intuition, une force invisible, l’invite à Madagascar. Il faut qu’elle y aille…

Les deux amies se quittent en se souhaitant le meilleur. L’émotion est vive. Cette rencontre compte pour chacune. Elle a le goût de leur quête…

— Dès que je descends de l’avion à Tananarive. Une vague de chaleur douce et humide enveloppe mon corps, comme une étreinte tropicale.

L'air est chargé d'odeurs : une terre rouge chauffée par le soleil. Des effluves d’épices, les braises de charbon qui fument déjà dans les ruelles. Le ciel est d’un bleu profond. Le soleil est puissant.

J’entends le brouhaha lointain de la ville. Entre les klaxons, les rires et le bourdonnement peut-être des marchés. Des visages chaleureux, curieux, accueillants, croisent mon regard avec un sourire franc.

J’ai l’habitude maintenant de l’inconnu, de la surprise. Mais cette fois, je ressens quelque chose de nouveau, le rythme ici est différent… plus lent, plus humain. Un monde à part, vibrant, vivant, où chaque instant semble chargé de poésie et de vérité. Je reconnais le pays dans les récits de Johan.

Sur les conseils de son amie. Anna parcourt Madagascar sur la RN7. Un guide trouvé par le responsable de l’auberge où elle passe sa première nuit. Pépé l’emmène où elle veut. Il a la facilité des bons plans des locaux pour que le voyage ne ressemble pas à un tour opérateur mais à l’authenticité recherchée… Les paysages sont sensationnels. Les gens d’une générosité surprenante. Pépé, lui fait découvrir les marchés aux zébus. Il lui présente des connaissances. Il partage des conversations sur le pays avec les négligences politiques et sociales. La pauvreté du pays, le désespoir et pourtant l’optimisme étonnant de sa population…

Pendant le voyage, Anna a de plus en plus mal aux jambes. Elle ressentait déjà ça en France, ce sont des « impatiences ». Elle a réfléchi à ces douleurs qui troublent son sommeil et dérangent ses journées. Un état omniprésent de conscience de douleurs incommodantes sans être insupportables… malgré des huiles essentielles et la prescription des médicaments, elles ne se sont pas complètement éteintes. Elles sont moins aigues ses dernières semaines mais elles sont de retours.

Anna a construit une belle relation avec Pépé. Ils se sont raconté leurs vies, leurs épreuves. Ils se sont émus et se sont rapprochés comme de vrais amis :

— Je connais un guérisseur dans le village de pêcheur à la fin de la RN7. Il est doué. Il pourrait t’aider.

— T’inquiète Pépé, ce n’est pas insupportable. Je tiens le coup. Je m’étais convaincue qu’en changeant de vie, les douleurs disparaîtraient ! J’y ai cru un moment, elles sont revenues progressivement… peut-être, est-ce parce que nous faisons beaucoup de voiture ? Je marchais davantage dans mes précédents voyages.

— Les distances sont longues à Mada pour découvrir ces grands espaces, ça se mérite ! Autorise-toi à te poser pour ton bien. Tu réalises maintenant l’importance de prendre soin de toi plutôt que de courir après quelque chose qui n’existe pas ! Peut-être que tout cela n’est pas seulement physique ?

— Tu as raison, je vais m’accorder cette pause ! Tu connais un endroit en particulier, un lieu de tranquillité ? Je sais que Mangily attire beaucoup de touristes. J’aimerais me sentir dans un endroit comme chez moi ?

— Dans la vallée des Baobabs. Il y a des cases et je connais une personne de confiance qui pourra te la louer pour que tu te retrouves. Tu pourras rencontrer aussi le guérisseur dont je t’ai parlé. Il habite près de la vallée.

— Que vas-tu faire en attendant ?

— Comme toi. Je vais profiter de reposer mon corps de la route. Mon cousin habite ce village, il m’accueillera. Je ne te propose pas de t’héberger car tu as besoin de ton refuge et de passer du temps avec toi-même.

— Merci d’être si compréhensif et prévenant Pépé. Je vais rencontrer le guérisseur. Je sais que ce sera une rencontre intéressante.

— Je te le souhaite Anna…

Ils prennent ensemble le camion brousse. La route est si escarpée que les voitures ordinaires ne peuvent pas y accéder. Après deux crevaisons, une arrestation par la police et deux vomissements d’un voyageur malade. Ils arrivent enfin dans le village de Mangily.

Pépé accompagne Anna à son bungalow. Le lieu est magnifique. On dirait un chalet. Il est équipé d’une petite terrasse avec une table et deux chaises. Anna peut s’assoir pour contempler le coucher du soleil. Elle sera entourée des baobabs, il y a d’autres bungalows mais suffisamment dispersés pour l’intimité de chacun.

— Rassure-toi Anna. Les gens ici sont venus chercher la même chose que toi : la tranquillité. Ils seront souriants mais pas intrusifs. Il te faudra un vélo ou une moto pour te rendre chez le guérisseur car il se trouve à la sortie du village. Je t’y accompagnerai une première fois pour que tu repères la route. Repose-toi bien. Je te retrouve demain grand matin à ta case, et j’aurai trouvé un moyen pour tes déplacements !

— Merci mille fois Pépé. Cette petite case est exactement ce que j’espérai et le cadre est déjà un vrai remède. Merci de ta bienveillance et de toutes tes attentions. Je serai prête demain.

Pépé salut Anna affectueusement. Il sent qu’elle a besoin d’être seule, de réflexion avec elle-même, de repos, de solitude, de contemplation…

Dans ce pays, la fin d’après-midi est magique. Les couchers de soleil sont de vrais spectacles. Les lémuriens et les sifakas viennent se promener à la recherche d’une gourmandise. Leurs petits doigts sont plein de douceur pour attraper un morceau de banane.

Cela va devenir son petit rituel de fin d’après-midi, songe Anna avec enthousiasme.

Le bal des roussettes commence. Ces grandes chauves-souris, sont majestueuses. Comment se passer de ce spectacle, une fois découvert ? C’est malheureusement une espèce menacée. Elles tourbillonnent comme un balai orchestré quand le soleil se couche. Elles se perchent dans les arbres pour se nourrir de fruits. Les lémuriens sont quelques fois plus rapides, ils ne se laissent pas rattraper. Ce sont vraiment des petites canailles ! Cet endroit est exactement ce dont elle avait besoin. Pépé est impressionnant. Il comprend si bien les besoins des autres… ce sentiment de paix est exquis.

Anna explore son nouvel environnement. Les arbres qui entourent les bungalows apportent tellement d’accalmie…

— Bonjour Anna, es-tu prête ?

— Je t’attendais. J’ai dormi comme un bébé. C’est un véritable havre de paix. J’ai l’impression d’être dans un autre monde avec cette ambiance. Un monde de paix…

— Je suis heureux pour toi. Je t’ai trouvé une petite moto pour tes déplacements. Nous allons la chercher et je te guide jusqu’à la case d’Aïna pour votre première rencontre.

— Tu es fabuleux Pépé, merci sincèrement. Je peux toujours compter sur toi.

Anna monte derrière la moto de son ami. Ils empruntent la piste pour rejoindre le village et récupérer un deux roues. Il y a toujours un goût d’aventure quand on sort de l’occident. Anna suit avec une joie naturelle la moto de Pépé. Elle sent qu’elle va faire une merveilleuse rencontre…

— Je te laisse ici Anna. Sa case est au bout de cette allée, tu es attendue. Sauras-tu retrouver ton chemin pour le retour ?

— Merci Pépé. Oui, j’ai fait l’effort d’être très attentive ! Tu connais mon non-sens de l’orientation !

Elle parcourt la petite allée qui mène à la case. Un espace très simple avec un joli jardin dominé par un magnifique banian qui protège une natte et des coussins à terre. Un grand plateau sur lequel est disposé une théière fumante. Elle est attendue…

Avec douceur, elle interpelle son hôte :

— Bonjour, il y a quelqu’un ?

Après quelques secondes d’attente. Une douce voix, chaleureuse et tranquille lui répond :

— Bonjour Anna. Je t’en prie, installe-toi. Je t’attendais…

Un homme apparait. Sa démarche est tranquille et assurée. Il a un regard chaleureux et apaisant. Celui des gens qui vivent une paix intérieure. Anna s’attendait à voir un vieux sage en toge mais elle découvre un homme en pleine vitalité, peut-être cinquante ans mais pas plus. Un regard lumineux, il respire la bienveillance. Elle se sent tout de suite en confiance.

Il sert le thé et pose une tasse devant elle. Il reste là, présent, silencieux, paisible…

— Merci de me recevoir. Pépé m’a conseillé de venir te voir pour évoquer mes difficultés physiques. Je ne souhaite pas me médicamenter et j’aimerais voir s’il y a d’autres solutions comme des médecines parallèles par exemple…

Il acquiesce mais comme il reste silencieux, elle lui détaille ses symptômes.

— J’ai des impatiences ! C’est le syndrome des jambes sans repos. Cela intervient en fin de journée ou pendant la nuit. Ces impatiences nocturnes me causent des troubles du sommeil. J’ai lu qu’elles provoquaient également des troubles de la mémoire et de la concentration.

Il l’écoute attentivement. Son regard est intense. Il reste silencieux. Il boit délicatement son thé.

Anna livre son histoire. Son début de dépression à sa décision de tout quitter. Son emploi, sa famille, son environnement. Son désir d’entreprendre ses voyages. Sa quête de quelque chose qu’elle a elle-même du mal à saisir.

Cette décision lui a permis de reprendre goût à la vie avec ses imprévus, ses rencontres, ses découvertes.

Ce n’est pas suffisant pour autant. Des douleurs familières commencent à la rattraper.

Aïna a cette sérénité des sages. Il lui accorde toute son attention sans l’interrompre. Très intéressé aux mots choisis. Au rythme qu’elle use dans sa façon de dérouler son histoire. Il ressent chez elle le besoin de se sentir vivante derrière cette fuite. De se trouver derrière ses découvertes. De vivre derrière ses rencontres… elle se donne les moyens de changer mais ne sait pas dans quelle direction s’orienter, encore perdue mais décidée à trouver le chemin.

La magie du silence suit son récit.

— Merci Anna de ta sincérité. Tu connais déjà le mot de tes maux.

— Impatience ?

Aïna hoche la tête.

— J’ai fait quelques recherches et j’ai vu des médecins mais je ne comprends pas. Ils m’ont expliqué que cela intervient sur des personnes plus âgées !

Un silence s’installe, il la regarde attentivement.

— T’accordes-tu une écoute de qualité Anna ?

— Beaucoup plus qu’avant, c’est certain !

— Par quoi, celle-ci passe-t-elle ?

— J’ai arrêté de courir dans tous les sens. Je découvre doucement mon rythme. Je prends mon temps. Quand j’ai envie de rester quelque part, j’y reste…

— Quelle est la place de ton mental, de ton esprit et de ton corps ?

— Ouh là ! Ça fait beaucoup de choses à définir.

Aïna reste silencieux. Il l’observe dans sa quête de réponses, de questions…

Pour la laisser à sa réflexion, il lui indique qu’il va préparer du thé. Presque quinze minutes s’écoulent quand il revient. Il verse le thé et la regarde avec bienveillance.

— La place de mon mental a toujours été très forte car c’est lui qui me permet d’être performante, de prendre des décisions. Il me guide pour agir. Mon esprit, ce n’est pas l’intuition ? Je ne suis pas sûre, en tout cas, j’ai le sentiment de moins écouter mon mental maintenant.

Et la place de mon corps ? Quand je suis fatiguée. J’ai le sentiment de m’écouter davantage. J’ai appris à m’arrêter sans être en colère contre moi…

— Je te propose un exercice pour que nous nous rencontrions de nouveau, et puissions-nous écouter. Es-tu disposée à le tenter ?

— Bien sûr. Je suis là pour apprendre. J’ai envie d’aller mieux et bien tout court !

— Je te propose de le pratiquer autant de fois que tu en auras besoin. Pour commencer, essaie de l’envisager au réveil, avant de déjeuner. Et de t’accorder un temps dans ta journée, tu sentiras le besoin. Nous allons le faire ici pour une première fois afin que tu sois à l’aise pour le réaliser seule ensuite…

Tu peux rester assise en tailleur. Le dos droit mais sans effort, les épaules détendues, une position confortable. Commence par fermer les yeux et écoute ta respiration. Ressens l’air qui entre dans tes narines et qui en ressort. Respire profondément sans effort. Ecoute ta respiration longue et tranquille. Plus tu inspires, plus tu expires et plus tu te sens apaisée, en paix. Peut-être entends-tu les battements de ton cœur. Laisse-toi aller. Maintenant tu vas ressentir tout ton corps en commençant par le sommet de ta tête. Et tu sens le sommet de ta tête se détendre. Reste concentrée sur ta respiration. Tu descends sur ton front et tu sens ton front se détendre. Tu descends sur tes yeux et tu sens tes yeux se détendre… sois consciente de l’espace qui permet à toute chose d’être. Sois à l’écoute des sons, ne les juge pas.

Écoute le silence derrière les sons. Quand tu écoutes une pensée. Tu es consciente non seulement de la pensée, mais aussi de toi-même, le témoin de ta pensée. Une dimension nouvelle de conscience s’ouvre à toi…

Le scan corporel continue jusqu’aux orteils afin de rencontrer la relaxation. Après ces quelques minutes d’apaisement. Anna est ramenée à sa réalité avec douceur. Elle se sent sereine. Elle a l’impression de sortir d’une sieste reconstructrice.

— Merci Aïna. J’avais déjà entendu parler de ces pratiques méditatives mais je n’en n’avais jamais fait l’expérience. Le ressenti est particulier. Je me sens sereine, reposée. Je crois que c’est la première fois où je n’étais pas en train de programmer ce que j’allais faire de ma journée pour ne pas risquer de la perdre…

— Ton impression est juste Anna. Garde un peu de ton attention à l’intérieur ! Ne la laisse pas se dissiper complètement à l’extérieur. Ressens de l’intérieur ton corps en entier. Comme si tu écoutais ou lisais à l’aide de ton corps. Pratique cela dans les jours suivants.

J’espère que tu profiteras du bénéfice de celle-ci en t’accordant l’importance de prendre soin de toi…

— Je dois le faire trois fois par jour ?

— Il n’y a aucune obligation. As-tu envie de la pratiquer ?

— Oui, si cela me fait du bien. Je veux le faire.

— Ce qui peut paraître au démarrage comme une discipline peut se révéler un besoin puissant de bien-être par suite. Comme une activité sportive qui apporte un bonheur quotidien…

— Ça va régler mes problèmes d’impatiences ?

— La patience t’apportera la solution. Tu vas commencer par écouter ton corps pour vivre avec lui…

— Quand puis-je te revoir Aïna ?

— J’enverrai un message à Pépé. En attendant, je te souhaite de profiter de toi Anna.

— Qu’est-ce que je te dois ?

— Nous verrons plus tard. La priorité est que tu apprennes à prendre soin de toi…

Anna a certes passé un bon moment mais ne comprend pas réellement le sens de tout ça. Rien que la présence d’Aïna est un appel à la tranquillité. A l’apaisement, une envie de se poser dans un hamac et de faire la sieste… pense-t-elle, souriante.

Pépé prévient Anna :

— Si demain grand matin, tu es libre. Aïna serait heureux de te recevoir.

Cela fait quatre jours qu’Anna pratique la méditation. Elle déroule le scan corporel de la tête aux pieds trois fois par jour. Elle s’est même étonnée d’ajouter une séance dans la journée quand elle a besoin de repos ou quand son mental commence à l’embarquer dans ses inquiétudes…

Ils se retrouvent avec un doux plaisir assis au pied du banian. Une théière fumante est placée sur le plateau. Anna ressent cet accueil empreint de bonté. Aïna la salue en se penchant légèrement en avant. Une main sur le cœur pour lui exprimer le plaisir de la revoir. Elle l’imite. Ils s’assoient.

— Comment te ressens-tu, Anna, ces derniers jours ?

Anna prend le temps de réfléchir ses mots pour traduire réellement ses nouvelles impressions…

— Je ressens une étrange sensation. Comme une connexion à mon corps. Quand j’ai commencé la pratique, il y a quatre jours. Je cherchais le repos et je trouvais que mes jambes restaient calmes. Les douleurs sont de moins en moins présentes et cela me repose comme une sieste.

À force de pratique, j’ai ressenti un besoin de méditer pour habiter mon corps. Comme un appel. Dernièrement, des pensées inquiétantes sont venues me rattraper et j’ai pratiqué la méditation pour reposer ma tête. Ça a presque marché mais j’étais souvent rattrapée. Il m’est plus facile de méditer si je me sens tranquille que si je commence à cogiter…

— Je suis heureux de t’entendre prononcer ces mots Anna.

— C’est ça la réponse à mes maux ? Il fallait que je ralentisse ?

— Cela fait partie de la réponse. Nous allons la parcourir ensemble pour que tu sentes mieux…

Il y a une manière très efficace de prendre conscience de l’être. C’est simplement de détourner ton attention de la pensée vers le corps. Cela peut être ressenti comme le chant d’énergie invisible qui donne vie à tout ce que tu perçois comme le corps physique.

— On dirait des incantations magiques car il n’y a ni plante, ni médicament.

— Crois-tu être capable d’animer la magie en toi ? Crois-tu que cette magie puisse exister ?

— J’ai envie d’y croire Aïna. C’est pour cela que je voyage, que je veux faire des rencontres qui comptent.

— Toutes tes expériences de vie Anna, surtout les plus difficiles vont concourir à la magie de te rencontrer.

Auparavant, tu demeurais dans le temps et ne rendais que de brèves visites à l’ici et maintenant. Ces quatre jours, tu as fait du présent ta demeure. Tu rends de courtes visites au passé et au futur quand tu dois gérer les aspects pratiques de ta vie.

De tous ses voyages. De l’Océanie aux Etats-Unis, de l’Afrique à l’Asie…

Madagascar est exceptionnel en richesses. Rempli de valeurs, habité pas le cœur, débordant de beauté…

Cela fait bientôt quatre mois qu’Anna se plaît à vivre à Maguily. Elle continue ses précieux échanges avec Aïna. Grâce à lui, elle apprend le pouvoir du moment présent.

L’impermanence des moments difficiles. D’être responsable des choix de sa vie, de ses conditions de vie. Elle comprend la magie de modifier la biologie de son corps par le biais de ses pensées, de ses intentions et de ses émotions.

Également de laisser la terre lui parler. De regarder la vie avec un œil nouveau, sans jugement. Là où il y a des problèmes, elle essaie de voir des possibilités…

 

CHAPITRE 6 : La voie de la compréhension

Cela fait bientôt un an qu’Anna est partie. Elle trouve enfin des réponses dans l’engagement de sa quête. Malheureusement, elle commence à se faire rattraper par les inquiétudes de la vie. Ses économies diminuent. Elle va devoir prendre des décisions. Peut-être rentrer, trouver un travail… retrouver sa place dans la société.

Mais en est-elle encore capable ?

Ses vieux démons s’invitent dans ses pensées. Les projections, les interprétations. Elle doit habiter son corps pour ne pas se laisser embarquer…

Elle rejoint Aïna. Elle a besoin de mieux comprendre.

— J’ai l’impression que quelque chose en moi est brisé et je n’arrive pas à comprendre… comme si une partie essentielle de qui je suis avait disparu sans laisser de trace !

Aïna, l’écoute attentivement. Il ressent déjà ce qui se passe en Anna. Cela fait quelques jours qu’il la perçoit dans ce même état d’esprit.

L’avertissement d’Aïna :

— Es-tu inquiète Anna ?

As-tu souvent des pensées du genre : « Et si… ? ».

Tu t’identifies au mental qui te projette dans une situation future, imaginaire. Celle-ci engendre la peur. Il t’est impossible d’affronter une telle situation, pour la simple raison qu’elle n’existe pas. C’est un fantasme issu du mental. Et si je te dis que ce sentiment peut être un signe ? Le signe de perdre ton âme ! Pas dans le sens mystique, mais dans quelque chose de beaucoup plus profond et réel.

Te sens-tu prête à avoir cet échange ? Cela peut changer ta façon de voir la vie...

— Je suis toujours dans la perspective de comprendre Aïna.

— Imagine-toi. Tu te réveilles chaque jour avec la même routine. L’alarme se déclenche. Tu regardes ton portable avant même de poser le pied sur le sol. Ton esprit est déjà distrait par quelque chose d’extérieur. Des exigences et des responsabilités. Commence le tourbillon de ta journée. Tu remplis tes obligations. Tu réponds aux demandes. Tu essaies de sauver les apparences…

Mais à l’intérieur de toi, tu ressens un vide que tu ne parviens pas à combler.

Peut-être, penses-tu être fatiguée ?

Peut-être est-ce juste une passade que chacun ressent ?

Mais il y a peut-être autre chose…

— Cela peut arriver. On ne peut pas toujours être au top de sa forme.

— C’est vrai Anna. Mais quand la situation se répète. Quand ta vitalité et ton énergie te quittent.

Pourrais-tu envisager la perte progressive de l’âme ?

Ne pense pas que nous parlons d’une chose mystique ou religieuse.

J’aimerais que tu comprennes que l’âme est quelque chose de très concret. C’est l’essence de qui tu es. Ton authenticité, tes désirs les plus profonds, ce qui fait briller tes yeux.

Perdre son âme. C’est perdre le lien avec cette essence. C’est un processus lent, silencieux et ravageur.

— Je ne la voyais pas avec autant de clarté. Expliqué avec tes mots, je comprends mieux la nécessité de se regarder.

— Maintenant, arrête-toi un instant et regarde ta vie depuis quelques années.

Ce que tu ressens ici et maintenant s’est installé depuis des années avec ton mode de vie et tes habitudes.

Combien de tes choix sont réellement les tiens ? Du travail que tu réalisais, à la façon dont tu passais ton temps libre ?

Combien de tes décisions révèlent la personne que tu es et pas seulement ce qu’on attend de toi ?

Nous vivons dans une société qui nous pousse à être utile, productif et obéissant. On nous enseigne la réussite. On suit un schéma qui est celui d’étudier, de travailler pour obtenir des biens matériels, fonder une famille…

Alors que se passe-t-il si ce schéma n’est pas le tien ?

— Comment faire ? C’est dans notre éducation. J’ai été élevée comme ça. On m’a enseigné que le travail c’est la liberté. Que pour avoir un bon métier, je dois bien travailler à l’école et que tout cela m’apportera la chance de fonder une famille et me rendra heureuse…

— Et si je t’avouais que l’un des plus grands pièges de l’âme est le conformisme !

Lorsque nous nous fabriquons une personnalité pour répondre aux attentes des autres, nous trahissons notre essence.

C’est comme si chaque choix inconscient était un petit morceau de l’âme que nous abandonnons en échange de l’approbation !

Cela te parle-t-il ?

Le silence remplit l’espace pour méditer ces paroles.

— T’es-tu déjà demandé si tu vis réellement ta vie. Ou si tu joues simplement un rôle qu’on a créé pour toi. Ou encore qu’on attende de toi ?

— Bien sûr, c’était confortable et appréciable d’être admirée dans ce rôle. Et pour cela, je faisais ce qu’on attendait de moi. Je répondais aux critères avec une double exigence de moi-même, tellement j’avais besoin de reconnaissance. J’ai créé l’objectif de ma vie sur ce château de cartes, mon job !

Et pour maintenir cette image. Je devais toujours faire mieux, être plus, ma vie remplie de superflu ! Jusqu’à l’épuisement professionnel et pas que…

— Avais-tu cette sensation de fatigue permanente même après un week-end entier de repos. Ou ces insatisfactions persistantes alors que tout semblait aller correctement ?

C’est tout simplement les premiers signes que quelque chose ne va pas !

L’âme essaie de communiquer sans crier. Elle se manifeste grâce à l’anxiété, à l’ennui, ou le sentiment d’être déconnecté de tout et de tous.

C’est l’histoire de la vie de Jayan, le petit frère de Pépé. Pour se rassurer, il fait le bilan de ce qu’il a accompli : il vit à Maurice, il a un bon emploi, une belle maison, une relation stable. Aux yeux des autres, et même aux siens, cela ressemble à une réussite. Mais au plus profond de lui. Il se sent dans une course sans fin, sans savoir où il veut arriver. Alors il remplit le vide avec des voyages, du shopping, les réseaux sociaux, mais rien ne change. Il ne ressent pas d’amélioration.

En réalité, Jayan vit en pilote automatique. Il se néglige, il ne considère pas son essence, ni son âme. Le plus difficile, c’est que la perte d’âme ne se produit pas d’un seul coup. C’est comme l’érosion, c’est lent, presque imperceptible.

Tu fais un choix qui ne te représente pas et lorsque tu t’en rends compte. Tu es déjà déconnecté de toi-même…

Chaque oui que tu acceptes quand tu veux dire non. Chaque moment que tu consacres à quelque chose qui ne compte pas pour toi. C’est à chaque fois ton âme qui s’égrène…

— On a l’impression de ne pas avoir le choix !

Pourquoi permettons-nous que cela se produise ?

Pourquoi sacrifions-nous notre authenticité au nom du conformisme ?

— Par peur Anna. La peur de décevoir, d’être jugé, d’affronter l’inconnu. Dès le plus jeune âge, on est conditionné à croire que sa validité dépend de l’approbation des autres !

Alors que vivre pour plaire aux autres, c’est comme essayer de rattraper le vent...

Ignorer les signaux de l’âme peut s’avérer dangereux. Lorsque tu t’éloignes de qui tu es, cela te coûte cher émotionnellement, physiquement et spirituellement.

La déconnexion peut conduire à la dépression, à des crises d’identités et même à des problèmes de santé…

— Tu exagères. Quand c’est à ce point, on se réveille car c’est insupportable !

— Non, ce n’est pas malheureusement pas exagéré.

Le manque de sens et d’authenticité peut être lié à des maladies psychosomatiques, telle que l’insomnie, la fatigue chronique et même des problèmes cardiaques.

L’humain a besoin de donner du sens. Dans le jargon scientifique, ils appellent cela « l’air cingulaire », ce besoin profondément ancré dans notre biologie de donner du sens. Ce qui représente aussi l’extraordinaire de notre complexité.

As-tu l’impression de courir constamment sans jamais arriver à quelque chose ?

Que ta vie est une liste interminable de tâches qui ne t’apportent aucune de joie ?

Eh bien, c’est tout simplement le cri silencieux de l’âme pour attirer l’attention…

La bonne nouvelle, Anna, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour changer ! L’âme ne disparaît jamais complètement. Elle se cache, elle patiente pour être sauvée au bon moment et la première étape est simple.

Pose-toi les bonnes questions : « Que veux-tu véritablement ? Es-tu à la hauteur de qui tu veux être ? »

Anna médite ces paroles fortes. Chaque conversation avec Aïna est puissante et appelle un temps de solitude pour y réfléchir…

— Anna, voici les clés pour une vie plus authentique.

Pour t’aider dans ta réflexion, peux-tu réfléchir à ton fonctionnement ?

Y a-t-il une habitude, un engagement ou une relation que tu entretiens simplement par obligation ?

Quelque chose qui ne te rend pas heureuse, mais que tu continues à faire, parce que tu penses que tu dois le faire ?

Identifier cela est le premier signe. Tu commences à écouter ton âme. Mais ce n’est que le début pour bien comprendre comment l’âme se perd et comment la sauver. Nous devons examiner de plus près nos routines, nos habitudes et nos pensées… devenir présent !

Le bruit mental incessant de la pensée t’empêche de trouver ce monde de tranquillité intérieure qui est inséparable de l’être.

Je te laisse à ta méditation et à tes réflexions pour aujourd’hui. Nous avons besoin de nous reposer…

— On se voit demain Aïna ?

— Nous verrons ! Prends ce temps, cet espace pour toi pour te réfléchir…

Anna se pose de nouveau pour considérer ses conditions de vie, ses fonctionnements qui l’ont toujours rassurée…

— Qu’est-ce qui ne me rend pas heureuse ?

Tellement de choses. C’est pour cela que je suis partie mais je n’ai jamais pris le temps de vraiment poser le doigt dessus. C’était plus facile de fuir. De moins en moins d’épanouissement dans un travail qui n’avait plus de sens sauf celui de gagner de l’argent. Mais gagner de l’argent quand on a perdu la foi, n’a plus d’intérêt non plus. Des relations vides de sens où les questions existentielles sont évitées ou ridiculisées de peur de se risquer à les mûrir ! L’imposition d’un modèle familial conformiste pour rentrer dans le moule.

N’ai-je rien appris depuis des mois avec Aïna ?

Ce sont mes peurs qui se réinvitent dès que ça ne va pas.

Peut-être le non-sens de mon éducation, comment se détacher de cette emprise ?

— Bonjour Anna. Comment te sens-tu dans ce jour ?

— Bonjour Aïna. Je vais bien, merci.

Se poser des questions fondamentales n’est pas forcément de tout repos mais éclaire sur des décisions que j’ai prises en conscience.

Cela m’a fait du bien de passer un temps avec moi-même. J’étais présente et j’observais ce qui se passait en moi…

— J’en suis heureux pour toi. As-tu envie que nous continuons ?

— Avec plaisir ! J’ai soif de comprendre et je me sens capable de plutôt ressentir que de mentaliser !

J’ai pris conscience de mon grand besoin d’approbation de ma famille, de mes amis, de mes responsables. Ce n’était pas pour les bonnes raisons. Seulement pour briller, pour être aimée. Ce besoin de reconnaissance des autres parce que je ne m’apprécie pas suffisamment, pour valider que je suis quelqu’un de bien. Mon besoin de toujours faire mieux, de toujours faire plus avec des habitudes ancrées dans ma vie.

Des habitudes qui aujourd’hui me rongent mais que je n’arrive pas à supprimer car j’en ai fait un mode vie qui me rassure mais m’épuise…

— Veux-tu que nous parlions des habitudes qui étouffent ?

Il y en a une que tu pratiques sans doute tous les jours sans t’en rendre compte. C’est peut-être l’une des principales raisons de cette déconnexion.

J’ai une question pour toi : « Et si, tout ce que tu croyais être important était justement la raison de ton vide ? »

C’est une question dérangeante. Mais il faut l’affronter pour se réconcilier avec soi-même.

La routine est silencieuse.

C’est parfois elle finit par voler ton essence…

Réfléchis à tous ces moments inconscients qui peuvent t’éloigner de qui tu es vraiment. Le problème c’est qu’ils se répètent chaque jour, presque sans t’en apercevoir. Et peut-être que toi aussi, tu les vis. Écoute ce scénario :

Le réveil sonne. Tu étires ton bras. Attrapes ton téléphone et commences à faire glisser ton doigt sur l’écran. Avant même de te lever, ton cerveau est déjà surchargé de notifications, de messages, et d’actualités. Tu as peut-être l’impression de simplement rattraper ton retard.

Mais ce qui se passe réellement est bien plus profond… c’est le tout premier moment de la journée, et tu accordes ton attention à quelque chose d’extérieure. Et avec elle, un morceau de ton âme !

Anna est interpellée par ces paroles. Elle a toujours fonctionné ainsi depuis qu’elle a intégré cette grosse firme. Chaque matin. Elle attrape immédiatement son téléphone, parcourt les messages, les mails, les nouvelles pour identifier les urgences et les traiter. C’est une pratique qu’elle essaie de modérer depuis son départ mais les habitudes ont la vie dure…

— Anna, la perte d’âme, commence dans les moments les plus simples et les plus courants. Ce n’est pas une explosion, mais une érosion, un égrènement. Chaque fois que tu agis en pilote automatique, sans réfléchir, tu laisses des forces extérieures façonner ton essence. Ces forces ne viennent pas de toi !

Dans le contre-rythme frénétique d’une vie moderne, ce fonctionnement est presque invisible ! Songe à ta propre routine.

Combien de journées as-tu passé sans te demander pourquoi tu faisais ce que tu faisais ? Du petit déjeuner précipité aux tâches de travail sans fin. Toujours cette impression d’être pressée mais de ne jamais être vraiment présente ?

Un état dans lequel nos actions ne sont pas en accord avec nos choix conscients. Des schémas répétitifs et des conditionnements externes.

C’est dangereux !

Chaque fois que tu agis sans te poser de questions, tu aides ton ombre.

Et comme tu le dis : « les habitudes ont la vie dure ! »

— Très longtemps, je suis restée en pilotage automatique.

Mes journées étaient organisées à la minute près ! Ma montre était la gardienne du temps. Cela me permettait de réaliser toutes les missions dans lesquelles je m’étais engagée.

Un exemple d’une de mes journées types :

Mon réveil sonne. J’enlève le mode avion. Je récupère les post-it missions écrits dans la nuit. J’avale un petit déjeuner trop rapide, douche, maquillage, apparence parfaite obligatoire. Et déjà les appels commencent dans la voiture. Il ne faut jamais perdre de temps ! 

Rien que d’y songer, j’en ai mal à la tête…

Mais aujourd’hui, c’est très différent… j’ai le sentiment de comprendre l’importance de ralentir et de me choisir !

— Tu ne penses pas que tes anciens travers pourraient revenir quand quelque chose te contrarie ?

— C’est vrai que j’ai repris des vieux réflexes de fuite. Je me rassure en me disant que je n’ai plus la même vie. J’ai conscience que je dois rester vigilante. Je me sens encore fragile.

Elle reste silencieuse… en se regardant en face, elle comprend qu’elle se fuit pour ne pas souffrir de la situation. Les anciens réflexes d’aller chercher des distractions à l’extérieur sont immédiatement revenus…

— Anna, l’ombre c’est la partie refoulée de ton psychisme. Elle est faite de désirs, de sentiments et d’aspects de toi-même que tu ignores ou que tu rejettes.

L’ombre grandit lorsque tu vis automatiquement. Elle finit par se manifester d’une manière que tu ne comprends pas : cet agacement sans raison, cette tristesse qui ne veut pas disparaître, ou ce sentiment qu’il manque quelque chose d’essentielle dans ta vie.

— Je comprends mieux quand tu me racontes des histoires de personnes que tu connais. Qui ont traversé ces épreuves.

Je crois que ça me rassure de ne pas parler de moi…

Aïna poursuit :

— J’ai rencontré Louise. Une jeune femme équilibrée d’une quarantaine d’années. Elle mène une vie « stable ». Elle considère avoir un bon métier. Une famille aimante avec des amis proches mais intérieurement, elle se sent épuisée.

Chaque matin, elle se lève et enchaîne son quotidien. Elle se presse pour organiser sa journée. Elle jongle entre le travail et les exigences familiales. Et le soir, éreintée, elle se réfugie dans les réseaux sociaux pour tenter de se distraire. Même si tout semble en ordre. Elle ressent cette sensation de vide persistant.

Elle se demande : « Pourquoi suis-je si malheureuse alors que j’ai tout ce que j’ai toujours voulu ? ».

Après une crise émotionnelle pendant un voyage de vacances. Elle prend conscience de la situation. Elle a passé des années à ignorer ses propres besoins, ses désirs mais surtout son essence. Elle a découvert que vivre automatiquement n’est pas seulement une question de routine, c’est un état mental ! Celui dans lequel tu es tellement occupée à répondre aux attentes et aux obligations que tu n’as pas le temps de te demander si tu es sur la bonne voie…

Et toi Anna ?

Pense à ces moments où tu as dit oui alors que tu voulais dire non ? Toutes les fois où tu as senti ce malaise intérieur… et où tu l’as ignoré parce que ce n’était pas le moment de le regarder en face.

Ça peut te sembler banal. Mais c’est comme des fissures dans un plafond. Au début, elles sont presque invisibles. Mais avec le temps, la pression augmente… jusqu’à ce que toute la structure cède.

Te sens-tu vivre ou existes-tu simplement ?

À quand remonte la dernière fois que tu t’es véritablement arrêtée pour réfléchir à tes décisions quotidiennes ?

Le monde dans lequel nous évoluons nous encourage à donner la priorité à la rentabilité, à l’optimisation, à la productivité et obtenir des résultats. Mais à quel moment ces priorités ont-elles commencé à prendre le pas sur ce qui compte vraiment pour toi ?

— Je ne me suis même pas rendu compte que je m’oubliais car tout allait à trop vite. Du travail, à l’organisation de mes vacances ou de mes week-ends, tout était précipité. Parfois, je me débarrassais presque d’un temps qui aurait été agréable pour moi en écrivant à la va-vite un texto aux amis : « Virée à Barcelone ce week-end ? ».

En réalité je ne m’accordais pas de temps pour me poser. J’en avais pourtant besoin.

Besoin de repos pour moi. Besoin profiter du temps. Je voulais surtout être dans l’action, jamais dans l’introspection… jamais… cela me donnait le sentiment de perdre mon temps.

Je mesure aujourd’hui les désastres que ce comportement de fuite a opéré sur moi. Je ne veux surtout pas y retourner…

— Tu connais maintenant l’un des plus grands évitements de soi Anna ?

— Oui, je l’utilise depuis des années… c’est naze ! Les distractions, les réseaux sociaux…

— Ce n’est pas naze, rit Aïna.

En effet les distractions en tout genre, même le surmenage, les engagements qui semblent urgents et qui ne le sont pas…

Toutes ces choses consomment si efficacement ton attention que tu ne réalises même pas que tu es en train de fuir.

Puisque tu aimes les histoires…

Il y quelques années, j’ai rencontré Maxime. Un jeune professionnel qui passe des heures au bureau, puis encore plus sur les réseaux sociaux. Il croit simplement se détendre. En vérité, il esquive un malaise profond, celui de l’insatisfaction de son travail ! Comme beaucoup, il s’anesthésie dans les distractions pour éviter les murmures de l’âme.

Mais cette fuite s’intensifie avec le temps et il n’est pas simple de modifier ce fonctionnement. Il faut du courage pour s’arrêter, pour regarder à l’intérieur et admettre que quelque chose doit changer. On peut échouer car il est plus confortable de rester en pilote automatique que d’affronter la vérité.

La bonne nouvelle, est que le changement commence par des étapes simples. On commence par des questions, sur la connaissance de soi… c’est la clé du sauvetage de l’âme. C’est connaître ton propre caractère. Identifier tes forces et tes faiblesses. Également tes désirs et tes aversions. Ce qui t’aidera à reconnaître une situation dans laquelle tu peux être stressée ou sous pression. C’est indispensable pour interagir socialement. Pour oser et expliquer les choses dans lesquelles tu souhaites ou pas t’engager. Trouver ta place.

Quand tu prends conscience de tes choix, aussi petits soient-ils, tu commences à reprendre le contrôle. Tu prends conscience de ta responsabilité !

Relève ce défi Anna. Accorde-toi cinq minutes dès maintenant. Examine attentivement ta routine, puis demandes-toi : « Est-ce que cela reflète réellement qui je suis, ou qui je veux être ?

As-tu le sentiment d’user de ton temps d’une manière qui correspond à tes valeurs ou réponds-tu simplement aux attentes externes ? La réponse que tu ressens peut-être dérangeante mais ne te décourage pas !

Ce malaise est un signe. Tu commences à écouter ton âme et c’est la première phase du recouvrement d’âme. Tu n’es pas obligée de le faire seule. Nous faisons ce voyage ensemble. Nous explorons les mystères de la psyché et découvrons des façons de vivre de manière plus authentique…

Anna prend le temps de se questionner : « Est-ce le chemin ? »

Le chemin vers sa découverte passe par ces phases, car son éducation occidentale n’intègre pas le développement de soi comme un levier d’accomplissement. Détecter le sens de la vie, l’engagement, les valeurs et les relations qui nous épanouissent pour trouver la paix de l’esprit et même plus, le bien-être. Elle réalise sa fuite d’elle-même chaque samedi soir, en pensant profiter de la vie : partir danser, s’abrutir de musique forte jusqu’au petit matin. Tourner tous les sujets en dérision même les plus importants. Ce besoin constant de souffler face à une vie professionnelle trop exigeante, et d’oublier une vie personnelle devenue vide de sens.

Aïna lui pose cette question : 

« Quelle est l’habitude ou le comportement qui selon toi, te déconnecte de ton essence ? »

— Il y en a tellement…

Vouloir faire plaisir. L’envie de plaire. L’envie d’être aimé. Remplir un rôle que je n’ai pas envie de jouer, simplement pour être appréciée, admirée…

— Cette réflexion, Anna, te pousse vers un engagement en faveur de la transformation…

— Je comprends ce que tu essaies de me dire. Ne plus tricher avec moi-même !

Je connais le sens de mes responsabilités et les valeurs que je dois nourrir pour me préserver. Habiter mon corps, être en harmonie avec lui et toujours choisir l’honnêteté plutôt que la fuite…

— L’honnêteté, c’est une valeur fondamentale et difficile à maintenir… Je vais te révéler l’habitude la plus dangereuse de toutes. Quelque chose de si courant que tu le fais probablement tous les jours mais qui peut te priver de ton authenticité, sans même que tu ne t’en rendes compte.

Un vide qui persiste quand tout semble aller pour le mieux, comme quelque chose qui n’est pas à sa place et que tu n’arrives pas identifier ?

Il s’agit peut-être d’une habitude silencieuse. D’un quotidien que tu ne remarques plus. C’est la véritable voleuse de ton essence !

Combien de fois, as-tu dit ou fait quelque chose juste pour plaire à quelqu’un d’autre ?

Réfléchis bien. Un oui qui ne vient pas du cœur. Un sourire forcé pour éviter un conflit. Ou même un silence face à ce qui te dérange. C’est tout à fait inoffensif à première vue, mais ces petites concessions sont comme un poison pour l’âme. Chaque fois que tu ignores tes propres besoins pour te conformer aux attentes des autres, tu abandonnes une partie de toi-même… tu lui fais croire que tu n’es pas importante.

— Oui, j’avoue que je recherche souvent l’approbation pour être appréciée. Pour être honnête, je le fais tout le temps.

— Je comprends, dès le plus jeune âge, on nous apprend à rechercher la validation ! Que ce soit pour faire plaisir aux parents, aux professeurs ou aux amis. On en vient à croire qu’être accepté est plus important qu’être authentique, et ce fonctionnement devient naturel.

Dans la vie adulte, cela se manifeste par une habitude corruptrice…

Vivre pour répondre aux attentes des autres.

C’est la conformité de l’âme. Un état dans lequel tu façonnes ta vie autour de ce que les autres attendent, plutôt que de chercher ce qui est vrai pour toi.

Cela n’apporte pas la paix espérée.

Au contraire, quand tu essaies de plaire, tu te trahir davantage.

— Je me reconnais dans tes dires. Pourquoi sommes-nous si nombreux à faire cela Aïna ?

Est-ce toujours ce besoin d’être aimé ? D’être apprécié des autres, d’être intégré ?

— Bien sûr, Anna. La peur du rejet, des conflits, de la perte des liens…

Cette peur nous maintient piégés dans un fonctionnement où nous gommons notre authenticité pour préserver un faux sentiment de sécurité. Mais l’âme n’accepte pas de vivre ainsi continuellement...

Voici un nouvel exemple de vie :

Arnaud est le genre d’homme apprécié de tous. Il est le premier à dire oui à tout : une réunion supplémentaire au travail, un service pour les amis, un engagement familial. Mais intérieurement il se sent épuisé. Il se rend compte que, même s’il est toujours là pour les autres, personne ne remarque sa fatigue ou ses propres besoins. C’est brutalement qu’il réalise un jour, qu’il vit dans le mensonge. Qu’il n’est ni heureux dans son métier, ni épanoui dans ses relations. Il cherche uniquement à répondre aux attentes des autres. Il porte comme beaucoup un masque social, il joue un rôle, et cela épuise son énergie, sa motivation, son âme…

C’est l’histoire de monsieur tout le monde.

Combien de fois as-tu, toi aussi, porté ce masque ?

Combien de fois as-tu ignoré tes propres désirs pour sauver les apparences ou éviter de déplaire à quelqu’un ?

— Je le réalise Aïna. Toutes les fois où j’ai triché avec moi-même. En faisant de la situation une normalité, je me disais : « J’accepte même si ça me coûte, et comme ça, on passe à autre chose ». Je l’ai tellement fait, que c’est devenu mon mode opératoire : un déménagement à réaliser pour des potes, un dîner accepté à contre cœur, une mission effectuée…

Bref, j’ai des dossiers entiers…

— C’est l’habitude la plus dangereuse de toute : l’abnégation.

Chaque fois que tu prétends être quelque chose que tu n’es pas, chaque fois que tu dis oui alors que tu veux dire non. Tu envoies un message puissant à ton âme :

« Tu n’es pas importante ! »

L’impact de cette situation est néfaste.

— J’ai toujours fonctionné ainsi. J’ai été éduquée de cette manière : à plaire à mes parents, à mes tantes, à mes professeurs… et même pire encore, à mes amis, car je tiens tellement à mes amitiés que je compose en fonction de leurs attentes pour y répondre. J’ai toujours eu cette doctrine :

« Il faut savoir sur qui on peut compter dans la vie ! »

Et c’est la raison pour laquelle j’ai toujours fait en sorte d’être à la hauteur de ce qu’on attendait de moi.

— Je comprends Anna.

Il est très difficile de se réveiller d’un schéma ancré et c’est malheureusement la plus grande tragédie de l’âme : le conformisme.

Lorsque nous essayons de nous adapter aux normes externes, nous finissons par nous déconnecter de ce qui nous rend unique. Et cette déconnexion ne passe pas inaperçue. Elle se manifeste de manière subtile par de l’anxiété, le manque d’épanouissement et ce sentiment constant d’être perdus !

— Il est si difficile de rompre avec cette habitude, Aïna. Nous sommes conditionnés depuis l’enfance. Nous sommes récompensés lorsque nous faisons plaisir, par des éloges, des gratifications ou simplement l’acceptation. Nous apprenons que plaire aux autres nous profite, et c’est ainsi que l’habitude s’installe profondément.

— Maintenant, imagine ce qui pourrait se passer si tu commençais à dire non à ce qui ne résonne pas avec ton essence.

Imagine le soulagement de vivre sans la pression constante de plaire à tout le monde.

Qu’est-ce que cela pourrait t’apporter ?

— Cela me donnerait un sentiment de liberté !

Mais également, la peur de fonctionner seulement avec mes envie…

— Il faut du courage pour briser un mode opératoire.

Du courage pour affronter le malaise, les rejets éventuels et surtout pour te réconcilier avec qui tu es véritablement.

Voici un défi Anna :

La prochaine fois que quelqu’un te demande quelque chose, ou lorsque tu es sur le point de prendre une décision. Arrête-toi un instant.

Demande-toi : est-ce que je fais cela parce que je le veux vraiment, ou parce que c’est ce qu’on attend de moi ?

Offre-toi le temps de la réflexion.

Peut-être une méditation pour t’aider, ou un moment de qualité dans la nature.

Cette chose, aussi minime soit-elle, est un acte de résistance contre le pilote automatique.

Tu peux commencer dès maintenant. Écoute la voix en toi aussi souvent que tu le peux. C’est la seule véritable libération. Tu n’es plus esclave de ton mental.

Ils se quittent sur ces riches échanges.

Anna rejoint son bungalow. Elle se sent nébuleuse…

C’est la première fois qu’Anna ose dire non.

Pépé lui propose un déjeuner avec son cousin. Elle a prévu une expédition aux village voisins ; cela fait des jours qu’elle en a envie. Mais ces rencontres avec Aïna sont tellement captivantes qu’elle remet ce projet à plus tard.

— Pas grave Anna, tu vas vraiment apprécier. Les villages alentours sont tous aussi jolis et accueillants que Maguily. Une autre fois alors.

Elle n’est pas très à l’aise à l’idée de refuser, mais elle a réussi à dire non, car sa motivation était réellement d’explorer. Auparavant, elle n’aurait jamais osé refuser une invitation de peur de blesser ou de contrarier. Elle s’étonne même de la facilité avec laquelle Pépé est détaché…

— Bravo Anna. Dire non est chose difficile. Presque impossible pour toi vis-à-vis d’une personne comme Pépé, qui t’a tant apporté.

Le véritable but de la vie, est l’individualité. Le processus permettant de devenir qui on est réellement, sans crainte des attentes extérieures.

Le voyage commence petit à petit.

Il ne s’agit pas de tout transformer, mais de se remettre en question, de réfléchir progressivement, d’aligner ses actions avec son essence.

Existe-t-il un domaine de ta vie où tu as l’impression de te trahir ? Peut-être le travail ? Une relation ? Ou même un passe-temps ? Il est important de le détecter pour aller vers le changement. Je ne te demande pas une réponse immédiate Anna. Prends le temps de la réflexion. Médite ta réponse et à notre prochaine rencontre, si tu en as envie, nous pourrons en parler…

Anna rentre à la case. Elle est songeuse après tous ces échanges accumulés depuis quelques jours. Elle a besoin de méditer, cette pratique lui fait tant de bien aujourd’hui.

Elle met l’accent sur quelque chose d’important pour elle, installé insidieusement, ce que signifie « profiter de la vie » pour elle. Quelle perception nous donne notre société ? Les nombreuses distractions vers lesquelles elle fuit constamment, les soins particuliers à l’anticipation de ses soirées pour ne pas rester seule. De ses week-ends qu’elle remplit pour ne laisser aucun vide, pour optimiser ses journées… l’image sociale qu’elle renvoie de cette manière : une belle jeune fille pétillante, débordante d’enthousiasme et de spontanéité.

Après s’être avoué la vérité sur elle-même, elle prend le temps de l’introspection. Elle se rappelle les expériences de vie qui illustrent parfaitement cette fuite d’elle-même, et cette volonté de combler un vide qui la terrorise…

— Bonjour Aïna, que fais-tu ?

— Je nous prépare un thé, je te pressentais sur le chemin pour venir à ma rencontre…

— Tu es un druide Aïna ! rit-elle.

— Seulement un hôte accueillant, jeune fille !

— J’ai beaucoup réfléchi hier sur notre dernier échange…

— As-tu envie de me le partager ? 

Anna essaie d’exposer avec clarté toutes ses impressions, toutes les situations qui lui ont permis de se comprendre…

— Merci, Anna, de me partager ton expérience. Ce n’est jamais simple d’affronter sa réalité ou encore ses ombres. Je comprends les situations que tu as vécues. Pourrais-tu me décrire les sensations que tu éprouvais dans ton corps lorsque tu évoques la fuite de toi-même ?

— Ouh là là, c’est le plus compliqué et le plus dérangeant ! D’ailleurs, ce mot la définit assez bien… Je ressentais un sentiment dérangeant que j’avais du mal à identifier, un état de mal-être où je devais immédiatement apporter une réponse, une distraction pour chasser ce malaise.

Je comprends mieux aujourd’hui : j’étais en train de me chasser moi-même ! Je me mettais en pilote automatique pour plus de confort, car m’interroger sur cette drôle d’impression m’indisposait ! Alors, je faisais la check-list de toutes les raisons pour lesquelles je devais être heureuse, je me donnais un coup de pied aux fesses et j’enclenchais une activité pour fuir…

— Je sens que tu as médité ta réflexion. Que pourrait-il se passer si tu continues à ignorer ces signes et tes ressentis ?

— En vivant cette introspection hier. J’ai compris qu’en m’étant oubliée, je suis tombée à côté de moi en cherchant à me rencontrer ! J’étais essorée, je n’avais plus d’énergie, ma vitalité m’avait quittée. Une profonde tristesse avait envahi mon être. Même les distractions ne pouvaient plus me sortir de cette obscurité. J’abordais une dépression sans comprendre comment me rencontrer. Grâce toi, à nos échanges, à tes questions, à l’espace que tu m’accordes… je suis en train de me réveiller.

— La déconnexion de l’âme n’est pas seulement émotionnelle. Elle peut se manifester physiquement sous la forme de maladie, d’épuisement et de crises existentielles. Lorsque tu négliges ton authenticité, tu mets en danger ton bonheur, mais aussi ta santé et ton bien-être.

Il est important de se poser la question :

« Que sacrifies-tu pour entretenir cette façade ?

Est-ce que ça vaut le coup ? »

Aujourd’hui Anna, tu franchis les premières étapes pour briser ces habitudes.

Pourrais-tu décrire une situation dans laquelle tu as eu l’impression de te trahir pour plaire aux autres ? Et aurais-tu pu faire autrement ?

— La situation phare qui me vient, c’est lorsque j’ai accepté de prendre les agences de Rennes. Je connaissais les difficultés, les missions et les engagements encore plus nombreux.

J’ai accepté, car cela permettait à Gwenaëlle, ma collègue que j’appréciais, de prendre ma place à Nantes.

Elle ne supportait plus les agences du département qu’elle supervisait. Mon directeur régional m’influençait fortement à prendre cette décision en me chahutant à chaque réunion commerciale. Gwenaëlle dépérissait à vue d’œil. J’ai accepté la mission de Rennes pour lui laisser ma place, alors que j’adorais vivre dans cette ville. Je savais qu’elle serait heureuse de ma décision et que mon responsable serait également satisfait de nous garder toutes les deux.

L’excuse était toute trouvée pour moi. Je quittais mon compagnon après dix ans et cela me permettait, une fois de plus, de prendre la fuite… on est pro ou on ne l’est pas ! ajoute-t-elle en se moquant d’elle-même.

— Identifier cette situation, comme d’autres, t’aide à t’engager dans ta transformation. Tu deviens inspirante pour les autres, qui peuvent faire de même.

Bouddha a dit : « Soyez des flambeaux pour les autres. » Quand tu as compris cela, tu peux passer à l’étape la plus importante pour recouvrer ton âme : te reconnecter à ce qui te fait te sentir vivante et trouver un but dans une vie qui semble souvent dénuée de sens. Anna, si tu pouvais appuyer sur un bouton pour te sentir entière, connectée à toi-même et à ce qui compte véritablement… l’enclencherais-tu ?

— Ça ressemble à un fantasme… oui sans hésiter !

— C’est possible. Mais ce chemin nécessite d’arrêter de fuir, d’avoir le courage de se confronter à soi-même et de changer ce qui doit l’être ! As-tu déjà eu l’impression que quelque chose n’allait pas dans ta vie, sans pouvoir mettre le doigt sur ce que c’était exactement ? Comme vivre un succès, mais ressentir du soulagement au lieu de la joie. Comme tu l’as évoqué, peut-être avais-tu tout ce que tu semblais vouloir : une belle carrière, des relations saines, la famille … et pourtant à l’intérieur de toi, demeure une certaine inquiétude…

— Complètement. Je m’en voulais de cette insatisfaction. Je me disais, comme beaucoup, il y a des gens qui ne sont jamais contents… peut-être en fais-je partie. Mais toujours sans l’avouer pour ne pas être jugée… encore une ombre.

— Merci de ton honnêteté.

Et c’est une crise de l’âme, et elle n’arrive pas par hasard. Il faut se poser la question :

« À quand remonte la dernière fois où tu t’es vraiment permise de t’arrêter et de réfléchir à qui tu es ? »

Tu vis dans une société qui encense la rentabilité, la productivité et les résultats en courant après le temps. Tu es toujours occupée, toujours en train de t’agiter, mais pendant que tu te concentres sur le faire, tu oublies tout simplement d’être.

— Tu as raison Aïna. J'ai lu quelque part que nous passons de la moitié de notre temps d’éveil avec l’esprit vagabond ! Que ce soit vers le passé ou vers l’avenir et l’impact est dévastateur, nous oublions d’être présent.

— Lorsque tu es déconnectée du moment présent, tu es également déconnectée de toi-même… Et même lors de rares pauses, tu te sens plus fatiguée que reposée.

Cette déconnexion dépasse la fatigue physique : c’est le signe de quelque chose de plus profond, la perte de sens !

Le but n’est pas quelque chose qui se trouve à l’extérieur de toi-même, mais quelque chose qui te construis intérieurement. N’oublie pas le besoin de donner du sens. Imagine que ton esprit est une maison composée de plusieurs pièces : certaines sont claires et organisées, elles représentent les parties de toi que tu connais et acceptes. Mais d’autres sont sombres et fermées ; ce sont les endroits où ton âme se cache lorsque tu la négliges. Pour redécouvrir ton essence, tu dois explorer ces pièces…

— Je ne saisis pas…

— Voici l’expérience de Lili. Comme beaucoup de personnes, elle passe ses journées à orchestrer un travail exigeant, à gérer sa famille et à répondre systématiquement aux attentes sociales. Mais profondément, elle ressent que sa vie est sans but. Se sentant perdue, je lui conseille d’écrire. Elle commence à tenir un journal, elle y consacre dix minutes par jour, elle y dépose ses pensées, ses émotions. Cet exercice lui semble futile, mais au fil du temps, elle commence à repérer des schémas, des rêves abandonnés, des désirs longtemps cachés, des peurs jamais affrontées.

Ce rituel de dix minutes par jour a changé sa vie. Elle prend conscience qu’elle n’a pas besoin de grandes réponses, mais d’une reconnexion avec des choses simples qui font vibrer son âme. Elle s’est lancée dans un passe-temps qu’elle aime. La création de bijoux, et pour la première fois depuis des années, elle ressent une véritable étincelle de joie.

Et toi Anna, à quand remonte la dernière fois que tu as fait quelque chose simplement parce que cela te rend heureuse ? Sans te soucier de ce que les autres pensent ou de ce que cela pourrait t’apporter.

— Quand j’ai décidé de partir, parce que je me sentais mourir…

— Je comprends. L’âme à cette qualité d’exulter à travers ce qui te fait te sentir vivante. Souvent, tu abandonnes au nom de l’aspect pratique ou des exigences de la vie d’adulte. Il est prouvé, que les personnes qui pratiquent des loisirs créatifs présentent un plus grand bien-être émotionnel et moins de symptômes de dépression.

L’urgence n’est pas tant le passe-temps : sauver son âme, c’est avant tout sauver le lien avec soi-même.

L’une des étapes les plus puissantes pour y parvenir est la solitude, l’acte être seul avec soi-même, sans distraction.

Et avant de dire : « Je n’ai pas le temps pour ça », réfléchis avec moi : combien de temps passes-tu chaque jour à te laisser distraire par des choses qui n’ajoutent rien à ta vie ? Imagine consacrer une fraction de ce temps à réfléchir, à méditer ou simplement à garder le silence. Ces moments sont essentiels pour écouter les murmures de l’âme. Je sais que tu as commencé, je le ressens…

— Oui j’ai commencé. Et j’ai envie de me découvrir, de m’accorder ce temps précieux devenu un luxe dans notre société…

— En effet, c’est aujourd’hui un luxe. Laisse le silence entrer profondément en toi : c’est lui qui t’unit à ton essence.

Il y a deux ans, j’ai fait la rencontre d’un jeune homme, Raphaël. Je l’ai rencontré quand il a décidé de ralentir et de s’accorder du temps en venant découvrir Madagascar. Il s’intéressait à la puissance de la pleine conscience. Il me confie qu’il travaille dans un bureau et passe une bonne partie de ses journées à s’inquiéter des délais et des réunions. Il dit souvent qu’il n’a pas de temps pour lui ! Un jour, lors d’un podcast, il entend parler de la pratique de la pleine conscience, une technique qui consiste à être présent dans l’instant. Par curiosité, il commence par prendre deux minutes par jour pour respirer profondément et observer ses pensées sans les juger. Petit à petit cette habitude s’installe. Il ressent qu’en étant plus présent, son esprit devient plus clair. Il commence à prendre des décisions plus alignées avec ses valeurs, son anxiété diminue.

Et pour la première fois depuis des années, il a l’impression de reprendre le contrôle de sa vie…

Ça semble si simple et ça l’est ! Mais cela demande un effort de pratique ! Tu as expérimenté ces exercices, tu sais qu’ils ont un impact profond. Il ne s’agit pas de transformer ta vie d’un seul coup, mais de créer des espaces où ton âme peut émerger.

Si tu te permets deux minutes de silence maintenant, qu’entends-tu ? Peut-être que ton âme essaie de communiquer depuis des années, mais tu es trop occupée pour l’écouter. Quelles sont les petites actions qui pourraient te reconnecter à qui tu es ? Tu peux retrouver une passion, quelque chose qui t’anime, t’offrir des temps à la méditation ou même oser dire non à quelque chose que tu fais uniquement pour plaire aux autres.

— Aujourd’hui, ce qui me sauve de la fuite, c’est la méditation. Plus je pratique, plus je me ressens. Je me sens davantage ancrée ; avant, ce terme ne m’aurait pas parlé, aujourd’hui je le vis pleinement… le choix conscient de la lumière en moi.

— La qualité de nos relations est également essentielle à notre éveil. Nos relations reflètent souvent l’état de notre âme.

Les relations que tu entretiens te font-elles grandir ou t’emprisonnent-elles dans d’anciennes versions de toi-même ?

Il peut être douloureux d’interrompre une relation toxique et fixer des limites peut être difficile, mais ces efforts sont essentiels pour préserver ton essence. Tu mérites d’être entourée de personnes qui t’inspirent, qui ne t’épuisent pas. Trouver son âme, Anna, est un voyage, il n’y a pas de bouton magique, mais la guidance est limpide et cela commence par deux étapes : ‘l’introspection et la solitude’.

Se reconnecter à ce qui te rend heureuse et prioriser les relations qui te nourrissent.

— Je mesure de plus en plus ce que cela représente. La qualité des relations ! Une vraie réflexion, quand on n’a plus besoin d’être aimée parce qu’on a appris à s’aimer, et que l’équilibre entre deux personnes se crée dans le respect de chacun et non par intérêt. C’est sans le vouloir que mes amis se sont triés quand je suis partie : certains ne comprenant pas ce qui m’arrivait, d’autres qui n’étaient pas intéressés par les relations à distance, et ceux pour qui, je comptais réellement !

Le silence s’installe comme une communion profonde qui reconnecte à l’essence de son humanité. Aïna a cette sagesse de la véritable écoute qui transforme le rapport à l’autre. En sachant écouter, il révèle ce qui n’est pas dit.

— Aïna, cela me fait peur et en même temps me soulage… je ne comprends pas tout…

— Le secret ultime, Anna, pour intégrer tous ces changements est de vivre avec un but et une plénitude.

Te sens-tu prête ?

Si tu pouvais accueillir chaque partie de qui tu es : tes forces, tes faiblesses, tes peurs et tes désirs, sans crainte du jugement ou du rejet, serais-tu prête à le faire ?

C’est l’essence de l’individualité. Le processus de devenir entier, authentique et complet, sans crainte.

— Oui, sans hésiter. Je veux me ressentir entière pour être libre…

— Je peux t’aider à récupérer ton âme et vivre une vie épanouie. À la fin de ce voyage, tu comprendras que la liberté recherchée est proche.

Combien de fois as-tu joué un rôle pour t’intégrer dans des espaces qui n’étaient pas les tiens, dans un métier, une relation ou même avec des amis ? 

Souvent, on peut renoncer à des parties de soi pour être accepté mais cette acceptation a un prix. En psychologie, quand nous rejetons une partie de soi, nous créons un abîme intérieur. C’est dans cet abîme que l’âme se perd. Imagine que tu construises un mur qui te semble solide. Avec le temps des petites fissures commencent à apparaître. Pour ne pas les voir, tu les recouvres de peinture et tu fais en sorte de les oublier… jusqu’au jour où le mur s’effondre. C’est le résultat de te nier, de t’arranger avec la vérité !

— J’ai passé des années me nier, à répondre aux attentes des autres. D’abord celles de mes parents, puis de mon patron et même de mes amis. Je suis perçue comme une personne de confiance, celle qui dit toujours oui mais je me sens épuisée. Je me rends compte que j’ai enterré mes désirs, mes opinions et même ma créativité. Et quand j’ai décidé de changer, ça n’a pas été facile. Je dois affronter mes propres peurs : « Si on n’aimait pas mon vrai moi ? »

Mais si je commence à dire non quand c’est nécessaire. Si je reprends les passions que j’ai abandonnées au lieu d’essayer de plaire à tout le monde, si j’ose me poser la question de ce qui est important pour moi, je découvre l’acceptation de moi-même. Je me sens plus reliée à moi-même, j’attire des personnes, également des opportunités qui me reflètent véritablement…

— La clé de l’individualité est d’intégrer l’ombre, Anna. Ces parties de nous-mêmes que nous cachons parce que nous pensons qu’elles sont vilaines ou inacceptables, souvent en comparaison à nos normes sociales. L’ombre n’est pas une mauvaise chose, bien au contraire : elle contient des talents, des passions et même des forces que l’on réprime par peur. Par exemple, un côté créatif que tu n’as jamais osé explorer parce qu’on t’a appris à donner la priorité à la stabilité. Ces parts refoulées sont comme des Lego : sans elles, la construction de ta vie ne sera jamais complète. Intégrer l’ombre est difficile mais permet la métamorphose. Cela suppose de te regarder honnêtement à l’intérieur, ne pas juger ce que tu trouves et te demander :

« Quelles parties de moi-même, ai-je peur de montrer au monde ? »

C’est la première étape pour sauver ton âme.

— Je comprends. Ce soulagement de ne plus jouer un rôle. De ne plus tricher avec soi-même, cela aussi épuise et demande des efforts qui malheureusement ne mèneront à rien… tu arrêtes de te cacher…

— Pour toi, que se passe-t-il lorsque tu arrêtes de te cacher ?

Quand tu acceptes ton ombre et que tu décides de vivre selon qui tu es vraiment ?

— Je crois savoir : la liberté !

— Exactement, mais pas la liberté qui vient des possessions matérielles ou des réalisations extérieures. Il s’agit de la liberté intérieure d’être soi-même.

Que ferais-tu aujourd’hui si tu n’avais pas peur du jugement ?

Peut-être oserais-tu un vieux rêve ?

Mettrais-tu fin à une relation toxique ou simplement risquerais-tu le non à quelque chose qui ne résonne pas avec toi. 

Ces décisions sont des actes de courage qui renforcent ton lien avec ton âme. Le but n’est pas quelque chose que l’on trouve, mais quelque chose que l’on crée ! Il ne s’agit pas d’une carrière parfaite ou de grandes réalisations, mais de petites actions quotidiennes qui reflètent qui tu es.

Vis-tu selon tes valeurs, ou suis-tu uniquement un script que quelqu’un a écrit pour toi ?

— Cela paraît si simple mais ne l’est pas quand on gravite dans notre société, et avec la volonté de s’intégrer. Il faut l’audace de faire le choix de soi, affirme Anna.

— Le secret Anna ! Aligne tes actions sur ce qui est important pour toi. Tu peux consacrer du temps à une passion, nouer des relations plus significatives ou t’accorder des moments d’introspection. Le but n’a pas besoin d’être grandiose, il doit simplement être vrai.

Je te propose un exercice d’écriture pour répondre à cette question Anna :

« Si j’étais complètement honnête avec moi-même, qu’est-ce qui changerait dans ma vie dès maintenant ? »

Tu as juste besoin d’écrire sans forcément beaucoup réfléchir.

C’est une première étape pour retrouver ton authenticité.

 

CHAPITRE 7 : Rencontres

Cela fait une semaine qu’Anna entend le rire chaleureux d’une femme quand elle traverse la vallée de baobabs pour aller se baigner. Des nouveaux arrivants, ils sont trois. Elle sent la bonne humeur de ce trio qui vient d’arriver à Mangily. Elle les croise régulièrement le matin sur la plage en palme, masque et tuba.

Sophia, une des deux femmes du trio vient l’accoster, elle a remarqué Anna sourire de leurs taquineries et elle aime faire des rencontres à l’autre bout du monde. Ce matin, Sophia demande à Anna la permission de déposer sa serviette près d’elle sur la plage. Anna est ravie, elle a envie de partager la bonne humeur de cette jeune femme, elle a envie de rire et cette bande d’amis à l’air vraiment sympathique. Rencontrer des gens de son âge lui fait du bien et lui apporte de la légèreté.

Sophia lui présente le petit groupe d’amis, Maud et Guillaume, leur copain rigolo. Ce trio est toujours en train de rire et de se chahuter. Ils voyagent ensemble depuis cinq mois, ils ont décidé de faire ce road trip durant un an à Madagascar avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils ne se posent dans leurs carrières ou rencontrent l’âme sœur, comme aime le préciser Sophia.

Sophia, le soleil de la bande, a toujours une blague pour ces deux compères. Avec Anna, le courant passe immédiatement. Elles commencent à échanger sur leurs parcours, leurs visions… Anna les rejoint souvent lors des sorties ou pour dîner. Des liens se créent, des amitiés naissent…

— Coucou Anna, je bouge pour faire une balade dans la forêt, tu m’accompagnes ? lui propose Guillaume.

— Avec plaisir. J’avais uniquement prévu de l’imprévu pour aujourd’hui, et cet imprévu est très sympathique…

Ils passent la journée à marcher dans la forêt, ils s’extasient sur la végétation toujours surprenante… ils prennent le temps de savourer leur environnement et leur présence mutuelle. Anna sait aujourd’hui jouir de l’autre en lui accordant toute son attention, comme le lui offre Aïna. Elle aime le plaisir de profiter avec sincérité et s’entraîne sur la retenue sage qui élève la qualité de l’échange.

Elle découvre une personne différente de celle qui partage les moments de rassemblement entre amis. Il est étonnant et s’intéresse à elle avec sincérité.

Guillaume lui explique sa motivation de partir pour une année. La destination n’était pas réellement importante pour lui ; il voulait simplement respirer comme il l’aime le préciser. Il lui confie que depuis quelques années, il a l’impression de vivre une vie sans goût, de s’inscrire dans des activités qui ne l’inspirent pas, même s’il s’efforce de sortir de la mélancolie qui le gagne. Il se pose des questions existentielles : du pourquoi de ce manque de saveur, pourquoi manque-t-il autant d’énergie pour s’engager dans quelque chose. Et même en faisant la check-list de ce qu’il a accompli : ses études, son job, ses amis, l’appartement acheté.

Il ne retire plus de satisfaction à ces succès. Alors quand Sophia lui propose un road trip, il voit une éclaircie dans son vague à l’âme…

— C’est ainsi que j’accepte de suivre sans réfléchir mes deux amies dans leur projet. Sophia est toujours le moteur de notre petit groupe et elle a souvent un paquet d’idées. Son énergie nous emporte. Je me laisse complètement séduire par ce voyage, n’ayant plus goût au reste et, étonnamment, le sentiment d’excitation revient. L’envie aussi et le goût de l’aventure m’anime… moi qui me traînais tous les jours…

Ils continuent de partager chacun leurs parcours. Les émotions qu’ils ont ressenties, le vide qu’ils ont rencontré, et le désir d’ajouter du sens à leur vie pour se réveiller…

Les balades se multiplient, Guillaume invite régulièrement Anna à profiter d’un moment tous les deux. Il aime sa présence, son écoute, son sourire. Il adore la faire rire, il apprécie la fille audacieuse qu’il découvre…

— Elle n’est pas seulement jolie, elle est vive dans nos conversations. Elle m’inspire quand elle parle passionnément, son énergie me transporte et me donne envie de m’engager dans de nouvelles choses… J’aime l’influence qu’elle a sur moi, ses moments de silence me remplissent de réflexions… j’adore quand elle pose ses yeux rieurs sur moi car j’ai balancé une bêtise. Je sais qu’elle ne juge pas, mais ça l’amuse. J’ai tout le temps envie d’être en sa compagnie, elle me remplit et j’ai l’impression de grandir à son contact. Elle est peut-être cette fille que j’espérais rencontrer…

Cette histoire romantique entre Guillaume et Anna naît doucement et s’intensifie…

Anna est tellement transportée par son histoire d’amour qu’elle s’oublie. Elle oublie ses rendez-vous avec Aïna, les précieux échanges qui lui permettent d’avancer sur elle. Elle oublie ses envies, ses découvertes, les projets de continuer Mada seule pour ne plus jamais se sentir seule…

L’être aimé occupe une si grande place que penser à autre chose que le partage à deux, devient compliqué. Elle profite des soirées à quatre mais elle attend impatiemment de se retrouver seule avec lui. Elle aime se baigner le matin avec ce petit groupe mais s’ils se retrouvent seuls tous les deux pour nager, elle est ravie…

Anna et Guillaume commencent à partager leurs soirées au rythme du couple dans leur bulle. Une soirée sur deux, ils partagent le repas avec leurs amies de voyage pour ensuite s’octroyer des temps d’intimité. Guillaume est de plus en plus au bungalow d’Anna, à vivre dans leur cocon… Sophia et Maud s’en amusent ; elles sont plutôt ravies pour leur ami qui n’a pas souvent eu de chance avec les filles, et Anna est adorable. Très vite, ils ne peuvent plus se passer l'un de l'autre. Cette forte attraction émotionnelle, intellectuelle et physique crée une énergie unique qui semble dépasser la simple logique ou explication rationnelle : une connexion inexplicable.

Bien que différents, ils s’harmonisent : l’union entre l’intellect et l’émotion, entre la raison et l’intuition, entre la sensibilité et la force…

Cette dynamique de leurs différences enrichit la relation et donne l’impression à chacun de grandir à travers l’autre. Ils apprennent à dormir ensemble ; les nuits deviennent douces et câlines... Une complicité qui crée la dépendance affective, les coupe d'eux-mêmes, mais ils ne souhaitent pas le réaliser. Ils ont trop besoin de vivre cette expérience, de se partager, de se respirer... ils fabriquent une bulle de bien-être qui n'appartient qu'à eux. Il n'y a presque plus de place pour les autres. Ils n’y sont pas attentifs car ils veulent s'abreuver de cet élixir d'amour. Des nuits d'amour aux journées de découvertes, à l'exploration des bassins, aux fous rires, aux trésors culinaires, aux villages extraordinaires. Ils se sentent en totale symbiose. Ils créent un espace de réflexion, de croissance et d’évolution ; chacun en miroir de l’autre, apprend quelque chose de lui-même, découvre de nouvelles perspectives et se transforme. Une union harmonieuse où chacun s’élève par et avec l’autre. Ils ont la sensation de vivre la magie de la résonnance émotionnelle. Et spirituellement, Anna aime lui transmettre les enseignements de son maître.

— Aïna m’a appris à m’écouter. La méditation est une pratique essentielle dans ma vie aujourd’hui ; elle rythme mes journées et mes réflexions. Tu entres en amitié avec toi, tu te prends en considération. Tu t’occupes de toi, tu deviens important pour toi-même et tu deviens meilleur pour les autres. Cela permet de traverser des épreuves, de t’apporter de l’autocompassion, de la bienveillance. Tu t’apportes de la paix malgré les événements de la vie.

Elle partage avec lui l’intérêt d’aller vers son individualité en affrontant ses parts d’ombres. Plus elle partage avec Guillaume, plus elle a le sentiment de saisir les mots d’Aïna. Il est captivé par ces échanges qui le font s’interroger et grandir…

À la fin du mois. Les trois amis ont prévu de reprendre la route, de continuer l’aventure de ce beau pays et de se diriger vers Nocibé. Anna est évidemment invitée à continuer le voyage avec eux, mais cela changera considérablement ses plans…

Elle veut prendre le temps de la réflexion. Elle se sent si bien avec Guillaume qu’elle est capable de se nier. Tous ces enseignements avec Aïna ne sont pas vains ; elle en a conscience mais il est difficile de résister à l’amour, à la promesse de ne plus jamais être seule. Elle est sur son nuage depuis trois mois avec Guillaume. Elle n’a jamais ressenti autant de connexion, de compréhension, de complicité. Il est réellement l’homme qu’elle aime aimer. Elle est troublée : continuer son voyage pour se trouver ou le suivre et abandonner ses projets…

Est-ce que cela impliquerait de s’abandonner elle-même ?

Elle se rend chez Aïna pour lui demander pardon de ses absences répétées et solliciter un temps qu’il voudrait bien lui accorder. Elle se sent coupable d’avoir négligé son ami depuis quelques semaines, d’avoir manqué des rencontres sans prévenir…

Elle connaît sa grandeur d’âme ; il ne lui en tiendra pas rigueur. Mais elle a honte de son comportement, de ses agissements. Même amoureuse, sa négligence n’est pas juste…

— Bonjour Aïna, j’espère que je ne te dérange pas. Je suis venue m’excuser pour mes absences, pour mon absence tout court…

— Bonjour Anna, ne t’inquiète pas pour cela. Je suis heureux de te voir. Veux-tu partager un thé ?

— Si tu as le temps, j’en serai ravie.

Anna prend le temps et les respirations comme le lui a enseigné son maître. Elle lui fait le récit de sa rencontre : le sentiment de transcendance qu’elle vit avec Guillaume, ce qu’elle ressent dans son corps et le dilemme qui la partage entre le suivre ou suivre son chemin.

— Anna, as-tu déjà réfléchi à la raison pour laquelle tu crois si aveuglément à l’amour romantique ?

Cette question est souvent évitée mais dès le plus jeune âge, nous sommes abreuvés d’histoires de princes et de princesses, d’âmes sœurs et de fins heureuses. Ces récits nourrissent notre imagination mais ils créent également un moule étroit et étouffant, de ce que signifie aimer et être aimé. Et tout ce que tu réprimes ou ignores se transforme en ombre.

L’amour tel qu’on le présente aujourd’hui est une grande ombre de notre société. Tu peux te questionner si tu cherches réellement l’autre ou si tu recherches la partie de toi-même que tu as abandonnée en cours de route ! Souvent, tu projettes sur ton partenaire, tout ce qui te manque : la sécurité, l’approbation, le sens ou encore l’engagement… cette projection est la plupart du temps inévitable mais aussi dangereuse. Car lorsque l’illusion disparaît et elle disparaît presque toujours. Tu te confrontes à l’autre tel qu’il est réellement.

Et le plus difficile : tu te confrontes à toi-même. Pourtant la société tend à te vendre le contraire.

— L’amour romantique est présenté comme le remède d’universel, s’exclame Anna. Si tu trouves ta moitié, tu as l’impression que tous tes problèmes disparaissent.

— Alors, réfléchis un instant : quel genre de solution t’oblige à renoncer à ta propre intégralité ?

Tendre vers ton processus d’individualité ! L’acte de devenir qui tu es vraiment est le plus grand objectif de l’être humain !

Alors, comment poursuivre cet objectif lorsque tu abandonnes ta liberté et ton identité au nom d’un idéal aussi fragile ? Prend le temps de regarder autour de toi. Combien de personnes entretiennent des relations vraiment saines ? Combien d’entre elles ont réellement choisi de rester là où elles sont ou se sont-elles simplement laissées emporter par la pression sociale ?

Les relations basées sur la peur d’être seul ne sont pas des relations. Ce sont des contrats de dépendance affective ! Quand tu te réveilles, tu réalises que plus tu cherches ce qui te manque chez l’autre, plus tu t’éloignes de toi-même ! Cette phase est inévitable ! Lorsque tu vis sans avoir conscience de ta propre ombre, de tes propres peurs…

— Qu’appelles-tu ombre dans cette situation, Aïna ? Je ne suis pas certaine de comprendre…

— L’ombre est constituée de tous les aspects de ta personnalité que tu réprimes parce qu’ils ne correspondent pas à l’image que tu veux projeter. En amour, l’ombre se manifeste avec une intensité écrasante. Cela peut être la jalousie, le contrôle, la dépendance, les ressentiments, l’image sociale que tu cultives. Ces sentiments sont comme des monstres cachés sous le lit : ils attendent le bon moment pour émerger. Alors, tu me diras, pourquoi insistons-nous sur ce modèle d’amour même si nous savons qu’il nous cause tant de souffrances ? Peut-être parce que l’option d’affronter la vie seul, sans la promesse d’une vie heureuse, semble encore plus effrayante…

— La vie semble plus gaie à deux. Tu peux partager tes joies et tes peines, tu nourris une certaine complicité…

— C’est une croyance sociale, Anna !

La solitude ne consiste pas seulement à être sans compagnie, mais aussi à se confronter à nos propres vérités, et c’est ce que l’amour romantique nous aide à éviter : le miroir de notre propre incomplétude ! Il est intéressant de remarquer que plus tu essaies d’échapper à cette incomplétude, plus elle te hante… Les films, les chansons, les livres renforcent l’idée que le bonheur est quelque chose que tu trouves en dehors de toi-même !

Mais la réalité est très différente. Ce que tu recherches chez les autres est quelque chose que toi seule peux te donner ! Lorsque tu donnes cette responsabilité à quelqu’un d’autre, tu crées une attente impossible à satisfaire ! Si je te dis que l’amour romantique tel qu’on te l’a présenté depuis l’enfance est une illusion. Une évasion de toi-même, de tes ombres, de ta responsabilité d’être entière, qu’en penses-tu ?

— Je comprends mieux. Nous nous sommes attachés à un but extérieur pour nous combler, pour nous remplir en pensant que cela nous apporterait le bonheur. Mais si nous ne sommes pas entiers, nous demanderons trop à l’autre, ou injustement de remplir une partie de nous-même que nous n’avons pas remplie…

— C’est exactement cela, Anna. Tu comprends l’enseignement. L’intégration de l’ombre est essentielle pour atteindre la plénitude !

Alors, comment intégrer quelque chose que l’on s’acharne à projeter sur les autres ?

— Tu veux dire : comment pouvons-nous vraiment aimer si nous n’avons pas encore appris à nous aimer nous-mêmes ?

— En effet, cette question nous amène à un point crucial ! L’amour ne doit pas consister à compléter l’autre, mais à se compléter soi-même. Il ne s’agit pas de chercher ce qui te manque chez les autres. C’est d’apprendre à partager ce que tu as déjà, mais il faut du courage… comme abandonner les illusions qui t’ont été imposées, affronter l’ombre en toi et devenir entière avant d’essayer de partager ta vie avec quelqu’un…

— Mais si nous abandonnons l’amour romantique, que reste-t-il, Aïna ? Cela nous permet parfois de lutter contre les angoisses et la déprime.

— C’est une question qui peut nous effrayer, Anna. Mais c’est aussi une réponse libératrice. Il existe de véritables liens basés sur la liberté et le respect. Ce qui reste, c’est l’amour propre, la capacité à être en paix avec soi-même et surtout, il y a la liberté de vivre, sans les contraintes d’attentes irréalistes. Alors la prochaine fois que tu as le sentiment d’entendre une histoire d’amour parfaite, tu peux te demander : est-ce de l’amour ou une projection ? Est-ce que cela me libère ou m’emprisonne ? Et surtout où en es-tu dans cette relation ? Être tout simplement, ou simplement le reflet de l’autre ?

— Ça se complique entre être et le reflet !

— Ça se complique si tu décides d’abandonner tes illusions de l’amour. Tu feras face à une vérité incommodante… le bonheur que tu recherches est, et a toujours été en toi ! Veux-tu découvrir ce que signifie réellement aimer et ne pas souffrir pour cela ?

— Ce serait si libérateur de mieux le comprendre.

— Observe de plus près l’expression : « ta moitié ». Ce cliché romantique si inoffensif, presque poétique mais il véhicule une idée profondément déconstruite, celle que tu es incomplète. La société te fait croire que sans relation, il manque quelque chose d’essentiel dans ta vie, mais ce qui manque vraiment, c’est de comprendre qui tu es ! Et de ne pas projeter ton identité sur quelqu’un d’autre…

Le plus grand danger pour le psychisme humain reste la perte de l’individualité ! Lorsque tu fusionnes émotionnellement avec une autre personne, non seulement tu sacrifies ta liberté, mais tu abandonnes également le processus d’individualité, c’est-à-dire le chemin pour devenir qui tu es vraiment, l’autre ne peut pas être la lumière. Tu dois trouver ta lumière !

— Tout le monde recherche l’osmose, Aïna. Quand on se sent amoureux, on déborde de vitalité, de bonne humeur, d’émotions agréables ; on a constamment envie de partager avec l’autre, d’être avec l’autre…

— Et c’est très souvent ce qui peut compliquer le processus d’individualité ! Tout ce bien-être accumulé en peu de temps. Pense au nombre de fois où toi ou certains de tes proches ont abandonné leurs rêves, leurs passions ou des amitiés pour entretenir une relation ? Cela peut se révéler comme un acte d’amour, mais est-ce vraiment le cas ou est-ce de la peur ?

As-tu déjà croisé Abi Gaëlle à la case ? Elle est en vacances en ce moment, elle profite de son séjour pour me rendre visite. Il y a trois ans, nous avions de nombreux échanges comme toi et moi en ce moment. À l’époque, elle s’est retrouvée dans une dualité de se choisir ou de choisir le couple !

Abi Gaëlle est une jeune femme qui aime voyager seule. Elle a trouvé la joie d’explorer l’inconnu et a ressenti une liberté indescriptible en parcourant les rues de villes inconnues. Elle rencontre Dany, un homme gentil ; il manque un peu d’assurance, mais se fait un devoir de l’accompagner dans tous ses voyages, craignant que l’indépendance d’Abi Gaëlle ne soit le signe qu’elle ne l’aime pas suffisamment. Au fil du temps, Abi Gaëlle voyage moins, d’abord pour éviter de lui faire de la peine, ensuite elle s’interroge et se demande, si voyager seule en vaut vraiment la peine…

Petit à petit, la Abi Gaëlle qui existait avant Dany s’efface.

— C’est terrible… je connais le courage à déployer pour voyager seule et la chance de faire des rencontres comme la tienne alors de renoncer… c’est triste !

— Cette histoire est triste mais elle est courante malheureusement. Les relations basées sur la dépendance affective sont souvent des prisons invisibles ! Tu ne remarques peut-être pas les barreaux au début, mais avec le temps, ils deviennent impossibles à ignorer. C’est là qu’apparaît le conflit entre la personne et le soi ! La personnalité et le masque que tu utilises pour t’adapter aux attentes des autres, alors que le soi est notre véritable essence. Lorsque tu te sacrifies pour plaire aux autres, le masque devient une prison...

— Je trouve normal de faire des sacrifices dans une relation ?

— Tu as raison Anna, les compromis font partie de toutes relations saines, mais il y a une différence entre l’engagement et l’abandon de soi. Les sacrifices qui nient ton identité ou entravent ta croissance ne sont pas des actes d’amour, ce sont des signes avant-coureurs de dépendance, de contrôle. Lorsqu’une personne essaie de façonner son partenaire en fonction de ses propres besoins et de ses insécurités, le résultat est une relation basée sur la peur et non sur la liberté… par le contrôle, tu prives l’autre de sa liberté d’être ! L’égoïste est celui qui demande que l’on réponde à ses besoins avant de respecter ceux de son partenaire. Pour un meilleur équilibre, pour qu’une relation soit saine, les deux partenaires doivent être dans un état d’individualité, c’est-à-dire que chacun doit être complet ou tendre vers sa complétude.

— Ce n’est pas simple de rencontrer quelqu’un qui souhaite se trouver, ce n’est pas dans notre culture… c’est sans doute la raison pour laquelle si peu de relations parviennent à cette harmonie ? songe-t-elle.

— Anna, cela implique une ingénierie intérieure que beaucoup ne sont pas disposés à faire. Il est plus facile de projeter nos insécurités sur les autres que d’y faire face soi-même. Si tu te sens incomplète, il est plus facile de blâmer ton partenaire au lieu de regarder à l’intérieur de toi, ce qui perpétue le cycle...

Se pose également la question de la solitude : beaucoup préfèrent endurer des relations malheureuses plutôt que d’affronter l’idée d’être seul.

— Je comprends, je vis la solitude depuis peu et cela me permet de mieux me rencontrer. De me questionner sur des sujets essentiels pour moi, le sens, l’engagement… des choses sur lesquelles je ne m’étais jamais réellement arrêtée pour les méditer. C’est depuis que je partage avec toi ces interrogations de la vie, tu me nourris Aïna. L’ancien moi fuyait la solitude car elle m’était insupportable, elle me faisait peur. Cela fait sept mois que j’expérimente la vie seule à Mada, ou presque…

— Anna, tu te nourris déjà toi-même. Je profite seulement de partager tes interrogations. En effet, la solitude révèle la vérité. Nous sommes essentiellement seuls dans notre expérience de vie.

La solitude ne consiste pas à être sans compagnie, mais à être connectée à soi-même…

Combien de personnes connais-tu, vivant seules mais surtout en paix ? Songe au nombre de personnes en couple qui ressentent un vide constant ? Ce qui implique que de nombreuses relations sont entretenues, n’ont pas par l’amour, mais par la peur. La peur de la solitude, du jugement social, de l’insécurité, de l’échec…

Vivre avec une personne qui te fait te sentir plus seule que tu ne le serais sans elle, est une chose à détecter et à essayer comprendre ! Celle-ci est pourtant reconnue par la société comme une réussite sociale. Le monde est rempli de gens qui simulent le bonheur dans leurs relations ; ils postent des photos souriantes sur les réseaux sociaux, mais esquivent le regard de leur partenaire dans la vraie vie. Ils déclarent : je t’aime ; mais se demandent en silence s’ils sont avec la bonne personne…

Ce schéma est entretenu car admettre qu’une relation ne fonctionne pas est souvent vécu comme un échec.

Mais ne serait-ce pas un véritable échec de vivre une vie qui n’est pas la tienne ?

— Ça me questionne… je reconnais bon nombre de mes amis.

— Pour sortir de cette prison émotionnelle, il faut d’abord reconnaître qu’elle existe !

— Aïna, si je suis dans un processus d’individualité, que j’affronte mes ombres, je peux oser me demander : « Qui suis-je en dehors de cette relation ? »

— Oui, Anna. Cette réflexion révèle que nous construisons notre identité sur quelque chose qui n’est pas réel. Mais c’est aussi cette question qui nous offre notre liberté… lorsque tu retrouves ton individualité, quelque chose de magique se produit : les relations cessent d’être des prisons et deviennent des espaces de croissance personnelle.

Tu ouvres un espace, pas une plaie.

Tu n’as plus besoin de contrôler les autres, car ton bonheur ne dépend pas d’eux. Tu peux aimer sans te perdre, car l’amour n’est plus une évasion de soi, mais une célébration de qui tu es.

Et à quoi ressemblerait l’amour s’il était fondé sur la liberté et non sur la peur ou le contrôle ?  Je te laisse réfléchir sur ce point Anna, prendre un temps de qualité pour toi, pour méditer ta décision. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise décision, ce sera forcément une bonne expérience… je te souhaite d’être en paix.

— Merci mille fois Aïna de cet échange. Je vais m’accorder cet espace que je ne me suis pas accordée depuis quelques semaines…

Quand peut-on nous revoir Aïna ?

— Quand tu seras prête Anna. Prends soin de toi avec l’importance d’être toi…

Quand Anna rentre à son bungalow, elle est dans la réflexion. Elle sait ce qu’elle doit faire pour respirer et gagner en clarté. Elle s’accorde ce temps précieux que lui a appris à saisir Aïna. Cette méditation qui lui permet de lâcher le mental et de réellement se ressentir. Ce moment où elle cesse de se reconnaître comme un problème mais comme un grand mystère de la nature. Grâce à l’apprentissage de son corps, elle fait la lumière sur ses vrais besoins.

Elle veut continuer son chemin vers elle, celui qu’elle a découvert et la remplit de joie. Peut-être sa plus belle destination depuis son périple. S’ils doivent se retrouver avec Guillaume, ils se retrouveront. Cela ne doit pas la désorienter ou l’inquiéter. C’est entière qu’elle reviendra vers lui, si c’est ce que l’univers prévoit de mieux pour eux.

Deux jours plus tard, elle a une soirée avec les filles et Guillaume.

— Alors ? Tout le monde est prêt pour de nouvelles aventures, déclare Sophia.

Maud, Guillaume et Sophia ne se doutent pas qu’Anna puisse envisager de continuer seule, elle est toujours en réflexion mais n’ose pas leur partager ses doutes…

C’est toute la journée et la soirée qu’Anna essaie de rester présente avec elle-même. Pas évident car la fin du mois l’appelle aux projections : celles d’accompagner ses trois amis et donc de poursuivre sa relation avec Guillaume ou celle de continuer son ingénierie intérieure qui l’anime dans sa quête d’elle-même…

La peur peut la gagner quand elle réfléchit à la possibilité de perdre Guillaume. Qu’il finisse par l’oublier, ou qu’elle-même passe à autre chose, alors qu’elle aime tant vivre ces moments avec lui. Mais elle réalise qu’elle a encore besoin de faire son chemin. S’il l’aime aussi profondément qu’il le lui déclare, il comprendra ce besoin et par amour, il acceptera.

— Terminé de tergiverser… cela fait des mois que j’essaie et j’arrive de plus en plus à éviter l’encombrement mental et voici que je replonge aussi facilement que si je n’avais pas travaillé ! A cause de la relation amoureuse qui apporte toutes ces émotions douloureuses à dépasser et m’empêche de m’apaiser alors que cela devrait être si simple. Qui a dit que la simplicité serait la chose la plus facile ? J’ai envie de poursuivre cette quête vers moi… je vais lui expliquer avec douceur pour qu’il comprenne l’amour que je cherche à me donner et qu’il ne l’interprète pas comme un désamour de ma part…

Le lendemain soir, elle propose à Guillaume un dîner en amoureux. Il est enchanté de ce moment car une journée séparé d’Anna, il est déjà en manque d’elle et ne fait que regarder son téléphone pour espérer un message. Il arrive heureux de la retrouver, elle a prévu du poisson et des légumes grillés au feu de bois. Il l’embrasse avec passion et lui exprime à quel point, elle lui a manqué…

— Salut ma belle, une journée sans toi, ce n’est pas une belle journée malgré le soleil et les oiseaux… tu m’as tellement manqué. Comment vas-tu ?

— Je vais bien mon cœur, j’ai passé la journée avec mon ami Aïna, mon maître Zen. J’avais besoin de réfléchir et de ne pas me laisser embarquer par mes émotions…

— Pourquoi ? Y a-t-il quelque chose que te préoccupe en ce moment ?

— Juste des doutes qui me travaillent et j’ai besoin de clarté pour prendre les bonnes décisions.

— Tu veux qu’on en parle ?

— Oui, c’est la raison pour laquelle, je souhaitais un petit repas uniquement tous les deux pour échanger.

— Je t’écoute mon amour, tu sais que tu peux tout me dire…

— J’ai pris le temps de la réflexion pour moi, pour me prononcer, si je souhaitais vous suivre ou pas à la fin du mois…

— Je ne comprends pas, tu n’as jamais dit que tu hésitais ?

— Je ne me suis jamais prononcée en réalité. Vous avez tous les trois interprétés que je serais du voyage mais je n’ai jamais donné ma réponse.

Guillaume reste surpris, il reste silencieux, il fronce les sourcils. Il est inquiet que sa décision ne soit pas celle qu’il espère. Il attend qu’elle lui expose ses doutes, mais il ne peut cacher son inquiétude et sa contrariété.

— Guillaume, je ne vais pas vous suivre. J’ai choisi de continuer la quête de ce que j’ai engagé depuis sept mois pour me trouver et m’accomplir. J’ai besoin de ce voyage avec moi-même pour me réaliser.

— Et nous ? Qu’en fais-tu ? Tu renonces à notre histoire aussi facilement ? Réplique-t-il avec brutalité.

— Au contraire, ce n’est pas renoncer. J’ai foi en notre histoire. Je prends le risque de dire que notre amour est assez fort pour surmonter cet épisode et que nous nous retrouverons, car nous allons continuer à communiquer. Et quand je serai de retour en France, si nous avons toujours la flamme, nous nous rejoindrons… avec toute mon entièreté.

— Et si, nous ne nous retrouvons pas ? Et si tu es passée à autre chose ? ou bien moi ?

— Ce sont tes peurs qui te font parler de cette manière. Eh bien, c’est que cet amour n’était peut-être pas aussi solide qu’on l’espérait et que l’univers prévoit certainement mieux pour toi et pour moi…

Guillaume panique, il n’a pas envie de cette décision.

— Anna, c’est une magnifique manière de te débarrasser de notre histoire !

— Pas du tout, tu te trompes tellement. C’est la colère de la situation qui te fais réagir de cette manière.

— Dans ce cas, je reste avec toi. Les filles continuent toutes les deux à visiter et je reste ici !

— J’ai besoin de vivre mes expériences seule pour atteindre le moi…

— Ok, je comprends… pour continuer tes vacances et saisir toutes les opportunités qui se présentent !

Vivre l’instant présent !

Quelle connerie !

Et dire que tu m’as séduit avec toutes ces foutaises…

— J’ai besoin que tu regardes les choses sous un autre angle que celui qui te blesse ; que tu comprennes mes besoins. Ceux pour lesquels j’ai entrepris ce voyage. Nous nous sommes aimés car nous nous sommes reconnus dans la liberté… ce n’est pas pour retrouver des chaînes, même au prix de l’amour. L’amour véritable n’enferme pas, il rend libre…

— Tu m’excuseras Anna, mais je n’ai plus d’appétit. J’ai besoin de digérer toutes tes belles paroles. À plus !

Anna souffre de cet échange, elle se doutait que cela puisse être difficile à entendre, mais elle reste sidérée de la manière dont cela s’est déroulé. Il ne voulait pas entendre ou avoir une autre vision, tant que celle-ci ne rejoignait pas la sienne. Il l’a enfermée sous sa domination. L’humiliation de croire qu’elle pourrait chercher d’autres rencontres, et l’intimidation de la quitter définitivement si elle ne change pas d’avis.

Ce soir, elle se sent triste, vidée de son énergie. Elle a essayé avec douceur, mais quand le cœur n’a pas décidé de s’ouvrir…

Elle se rend chez son ami Aïna le lendemain. Comme à leur habitude, ils s’installent sur la natte pour partager le thé. Il laisse à Anna le temps de rassembler ses pensées. Elle lui déverse l’échange qu’elle a subi avec son compagnon, il écoute sans l’interrompre, il ne dit rien…

— Voilà et ça s’est terminé de cette manière brutale. Je ne pense même pas le voir avant son départ.

— Il a le droit de ne pas accepter ta décision, lui dit-il avec douceur.

— Il a été blessant !

— Pour quelle raison, à ton avis ?

— Parce qu’il a mal, il veut me faire mal ! Je me sens si mal… suis-je en train de prendre la bonne décision, Aïna ?

— Il n’y a que toi pour le savoir, pour oser ta vérité…

— Je ne l’ai pas reconnu hier.

— Tu sais bien que ce n’est pas lui, Anna. Tu as conscience des dérives de l’égo maintenant.

— Je sais qu’il est sous l’emprise de son ego, mais cet éclairage fait mal aussi… Aïna, pour une fois, j’aimerais bien que tu me dises quoi faire…

— C’est de ta responsabilité Anna.

C’est le soulagement que tu cherches, mais tu connais déjà la meilleure conclusion pour toi.

Ce à quoi tu résistes persiste, et ce que tu embrasses se transforme.

— Je me doutais que tu me sortirais un truc qui ne m’aiderait pas ! le chahute-t-elle.

Aïna sourit en versant le thé, il reste avec Anna à profiter de sa présence et à méditer ces paroles. Anna ressent très bien la réponse à ses questions…

— Sois présente, Anna ! Et continue d’observer ce qui se passe en toi. Prends conscience non seulement de la souffrance émotionnelle, mais aussi de celle qui observe, en observatrice silencieuse. C’est le pouvoir du maintenant, le pouvoir de ta propre présence consciente. Puis regarde ce qui se passe…

— Avant, quand je n'étais pas réveillée, je l'aurais suivi... assurément. Jamais, je n'aurais risqué de me séparer de lui, mais avec tout cet enseignement, je sais que c'est la meilleure chose pour moi et pourtant, ça me fait un mal de chien, j'ai tellement de peine dans mon cœur...

Je me questionne, Aïna, depuis notre dernier échange. Et la situation que je viens de vivre avec Guillaume… Comment sais-tu que tu peux faire confiance à quelqu’un ?

— Souvent, dans les relations, tu fais confiance parce que tu as envie de croire, pas parce que tu as des garanties… et si l’idée même de loyauté n’était qu’une autre illusion ?

— Comment ça, une autre illusion ?

— Une illusion créée pour nous donner un faux sentiment de contrôle. L’archétype du contrôlant qui nait de la peur de perdre ce que nous considérons comme nôtre, qu’il s’agisse de l’amour, de la sécurité ou de notre propre identité. Mais serait-il possible d’aimer sans chercher à contrôler ?

— Tu veux dire, aimer l’autre pour ce qu’il est dans son entièreté, avec ses singularités et ses différences ? Mais dans ce cas, avec les valeurs construites ensemble, comme la loyauté, l’honnêteté, la sincérité… pour maintenir le lien de confiance…

— Suppose ceci, Anna.

Tu es en couple et pour la première fois tu ressens un léger malaise : peut-être que ton partenaire ne répond pas immédiatement à un message, ou passe plus de temps au téléphone que d’habitude. De petites situations comme celles-ci peuvent déclencher une cascade d’insécurités : ce qui n’est qu’une interaction innocente se transforme rapidement en une spirale de suspicion.

Pourquoi ? Peut-être t’a-t-on fait croire que l’amour requiert une exclusivité totale émotionnelle, physique...

Le contrôle ici est le miroir direct de ton ombre. Cette partie de toi-même que tu réprimes parce que tu ne veux pas y faire face. Lorsque nous nous méfions des autres, c’est souvent parce que nous projetons nos propres faiblesses et désirs. C’est comme si nous disions : « Si je ne peux pas me faire entièrement confiance, comment puis-je te faire confiance ? » Cette projection est claire dans les relations modernes où le concept de loyauté est souvent basé sur la possession plutôt que sur le respect.

— C’est vrai, Aïna, des phrases comme : « Si tu m’aimais, tu ne devrais regarder personne d’autres. Si tu m’aimais, tu me suivrais… »

— Crois-tu que ce soit réellement de l’amour, Anna ?

Nier son humanité, pour s’inscrire dans un idéal inaccessible, ou encore étouffer l’autre pour nous protéger d’une situation dérangeante qui nous rend vulnérables. Alors que la vulnérabilité représente ce que nous sommes réellement et permet de nous accueillir dans la douceur. Aujourd’hui, beaucoup surveillent les téléphones portables, te faisant vivre dans un état de surveillance constante où mots de passe, messages et réseaux sociaux sont suspectés. Qu’indique ce comportement qui semble aujourd’hui ordinaire ? Que nous ne faisons pas confiance à l’autre, et pire encore, que nous ne faisons pas confiance à notre propre capacité à faire face à une éventuelle trahison. Ici l’archétype du contrôlant prend toute sa forme masquée par le soin et l’attention...

Et si l’infidélité n’était pas le plus gros problème ?

Souvent, ce que nous réprimons, finit par nous détruire. Le désir ne disparaît pas simplement parce que tu décides de l’ignorer, au contraire, il grandit parfois dans le silence, et quelques fois assez violemment. C’est la source de beaucoup de conflits relationnels, la vaine volonté de contrôler quelque chose d’intrinsèquement incontrôlable. Observe pourquoi les relations ouvertes sont perçues avec autant de préjugés ?

Peut-être révèlent-elles une vérité que la plupart préfèrent ignorer. L’amour et le désir ne coexistent pas toujours de manière exclusive. Cela ne signifie pas que tout le monde devrait adhérer à ce modèle mais plutôt, devrions-nous, nous poser la question du pourquoi la liberté des autres nous fait si peur ? Que voulons-vous vraiment protéger ?

— C’est une vraie réflexion, Aïna, et ça demande une réelle ouverture d’esprit pour saisir ces nuances.

— Oui, cela nécessite une certaine croissance. Maëlle et Louis vivent au village, ils sont ensemble depuis cinq ans. Au début, tout n’est que passion et complicité, et au fil du temps, Maëlle commence à sentir Louis plus distant. Il est toujours attentif, mais une barrière invisible s’installe entre eux. Elle décide enfin de le confronter et il admet qu’il fantasme sur une autre femme, c’est uniquement du désir. Maëlle est dévastée, non pas par le fantasme lui-même, mais par ce qu’il remet en cause son idéal de fidélité. Cette épreuve du couple les amène à une profonde conversation sur leurs attentes et leurs peurs. Ils décident de revoir leur fonctionnement, cette fois basé sur l’honnêteté et non sur le contrôle. Cette conscience émotionnelle est exceptionnelle et nécessite un niveau de maturité que tout le monde n’est pas disposé à développer. Cela implique d’abandonner la volonté de posséder l’autre et d’accepter sa liberté. Cela ne signifie pas renoncer, mais créer un intervalle où chacun peut être authentique.

— Aïna, ce n’est pas évident à accepter. L’idée d’un amour exclusif et éternel est l’un des archétypes que nous vend la société. Cela nous réconforte car ça nous rassure en nous promettant la stabilité, mais j’ai conscience que cela nous emprisonne aussi en créant des attentes irréalistes.

Alors sommes-nous capables de réécrire le concept de fidélité ?

Et si le concept de fidélité ne signifiait pas ne jamais désirer quelqu’un d’autre, mais d’être honnête avec soi-même et son partenaire ? Peut-être que ça transformerait tout ! Les relations ne joueraient plus la tricherie, mais se contenteraient de créer des liens authentiques…

— En effet, la peur serait remplacée par la liberté, et le contrôle céderait la place à la confiance.

Mais il reste une difficulté : la liberté est effrayante !

L’homme aime les règles, les limites car elles permettent de se sentir en sécurité. L’idée de laisser quelqu’un d’autre être ce qu’il est, sans chercher à le dresser, défie tout ce que nous avons appris sur l’amour, mais c’est peut-être exactement ce dont nous avons besoin…

— Complètement Aïna. Après tout, l’amour ne devrait pas être une prison. Ce devrait être un endroit où nous pouvons grandir ensemble et séparément…

— Si tu pouvais abandonner la peur, Anna.

Oserais-tu avouer tes vulnérabilités et dévoiler tes désirs ?

— Peut-être me sentirai-je plus libre et surtout plus complice avec mon compagnon.

— Anna, le véritable amour est basé sur le courage d’être authentique et non sur l’illusion du contrôle.

— Aïna, je n’avais pas réalisé que la liberté nous fait si peur !

— C’est une réflexion délicate surtout avec l’enjeu de la relation sexuelle. Ce thème plein de tabous et de contradictions en dit long sur la façon dont nous gérons nos désirs et nos relations…

— J’ai lu dans une récente enquête mondiale, plus de 50 % des personnes vivant dans une relation monogame, admettent avoir des fantasmes ou des désirs en dehors de la relation. Donc, il ne s’agit pas de tricher, il s’agit de notre humanité. ajoute Anna

— Effectivement, on peut envisager un autre fonctionnement plutôt que de transformer le désir en un ennemi à combattre. Le désir est une force primitive, qu’on ne peut nier sans conséquence, le réprimer ne le fait pas disparaître, cela le pousse simplement dans l’ombre où il devient plus fort, plus insidieux. Et lorsque nous nions notre nature, nous créons un cycle de culpabilités et de répressions qui peut nous consumer.

Laingo, est un ami cher. Il est marié à une femme qu’il aime. Il a passé la majeure partie de sa vie à croire que le mariage devait satisfaire tous ses besoins émotionnels et physiques. Pendant des années, il réprime ses désirs, convaincu qu’admettre son insatisfaction équivaudrait à échouer en tant que mari. Mais l’insatisfaction n’a pas disparu, elle grandit, elle se transforme en fardeau qui affecte tous les domaines de sa vie. Laingo n’a pas trompé sa femme au sens strict du terme mais il l’a trahie en résistant à ce qu’il ressentait réellement. Il n’est pas le seul à vivre cette expérience… difficile d’assumer la peur d’être libre et l’engagement d’être fidèle à une idée qui ne le représente plus.

— Cette histoire met aussi en lumière la façon dont sont traités inégalement les hommes et les femmes, injustement même, Aïna. Quand les hommes explorent leur sexualité, ils sont souvent célébrés. Les femmes qui font de mêmes sont d’ordinaire confrontées à des préjugés et à la stigmatisation…

— Ça révèle l’incapacité collective à accepter le désir comme naturel.

— C’est hypocrite, Aïna !

— Anna, le chemin pour devenir qui nous sommes vraiment nécessite l’intégration de tous les aspects de notre personnalité, y compris nos parts d’ombre qui nous dérangent. On ne peut pas rejeter le désir. Le rejeter, c’est rejeter une partie essentielle de soi.

— Mais comment intégrer quelque chose qui est tabou ?

— Les tabous sont difficiles à accueillir car c’est devenu culturel de les refuser. L’éducation aussi nous a sommé de les refuser. C’est connu que les couples qui discutent ouvertement de leurs désirs, même de ceux qu’ils n’ont pas l’intention de réaliser, nourrissent des niveaux d’intimité et de satisfaction plus élevés. Ils sont plus heureux.

— Ce n’est pas surprenant. Lorsque nous créons des espaces sûrs où nous nous dévoilons, nous renforçons les liens. Mais la plupart des relations fonctionnent dans la peur que nos désirs soient découverts, comme s’ils étaient des secrets honteux et ne faisaient pas parties de ce qui nous rend humain.

Pourquoi le désir se révèle si effrayant Aïna ?

— Peut-être parce que cela remet en question l’idée de contrôle. Nous avons besoin de croire que nous pouvons contrôler non seulement nos propres émotions mais aussi celles des autres. Le désir est imprévisible et cela nous terrifie. Nous pouvons aussi considérer les choses sous un autre angle : plutôt que de passer ta vie à lutter contre quelque chose qui ne pourra jamais être vaincu, il est peut-être temps d’accepter le désir comme faisant partie de qui tu es.

Le mariage peut facilement enfermer.

Alidera est une femme qui a passé des années dans un mariage où le désir était traité comme une menace. Lorsqu’elle a finalement décidé d’explorer sa sexualité, ce n’était pas avec quelqu’un d’autre mais avec elle-même. Elle a accepté de reconnaître ses désirs sans jugement et elle a vécu une réelle transformation dans son couple, simplement par un changement en elle-même. En s’acceptant pleinement, elle a créé un espace pour une nouvelle forme d’intimité...

— Cela arrive rarement, Aïna !

— Ce type de transformation est rare car il demande du courage, Anna. Tu renonces à plaire aux autres afin d’être fidèle à toi-même. Il ne s’agit pas d’imposer la liberté à tous, mais d’oser remettre en question les règles et les a priori que nous suivons sans réfléchir.

— A-t-on si peur pour vouloir contrôler le désir ? se questionne Anna.

Les personnes mariées depuis longtemps admettent avoir le sentiment que leur vie sexuelle manque d’épanouissement. Si on commence à considérer le sexe comme une obligation, on ne ressent plus de liberté, on exprime plus ses besoins ! Lorsque nous réduisons le sexe à un ensemble de règles, nous manquons l’occasion de l’explorer en tant que source de connexion et de plaisir. Alors comment changer cela ?

— Peut-être abandonner l’idée qu’il existe une bonne façon de vivre son intimité. Chaque personne à ses propres besoins, limites et envies. Cela peut devenir le début d’une nouvelle forme de liberté… une liberté qui n’exige pas la conformité mais l’authenticité…

La vraie question : Que ferais-tu, si tu n’avais pas peur ? Comment vivrais-tu ta sexualité, si tu pouvais abandonner les attentes des autres ? C’est une question qui peut déranger. Elle oblige à affronter ses propres ombres, mais c’est seulement en intégrant ces ombres que nous pouvons devenir un tout. 

— En fin de compte, Aïna. La liberté sexuelle ne dépend pas du nombre de partenaires ou des types d’expériences. Il s’agit de la liberté d’être qui tu es sans honte, ni culpabilité.

— Lorsque tu vis cette liberté, tu transformes tes relations avec les autres, mais également avec toi-même… c’est ce que chacun recherche réellement, pas l’approbation des autres mais l’acceptation de soi-même.

Et si tout ce que tu croyais sur l’amour, les relations et le bonheur étaient faux ? Nous explorons depuis le début de notre conversation les liens de l’amour romantique, des prisons émotionnelles, des illusions de fidélité et les tabous qui entourent la liberté sexuelle.

Prend du recul, regarde la situation dans son ensemble :  Que signifie réellement vivre en liberté ? 

Le chemin vers la plénitude implique d’affronter nos ombres et d’intégrer toutes les parties de nous-mêmes, et il n’y a pas de plus grande ombre collective dans la société que la peur d’être seul. La solitude s’est transformée en un monstre ! Quelque chose qu’il faut fuir et éviter à tout prix. Pourtant, c’est souvent dans la solitude que tu découvres qui tu es réellement. Pense aux nombreuses décisions que tu as prises dans ta vie pour éviter de te retrouver seule ? Combien de fois as-tu dit oui, alors que tu voulais dire non ! Combien de relations as-tu entretenues par peur du vide ?

Ce n’est pas un jugement, c’est une réalité partagée par presque tous.

— Nous sommes beaucoup à vouloir partager notre vie à deux !

— Pas nécessairement, Anna, peut-être mais si tu t’écoutes…

On t’a appris qu’être seule ou célibataire est un signe d’échec ! Une condition qui doit rester provisoire et qui doit être corrigée pour ton bien-être. Que se passerait-t-il si tu considérais le célibat comme une opportunité et non plus comme un problème ?

Le célibat par essence est la liberté de faire profondément connaissance avec soi, sans distraction, ni engagement qui détournent ta promesse de toi-même. Tu peux enfin parcourir ta croissance, tes peurs, ta vulnérabilité et tes aspirations, sans te soucier de répondre aux attentes de quelqu’un d’autre.

Il ne s’agit pas de rejeter l’amour ou les relations, mais de donner la priorité à la relation la plus importante de toutes, celle que tu entretiens avec toi-même !

Ambinina que tu croises à chaque visite ici. Durant des années, elle est passée de relations en relations, croyant qu’elle avait besoin d’un partenaire pour être heureuse. Après une rupture douloureuse, elle décide de se retrouver seule un moment. Durant les premiers mois, elle ressent un vide et un sentiment dérangeant de solitude qu’elle redoutait, mais les jours passent… elle commence à redécouvrir les passions qu’elle avait abandonnées, comme peindre. Elle a pris conscience qu’elle ne cherchait pas un partenaire pour les bonnes raisons, mais pour combler un besoin de validation qu’elle ne parvenait pas à satisfaire seule. Quand elle a fait une nouvelle rencontre, c’était une nouvelle relation pour elle. Elle était enfin en paix avec elle-même : l’amour a cessé d’être une nécessité et est devenu un choix. Cela change tout.

Cela peut laisser entendre que le célibat est un état essentiel, une période d’apprentissage et de croissance qu’il ne faut ni précipiter, ni éviter. C’est l’intervalle où nous pouvons affronter nos ombres, remettre en question nos croyances et nous préparer à des relations plus saines et plus authentiques à l’avenir.

— Mais comment y arriver ? Comment transformer le célibat en quelque chose à célébrer plutôt qu’à redouter ? Demande Anna, passionnée par ces échanges.

— Peut-être envisager une nouvelle vision, changer de regard. Être seul n’est pas un signe d’échec mais un acte de courage.

Il faut de la force pour faire face aux parties de toi-même que tu préfères ignorer… il faut de la résilience pour résister à la pression sociale qui insiste sur le fait que tu as besoin d’une autre personne pour être complète.

— Je commence à comprendre…

La liberté fait peur car elle n’offre aucune garantie. Être seule, c’est assumer l’entière responsabilité de son bonheur sans dépendre de quelqu’un d’autre pour le réaliser.

— Anna, c’est aussi la plus grande forme de pouvoir. Parce que lorsque tu n’as besoin de rien, ni de personne, tu deviens vraiment libre.

L’individualité, cette quête de soi est un processus qui te suit toute la vie. Nous n’atteignons jamais un état final de connaissance de soi, mais chaque pas que nous faisons sur ce chemin nous rend plus entier. Le célibat est l’une de ces phases, une période d’exploration de soi sans les projections qui surgissent inévitablement dans les relations.

— Alors comment faire aujourd’hui pour jouir de cette liberté ?

— Peut-être commencer par des petits moments. Prendre du temps pour toi, même si tu es en couple, réfléchir à tes désirs, à tes peurs et à tes objectifs.

Réfléchir à : Si je n’avais à répondre aux attentes de quelqu’un d’autre, quelle serait ma vie ? 

C’est une question si simple, mais elle ouvre les portes à un nouveau niveau de conscience et de vérité. La solitude peut faire peur, mais c’est aussi un endroit où se retrouver. Et lorsque tu apprends à être en paix avec qui tu es, tout le reste devient secondaire…

Ils restent tous deux silencieux et méditent cette conversation si sincère.

Quand Anna quitte Aïna, elle sourit de cette conversation improbable. Elle venait de parler de confiance et toutes ces questions demandent d’explorer inévitablement les désirs, les vérités de chacun, les envies, l’intimité. Tout est lié er relié dans la confiance.

On se nie tellement facilement, Aïna, tu sais si bien réveiller, songe-t-elle.

Cela fait trois semaines que ses amis sont partis poursuivre leurs découvertes de Madagascar et aucune nouvelle de Guillaume. La première semaine, elle lui a envoyé des messages tous les jours pour lui déclarer qu’elle l’aime et lui demander pardon. La deuxième semaine, elle espace les messages en espérant qu’ils se retrouveront. Et la troisième semaine, elle lui souhaite le meilleur, et quand il sera apaisé, peut-être aura-t-il envie de prendre de ses nouvelles. C’est de cette manière qu’elle se retourne à la vie qu’elle a choisie pour avancer… elle n’est pas en peine car elle avait besoin de se choisir. Elle laisse l’univers s’occuper des détails pour se concentrer sur l’essentiel.

Elle continue de grandir au contact d’Aïna mais aujourd’hui, est une journée étrange…

 

CHAPITRE 8 : La maturité

— Bonjour Aïna, j’avais envie de t’apporter ce présent. C’est une sculpture de glaise d’un bouddha couché : j’y ai consacré des heures d'attention pour te l’offrir.

Je veux te remercier du temps précieux que tu m’accordes. Du plaisir que j’éprouve à grandir grâce à nos nombreux échanges : j’ai le sentiment d’évoluer depuis quelques semaines vers un véritable réveil…

— Je suis très touché Anna de cette déclaration. Nos échanges sont un réel plaisir pour moi également : te voir grandir, t’interroger, prendre soin de toi. C’est une vraie récompense pour moi.

— J’aurai pu rester sous hypnose toute ma vie. J’ai cette chance incroyable d’avoir fait ta rencontre.

— Je te remercie de me donner autant d’importance, mais c’était certainement l’heure de ton réveil Anna. Toutes tes expériences de vie concourent à t’amener à ce que tu vis aujourd’hui…

— Tu as raison, Aïna. Les jobs que j’ai choisis et qui m’ont poussée à bout, où, en vérité, que je me suis imposés jusqu’à l’épuisement dans mes missions, par besoin de reconnaissance, de plaire… Les relations amoureuses que j’ai vécues et qui m’ont aidée à grandir et à prendre mes responsabilités. Les amitiés, quelquefois inappropriées, que j’ai choisies pour ne pas être seule, même ma manière de rassembler les gens pour avoir du monde autour de moi : toutes ces situations de vie m’amènent à ce que je vis aujourd’hui… et je les remercie d’avoir contribué à me réveiller…

— C’est tout à ton honneur de les apprécier pour les réels bénéfices que cela t’apporte aujourd’hui. Tout ce que tu as vécu représente un terrain de recherches pour comprendre, analyser, évaluer, grandir… toutes ces expériences aussi difficiles soient-elles, sont les clés pour sortir du pilotage automatique et véritablement évoluer.

— Je suis heureuse de me réveiller maintenant. Je n’ai pas encore quarante ans, sinon j’aurais l’impression d’avoir tellement perdu du temps… j’ai encore plein de choses à expérimenter avec une nouvelle philosophie !

— Le vieillissement est souvent associé à la peur, au déclin et aux crises existentielles. Notre culture aime dépeindre la maturité quand on atteint la quarantaine comme une période de chaos, de choix impulsifs, de changements radicaux, et un attachement presque désespéré à la jeunesse.

Et si cela représentait une perspective transformatrice ?

La quarantaine n’est peut-être pas un moment de crise, mais peut-être de réveil !

— Je n’ai pas encore quarante ans ! Mais j’ai le sentiment de le vivre comme une étape de maturité !

— Tu es simplement précoce, sourit Aïna ! Et si au lieu d’un déclin, cela définit un nouveau départ. Nous pouvons réfléchir à ce que représente réellement les trente-cinq à quarante premières années de la vie. Nous pouvons considérer ces premières décennies comme un terrain d’apprentissage et d’expérimentations. C’est durant cette période que tu accumules des expériences, que tu forges ton identité et détectes les valeurs de ton environnement. Tu te concentres à construire ta carrière, des relations et des rêves, tout cela à l’extérieur de toi-même. Pendant cette étape, des questions essentielles résonnent en toi : Qui suis-je ? Que dois-je faire de ma vie ? Qu’est-ce qui me rendra véritablement heureuse ?

Les questions sont des clés mais les réponses sont rarement complètes. Ta première intention et attention est souvent concentrée sur le succès visible, les réalisations professionnelles, l’approbation sociale et les objectifs qui approuvent ton existence à tes yeux et ceux des autres. Tu luttes, tu apprends, tu construis, tu te relèves et tout cela n’est qu’une préparation à ce qui doit arriver véritablement : un sens, un réel engagement. Et tu as eu besoin de cela pour préparer le terrain à être toi-même.

— Anna écoute étonnée. J’ai construit ma vie sur des attentes sociales et maintenant que j’ai atteint les objectifs que je m’étais fixés, j’ai besoin de réellement me connecter à moi, d’être plutôt que de faire. Trouver du sens et de l’engagement !

— En approchant de l’âge de maturité, un malaise silencieux souvent émerge. L’urgence comme la réussite professionnelle, la conformité aux normes des autres commencent à perdre de leur éclat. Tu réalises qu’une grande partie de ce que tu as accompli a été guidé par le concept de bonheur et de succès imagés par la société.

— De le réaliser, ça offre la possibilité d’un nouveau départ. Ça offre aussi une certaine libération. ajoute Anna.

— Cette transition est toujours le processus d’individualité. Le mouvement vers l’accomplissement de soi, vivre selon tes propres valeurs et non plus sous l’évaluation des attentes.

Ce processus intervient progressivement avec des questionnements discrets mais sincères.

Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ?

Comment puis-je vivre de manière plus authentique ?

C’est une orientation vers une transformation profonde.

— À un moment de sa vie, peut-être que chacun d’entre nous se confronte à une question inévitable : Est-ce vraiment la vie que je veux vivre ? réfléchit Anna.

— Certainement, et une fois que ces questions émergent, elles ne disparaissent pas aisément, elles s’imprègnent et nous poussent à regarder en soi-même pour chercher des réponses honnêtes qui ne peuvent être données. Tu affrontes ta propre personnalité d’une manière que tu n’as peut-être jamais osée. Le monde aime qualifier ces moments de crise de la quarantaine. Il est facile d’associer cette période de questionnements et de changements à quelque chose de négatif, une sorte de bouleversements existentiels. Ces réflexions surgissent à tout moment. Comme tu l’as vécu toi-même, dans une soirée chez des amis ou cela peut-être lors d’un anniversaire important ou même en pleine nuit tranquille, lorsque le silence s’invite, que la solitude te pénètre.

— Ce n’est pas une crise mais une opportunité Aïna ! Cette étape de la vie, les questionnements et les incertitudes sont exactement ce dont j’ai eu besoin pour devenir la personne que j’ai toujours été destinée à être ! Exactement ce que je vis aujourd’hui ! Comme le commencement de quelque chose de beaucoup plus profond, d’authentique.

— Effectivement, Anna.

La première moitié de ta vie. Tu te concentres sur ta construction, ton identité extérieure que tu présentes au monde. Celle-ci est façonnée par ton éducation, ta culture, les croyances et les attentes sociales. Elle est la version de toi-même qui cherche l’approbation, tente de s’intégrer et cherche les succès aux yeux des autres. C’est la construction de tes nombreux masques, de tes parts d’ombres cachées sous le lit : le moi entier demande à se révéler !

— Il est si difficile d’oser être soi de suite, nous fabriquons instinctivement nos masques sociaux !

— C’est vrai, cela répond à la survie. La difficulté commence lorsque tu confonds ce masque avec ta véritable identité. C’est à l’âge mur que tu as la capacité de faire la lumière sur les rôles que tu joues, le professionnel accompli, le parent dévoué, le conjoint loyal… cela a ses limites. Nous avons besoin de voir quelque chose de plus en nous qui ne rentrera pas forcément dans un cadre mais nous ressemblera.

— Ce que tu appelles l’individualité, Aïna ?

— Oui, l’individualité est le processus d’intégration de toutes les parties de ton être, celles que tu aimes comme celles que tu réprimes. C’est dans ce processus que tu affrontes ton ombre, l’ombre contient tout ce que tu rejettes de toi-même : tes peurs, tes insécurités et tes désirs inassouvis. Affronter l’ombre est souvent dérangeant, même douloureux, mais essentiel pour grandir et devenir entier.

Les questions qui tu concentrais sur les réussites extérieures, laissent de l’espace pour des interrogations bien plus intérieures.

— Depuis peu, je me questionne sur ce qui compte vraiment pour moi. Qu’est-ce qui fait vibrer mon cœur ? Je réévalue mes priorités, j’abandonne les attentes imposées et je me reconnecte à mon essence.

— C’est cela Anna. C’est un voyage qui demande du courage, mais qui apporte des récompenses incroyables. Une vie plus authentique, plus alignée avec qui tu es réellement. C’est une invitation à explorer en profondeur et à te révéler comme une personne plus accomplie. Ce n’est pas une crise.

— Souvent dans ce processus, des questions essentielles te bousculent :

Qu’est-ce que je souhaite laisser derrière moi ?

Et quel type de vie ai-je envie de construire ?

Je me propose de la douceur et de la bienveillance. Ce que j’ai oublié de m’accorder dans ma précédente vie !

— Ces questions ne trouvent pas de réponses dans les attentes des autres Anna, elles exigent des introspections profondes, elles nécessitent de plonger dans ton essence pour entendre cette voix intérieure qui peut-être à peine audible à cause de la course de la société. Cette introspection s’accompagne fréquemment d’une transformation des priorités. La solitude peut nous offrir des réponses.

Dans ta jeunesse, la première partie de ta vie, tu es guidée par l’ambition, la compétition et le désir de prouver ta valeur, mais à mesure que tu gagnes en maturité, quelque chose change… tu es en recherche de connexions plus authentiques. La vie cesse de tourner autour de l’accumulation de réalisations pour se concentrer sur l’essence même de l’existence. Il ne s’agit plus de conquérir pour impressionner mais d’être alignée avec ce que tu représentes, sans mensonge.

Les neurosciences nous offrent une explication fascinante de ces changements. Les études montrent qu’en vieillissant, les centres émotionnels deviennent plus équilibrés, nous devenons moins réactifs, plus réfléchis et nous développons une meilleure capacité à réguler nos émotions, davantage de capacité à la résilience.

Avec cette nouvelle maturité émotionnelle, nous affrontons les défis avec plus de sérénité et de perspective. Nous prenons des décisions réfléchies sur des valeurs plus que sur des peurs ou des automatismes. Cet âge plus mûr possède aussi ses turbulences, cette étape peut être soulignée par un procédé intense de déconstruction des identités, des relations, et des objectifs qui nous définissaient auparavant.

— Et c’est pourtant vécu comme une crise, car cela nous échappe complètement. Les vives émotions qui nous accompagnent prennent le dessus et nous submergent ! s’écrit presque Anna.

— C’est un moment où tu es confrontée à l’abandon de toi-même pour embrasser ta véritable essence. C’est douloureux et c’est souvent chaotique mais cette transformation peut être formidablement libératrice. Elle exige du courage pour affronter des conversations difficiles. Traverser des incertitudes et effectuer des changements majeurs dans ta vie, la volonté de trouver un sens.

À l’âge mûr, cette quête prend une urgence renouvelée, tu n’es plus disposée à vivre selon des scripts préétablis. Tu es en recherche d’accomplissement de toi, une nouvelle dynamique d’objectifs, une meilleure version de toi-même. Il s’agit de construire une vie vraie. Le commencement de quelque chose de bien plus profond.

Connaître les autres, c’est sagesse, se connaître soi-même, c’est illumination.

— La vie commence réellement après cette étape de maturité, je le sens, Aïna. Tu t’interroges avec honnêteté sans te cacher car tu es fatiguée d’user de masques, aussi, parce que tu as trouvé des réponses, et surtout, tu as commencé à te poser les bonnes questions…

Anna rencontre Indu, une Indienne. Elle est installée près de son bungalow. À force de se croiser, elles font connaissance. Elles partagent une soirée sur la plage.

Indu lui expose ses origines, elle vient du Gujarat. Elle évoque son pays comme un vieux manuscrit. Elle se remémore les danses traditionnelles qui enivrent les nuits. Elle décrit l’ambiance des tambours qui battent comme des cœurs, des bâtons qui s’entrechoquent et font ressurgir les souvenirs ancestraux. Le Gujarat est un carrefour de spiritualités. Des temples jaïns du mont Palitana, perchés sur les collines sacrées. Les sanctuaires hindous vibrants de dévotion, chaque pierre murmure un nom divin. Le chant des mantras y flotte comme une brise dans les feuilles des banyans, révélant l’invisible entre le monde et l’autre monde. Elle est fière de déclarer que c’est la terre natale de Mahatma Gandhi.

Elle aussi est tombée amoureuse de Madagascar, cette île indomptable et si pacifique… elle est familiarisée aux silences méditatifs grâce à l’ashram à Ahmedabad chez elle en inde. Elle explique que c’est un pèlerinage pour ceux qui cherchent la paix dans le tumulte du monde. Le Gujarat n’est pas seulement un lieu, c’est une âme vaste et ancienne, une chanson du désert et des dieux.

Son histoire est aussi singulière. Elle est issue de caste supérieure. Elle refuse le mariage arrangé et décide de fuir pour se donner l’opportunité de créer sa vie et de se laisser le choix de ses expériences. Cette décision lui coûte la fracture familiale et la rupture financière, mais peu lui importe : elle veut vivre sa vie. Son prénom signifie goutte lumineuse, elle croit en la lumière qui l’accompagne depuis sa naissance, quelque chose d’important l’attend ici. Les échanges entre Anna et Indu sont captivants et durent des heures : elles partagent leur éducation, leurs expériences. Elles créent un lien particulier…

Anna s’étonne de ce qui se passe encore en Inde, quand Indu lui raconte son histoire, elle se rend compte que c’est la personne même qui choisit de se connecter à elle, à la nature… malgré la philosophie, la culture, l’éducation, les croyances, la mise en pratique est véritablement une responsabilité pour se choisir et c’est une décision personnelle qui permet la croissance de l’être, quelques fois au prix de tout perdre pour gagner autrement...

— J’ai failli découvrir l’Inde avec une amie rencontrée en Thaïlande mais j’avais le puissant appel de Madagascar et j’ai atterri ici. Cela fait huit mois que je suis dans ce pays merveilleux. Ce sont aussi les enseignements d’Aïna qui font que je suis encore là, j’avais tellement besoin de cette rencontre. J’aimerais te le présenter, c’est une personne tellement lumineuse.

Indu a des connaissances en médecine Ayurvédique. Elle explique à Anna l’importance des doshas chez chaque être et lui offre de se découvrir grâce à son enseignement…

Anna se révèle Vata.

Elle lui explique que les profils Vata sont imprévisibles, leur taille, leur forme, leurs humeurs et leurs activités constituent chez eux un véritable signe particulier.

L’énergie mentale et physique jaillit par à-coups, sans stabilité.

Le propre du Vata est d’avoir faim à n’importe quel moment du jour et de la nuit, d’aimer les distractions et ce qui change constamment, de s’endormir à des heures différentes selon les nuits.

De sauter des repas et d’avoir des habitudes irrégulières, de bien digérer sa nourriture un jour et beaucoup moins bien le lendemain.

De manifester des éclats d’émotion de courte durée et rapidement oubliés.

De marcher d’un pas vif.

Physiquement les Vata sont minces, ils prennent difficilement du poids.

Le dosha Vata est responsable de tout mouvement dans le corps. Quand il est déséquilibré, des troubles nerveux peuvent apparaître allant de l’anxiété à la dépression.

Le Vata doit veiller à ne pas se dilapider trop facilement, dépensant son argent, son énergie, ses paroles…

Ils ont une propension à l’inquiétude et peuvent souffrir d’insomnie provenant d’une agitation de la pensée.

L’énergie désagréable en cas de stress sera l’anxiété.

Quand le Vata est équilibré : il montre une joie, une énergie et un enthousiasme contagieux. Son esprit est clair et vif, il émane de lui un bonheur intérieur…

Des qualificatifs comme vif, vibrant, excitable, imprévisible, imaginatif et bavard expriment bien ce qu’est le Vata.

À la lecture de ce que lui expose Indu. Anna conscientise tout ce qu’elle a vécu ces derniers mois… comment son état d’esprit à évoluer grâce à sa rencontre avec Aïna. Comment elle a senti la vitalité, l’énergie la gagner quand elle s’est mise en mouvement, le jour où elle a décidé de tout quitter, c’était la témérité dont elle avait besoin pour se sauver !

Son besoin de mettre son esprit en sécurité est un incontournable pour un Vata qui peut se laisser submerger par des pensées incessantes. Heureusement, ces pratiques méditatives régulières, ses marches et l’écriture sont entrées dans sa vie pour l’apaiser. Adoucir son quotidien et, tout simplement, lui permettre de s’accorder de l’autocompassion.

Indu précise que le besoin de trouver la paix, pour un Vata, est capital pour son bien-être et son équilibre : Tu dois trouver la paix même sans accord, ta paix ne dépend pas des autres.

On est souvent son pire ennemi à trop s’en demander. Nos exigences et nos intolérances peuvent nous ronger.

La découverte de son dosha est une sincère révélation sur elle-même… ses rencontres lui permettent de continuer cette croissance qu’elle a engagée depuis quelques mois et la confortent pour avancer...

— C’est si éclairant, Indu. Je n’aurais jamais compris complètement tout ce qui m’a bouleversée et chamboulée si tu ne m’avais pas aussi bien expliqué les doshas…

— J’en suis très heureuse pour toi : « Celui qui sait écouter révèle ce qui n’est pas dit. »

En médecine Ayurvédique, nous étudions tout d’abord la fréquence du corps pour trouver le meilleur équilibre : le point de jonction entre l’esprit et le corps. Chaque fois qu’un évènement se produit dans l’esprit. Un évènement correspondant a lieu également dans le corps, là où la pensée se transforme en matière.

Ce lieu est occupé par trois principes fonctionnels appelés doshas : Vata qui contrôle le mouvement, Pitta qui contrôle le métabolisme et Kapha qui contrôle la structure.

Anna a intégré énormément de choses depuis ces huit mois… mais sa rencontre avec Indu lui apporte encore une autre vision d’elle-même. Elle se sent prête à se réaliser…

Elle est Vata : cette prise de conscience d’être dans le mouvement est son déclencheur. Elle a l’énergie qui la pousse vers le nouveau, l’enthousiasme qui la porte vers l’inconnu avec luminosité…

Anna se sent prête à continuer le voyage. Elle envisage après ces mois d’apprentissage de quitter Madagascar et Aïna. Elle n’est pas triste, elle le retrouvera. Leur lien est ancré pour l’éternité. Elle croit à la magie, elle croit à l’extraordinaire… elle est prête à vivre sa vie avec l’optimisme et espoir…

Les au revoir ne sont pas tristes, car ils mènent vers un renouveau, certes difficile…

L’harmonie des journées à Madagascar. Les rencontres régulières avec Aïna, son amitié sincère avec Indu. L’attachement au rythme qu’elle s’est découvert, l’appréciation de la beauté qu’elle sait reconnaître… toutes ces choses essentielles représentent le fondement de sa vie d’aujourd’hui…

Anna décide de rentrer en France…

CHAPITRE 9 : Révélations

Après deux ans de voyages riches en découvertes émotionnelles, les retrouvailles sont émouvantes… Anna retrouve sa famille. Renoue avec ses amis. Ils rattrapent les moments, ils sont heureux de la retrouver, ils la sentent apaisée.

Ses voyages ont peut-être révélé quelque chose en elle, mais ils n’arrivent pas à le nommer… le plus important, c’est qu’elle soit de retour…

Elle accepte avec joie les invitations et raconte avec passion et humour ses aventures, également son besoin de s’engager dans un travail qui a du sens et qui se doit d’être aligné avec ses valeurs.

— J’ai rencontré Aïna à Madagascar. Il m’a ouvert sur la philosophie, également l’intérêt et le besoin pour chacun d’aller vers sa croissance personnellement. Depuis deux ans, je cultive cette discipline.

Quand j’ai décidé de rentrer en France, je me sentais entière, solide et énergisée pour entreprendre ma vie… c’est pour cela que je suis de retour. Je me sens d’attaque pour m’engager dans un métier que je choisirai avec soin.

— Il faut que je te présente Francine. C’est elle qui nous a vendu la maison. Elle s’occupe d’une agence d’intérim. Elle pourrait t’apporter son aide, s’enthousiasme Sophie, trop heureuse de la retrouver et surtout, ne veut plus la voir partir…

— C’est une excellente idée ! Je suis preneuse de découvrir des propositions… C’est évident que je ne reviendrai pas dans la firme.

— Tu as raison. Je me sens essorée mais bon, ça va quand même. C’est surtout avec ma nouvelle grossesse !

— Tu plaisantes ! Tu attends un heureux évènement ? Tu me fais marcher ?

— Avec Lucas, nous voulions qu’ils soient deux pour se soutenir et qu’ils aient peu de différence d’âge. Bientôt, mon ventre ne va laisser aucun doute… ça va être sportif au début car les deux bouts de chou en bas âge, le job, les déplacements de Lucas : mais ça va le faire… ajoute-t-elle en fronçant le nez et levant les yeux vers Lucas.

Anna réalise que ses amis vivent encore aujourd’hui comme il y a deux ans quand elle est partie. Ils sont toujours dans cette course effrénée, ce contre rythme puisqu’ils n’ont jamais découvert leur rythme et toujours en quête de l’approbation sociétale du modèle familial idéal… C’est sans jugement ; elle constate, elle leur souhaite de trouver l’équilibre, l’harmonie pour se reposer.

Francine est formidable et pleine d’idées…

Elle évoque différentes missions à Anna…

Une seule retient son attention : chargée de relations entreprise dans un centre de formation pour adultes. Plusieurs de ces centres de formation recherchent des commerciaux confirmés pour accompagner des jeunes de dix-huit à vingt-six ans sur des contrats d’apprentissage.

En approfondissant ses recherches. Elle comprend très vite l’intérêt de ces centres, avec les subventions d’État juteuses permettant de financer la formation des candidats. Malgré ce dispositif intéressé, elle décide de postuler dans ces structures à Nantes et à Toulouse, les deux villes où se trouvent ses amis. Elle est recrutée à Toulouse par madame Dollies. Une belle femme de cinquante-quatre ans, dont l’énergie et la vitalité plaisent immédiatement à Anna. Cette femme donne le sentiment d’être passionnée par ce qu’elle fait depuis quinze ans.

Malgré une rémunération humble, Anna accepte la proposition : l’engagement lui plaît. Elle a le sentiment d’œuvrer pour aider une jeune population en difficulté grâce à ses compétences commerciales. Sa mission : prospecter et construire un portefeuille d’entreprises qui accueillera une main-d’œuvre novice, pour les former en contrat d’apprentissage. En contrepartie, les entreprises reçoivent une compensation financière de l’État et peuvent rémunérer leurs candidats au pourcentage du SMIC.

Le deal lui semble acceptable et elle se lance corps et âme dans cette mission. Elle œuvre avec un fort engagement pendant plus d’un an. Elle trouve facilement son organisation commerciale. Elle prend goût aux rencontres avec les professionnels et se plaît à partager des discussions philosophiques lorsqu’elle sent la personne réceptive.

Les candidats recrutés sont des jeunes en difficulté, mais avec de bonnes intentions. Elle comprend les parcours difficiles de chacun ; elle perçoit chez eux un fonctionnement en pilotage automatique pour fuir leur vie… Ils sont jeunes, ils ont le temps d’apprendre et de vivre leurs expériences pour grandir.

Un an et demi plus tard.

Anna a accompagné cent vingt candidats, avec toutes les situations possibles : interruptions de grossesse, étudiantes seules et abandonnées par leur famille dans cette épreuve… Elle leur accorde des heures d’écoute et d’échanges pour qu’elles prennent, en responsabilité, leur propre décision ; lorsque c’est nécessaire, elle les accompagne à l’hôpital. Elle ne compte plus le nombre de fois où le commissariat la convoque pour des tentatives de suicide de jeune inscrit au centre… ni le harcèlement que vivent certains dans leur propre famille… L’absentéisme des candidats est le quotidien du centre, malgré son soutien.

Elle fait le triste constat d’une population malheureuse, marquée par le désespoir. L’abandon parental, l’abandon du système, et un rattrapage en CFA dont la motivation principale est pécuniaire. Cette phrase de Victor Hugo est très juste : « L’éducation, c’est la famille qui la donne ; l’instruction, c’est l’État qui la doit. » Malheureusement, ces jeunes sont abandonnés par la société : on ne leur a pas appris l’optimisme et l’espoir. Ils s’appesantissent sur les difficultés de leur quotidien pour éviter d’avancer. Voire se freiner, n’ayant plus foi en rien et laissant leurs conditions de vie les terrasser un peu plus chaque jour, comme une punition.

Elle expose à sa direction cette souffrance et les besoins d’accompagnement cruciaux pour leur donner envie, pour retrouver de la motivation, donner du sens, accompagner vers l’accomplissement…

— Vous vous emballez Anna !

Un dispositif d’accompagnement de développement personnel ? Nous avons déjà un programme à suivre, ils doivent passer à l’issus des cours, leur diplôme et ensuite on enchaîne avec des nouveaux apprenants. Nous sommes uniquement un tremplin ! Le reste, ce n’est pas notre affaire… expose madame Dallies.

— Je comprends votre positionnement et je comprends les enjeux financiers. Si votre CFA apporte cet accompagnement aux jeunes. Cela permettrait peut-être d’ajouter du crédit à la réputation de l’établissement, de faire parler de vous, d’augmenter le nombre de clients et de candidats !

— C’est tout à votre honneur Anna, et sachez que j’apprécie votre énergie. Je respecte vos idées mais ce n’est pas notre métier. Nous ne sommes pas un Ashram, seulement un centre pour apprentis…

Le centre s’est considérablement développé depuis votre arrivée. Vous avez ce talent pour séduire les clients et candidater des profils intéressants. Continuez comme cela : c’est votre force !

Vous avez toute ma confiance, les assistantes adorent votre vitalité et votre manière de travailler. Je sais que l’an prochain, vous allez doubler le chiffre, vous en avez les capacités… je dois vous laisser, je suis encore débordée avec les appels d’offres. Je compte sur votre engagement Anna et je suis confiante pour l’avenir avec vous à nos côtés.

Anna entend ce discours qui se réduit aux chiffres d’affaires, aux intérêts financiers… mais qui oublie de manière spectaculaire l’humain.

Elle songe à ses deux années d’enseignement, si précieuses, avec Aïna. Elle prend conscience de sa grande responsabilité d’être revenue en France, d’avoir choisi à nouveau un métier commercial. Elle mesure la place de l’argent, au détriment du bien-être et de l’épanouissement des jeunes ; ce ne sont encore que des enfants… mal accompagnés, mal guidés et aujourd’hui presque exploités pour les subventions qu’ils déclenchent…

Elle n’est pas prête à se nier de nouveau. Elle veut de l’engagement. Elle aspire à donner du sens. Elle brigue la lumière et la bienveillance.

Elle médite, ce précieux moment qu’elle s’accorde pour s’apaiser et s’écouter…ça se révèle, elle doit intervenir en amont, dans les crèches pour la petite enfance, pour la parentalité, dans les écoles de la maternelle aux lycées pour essayer de réveiller…

Elle veut transmettre ses connaissances, soutenir l’adulte en position d’éducation…

Elle décide que ce poste est inadapté pour elle, elle a besoin de valeurs qui lui correspondent.

Une rupture conventionnelle est validée au grand regret de madame Dallie qui espère vivement qu’Anna revienne après ses expériences…

Son départ est apaisé et ses collègues accueillent avec enthousiasme son nouveau projet de cœur.

— S’il y a quelqu’un qui peut réussir dans ce projet, c’est toi, Anna !

Tu nous as beaucoup apporté cette année, que ce soit professionnellement mais également humainement. Ton écoute, les échanges philosophiques… tu es une belle rencontre… nous te souhaitons le meilleur.

C’est avec émotion qu’Anna quitte cet univers et s’envole vers elle, toujours réveillée…

La nature est son refuge. Elle parcourt des chemins de randonnées dans les Pyrénées pour se connecter. Elle médite pour se reposer. Elle écrit pour se révéler…

— Après des recherches pour m’inscrire en systémie familiale, domaine dans lequel j’ai réellement envie d’apporter aux familles. Ce projet ne se concrétise pas.

Je m’oriente presque par hasard, vers la psychologie positive. Une science humaine que je découvre, et qui se rapproche profondément de mon développement depuis quelques années.

Après un envoi de mon dossier, je suis admise aux cours de Psychologie Positive. Cette formation me permet de découvrir une discipline qui s’intéresse à l’invisible et qui s’appuie sur des preuves scientifiques. Elle explore des théories selon lesquelles il est possible d’influencer sa biologie par le biais de ses pensées, de ses intentions et de ses émotions. Elle découvre également que les émotions positives peuvent contribuer à allonger la durée de vie, et approfondit des notions liées aux émotions, aux phéromones et aux hormones…

Les cours du soir sont passionnants…

Elle découvre également à quel point cette discipline se défend fermement d’être comparée au développement personnel. Qu’elle considère populaire, issue des croyances sociales, reposant sur peu de crédibilité, et pourtant…

Anna est exaltée, curieuse de comprendre combien la réalité de cette science est une véritable rencontre avec l’invisible et crédibilise tout ce qu’elle a appris et compris au contact d’Aïna.

C’est à Liv son amie qu’elle doit la découverte de cette discipline. Elles s’inscrivent toutes les deux. Liv lui énonce l’empathie et la compassion de la psychologie positive et sa motivation de s’inscrire elle-même pour ajouter cette discipline dans sa pratique professionnelle.

La première journée, Anna fait la rencontre d’une session de filles enthousiastes et rayonnantes. Elle développe de vraies amitiés. Une empathie pour chacune, un véritable soutien, une écoute bienveillante…

Cette matière se rapproche du développement personnel. Celle-ci est crédible grâce à la preuve qui appuie et soutient la théorie.

C’est l’étude scientifique du fonctionnement optimal chez l’individu dans son bien-être, son épanouissement, son accomplissement, sa curiosité… cette discipline se concentre sur la santé mentale et comment atteindre des meilleures qualités de vie grâce à des outils confortés par les neurosciences. Depuis quelques mois, elles ont déjà abordé beaucoup de thème comme l’optimisme, le sentiment d’efficacité personnel, les émotions, la pleine conscience, la cohérence cardiaque… Plusieurs professeurs interviennent, afin de parcourir toute la formation de psychologie positive…… comme dirait Aïna : « Le sentiment plus que la pensée te permettra d’atteindre ton être véritable ».

Anna se fait taquiner par les professeurs car elle insiste toujours pour faire un lien avec l’invisible : le développement personnel. Elle s’amuse de leur retenue et de leur cordialité face à ses remarques, qu’ils peuvent considérer comme farfelues en opposition à cette science qu’ils prônent…

— Le phénomène de la motivation et le bien-être est étudié avec notre directeur de promo : Paul.

Il est exposé que la motivation est orientée vers un but à atteindre. La meilleure des motivations doit être sans contrainte pour maintenir l’autonomie, l’envie de continuer les recherches…

La motivation agit comme un processus continu. On travaille pour améliorer sa pratique, la curiosité des connaissances… la motivation n’est pas l’objectif de la bonne note, ce n’est pas le résultat qui compte !

— En développement personnel, reprend Anna. Toujours soucieuse de faire des parallèles. On retrouve dans la philosophie, le chemin initiatique à parcourir… on ne se préoccupe pas du résultat, seulement du chemin, des expériences, des découvertes, des réflexions, pour se concentrer sur l’essentiel qui nous remplit de satisfaction et non pas le résultat qui minimise les efforts…

Eckhart Tollé dit :  « Ne soyez pas préoccupé par le résultat de vos actions, mais portez votre attention sur l’action même. Le résultat viendra de lui-même. Ceci est une pratique spirituelle très puissante » 

— Ça y ressemble en effet… précise Paul, désabusé ! Mais amusé.

Dans l’exercice de la motivation.

Nous retrouvons cinq caractéristiques intéressantes :

1 – Anticiper l’état futur : c’est-à-dire de m’éloigner de ce qui me contrarierait comme résultat.

2 – C’est un investissement personnel. J’affecte toutes les ressources à ma réussite : livres, fiches, temps…

3 – C’est un processus orienté vers le futur : on peut envisager d’aller encore plus loin !

4 – C’est un processus cognitif : un investissement de l’individu et ses croyances de réussites. Croit-il en lui ou pas ? Son estime de soi.

5 – C’est un processus affectif : l’individu crée des réactions émotionnelles positives ou négatives vers l’objectif souhaité.

La théorie de base c’est que l’homme est naturellement motivé comme le bébé explore et veut absolument marcher malgré les nombreuses chutes…

C’est cette motivation qui se développera ou pas en fonction de différents facteurs : sociaux, environnementaux et culturels où le développement cognitif est favorisé ou non.

Cela entraînera des conséquences sur le bien-être et la motivation de chacun.

La théorie de l’Autodétermination va regrouper pas mal de petites théories pour comprendre la motivation. Elle regroupe trois besoins fondamentaux :

- le besoin d’autonomie pour se sentir à l’origine de ses actions,

- le besoin de compétence pour sentir qu’on interagit socialement avec son environnement, on nous pousse à évoluer.

- et enfin le besoin d’appartenance sociale. Elément clé ! Sentir qu’on appartient à un groupe, qu’on est reconnu, intégré. Le lien social, le bien-être et bonne santé mentale.

Quand ces trois besoins sont satisfaits, l’individu se développe. Dans le cas contraire, il est insatisfait, contrecarré, frustré dans ses besoins. Il peut donc avoir un comportement inadapté, agressif, de tricherie ou encore de mauvaises stratégies…

Anna est totalement en conscience pendant ses cours. Elle rebondit sur la qualité des relations qui est une clé en ingénierie intérieure.

Elle ajoute : « Faites-vous la promesse d’une vie heureuse et de relations épanouissantes » - Bouddha.

Ils poursuivent en étudiant la passion… la passion harmonieuse et obsessive, ça tombe bien…

Un sujet largement abordé avec Aïna : le besoin d’accomplissement pour vivre pleinement.

Aïna lui a tant expliqué l’intention de prendre l’habitude de se demander : que se passe-t-il en moi en ce moment ? Cette question te conduira dans la bonne direction. N’analyse pas, simplement observe. Concentre ton attention à l’intérieur. Ressens l’énergie de l’émotion...

C’est à ce moment qu’elle rencontre Hugo…

Hugo, chercheur de renom. Professeur passionné qui soutient et anime avec ardeur la psychologie positive en France. Tous les étudiants attendent avec impatience de découvrir et de suivre ses cours.

Liv lui expose toute une tirade sur le talent de ce professeur, bref la star de la psycho po…

Et comme tout le monde écoute Liv, cela aura réussi à intimider toute la session ! Un climat plus sérieux…

— Nous arrivons à seize heures avec Liv. J’ai envie que les cours restent aussi décontractés qu’avec les autres intervenants.

Nous entrons et le saluons. Il est train d’installer son matériel avec Paul. Nous allons aux toilettes avec Liv, notre rituel après nos vingt minutes de route. En revenant dans la salle, nous sommes seules avec Hugo. J’en profite pour lui déclarer que nous sommes intimidées car il est vu comme la « Madonna » de la psycho po ! L’effet est réussi, cela détend immédiatement l’ambiance… il rit spontanément et déclare qu’il aurait préféré être une star de jazz ! La sympathie s’installe instantanément avec rires et anecdotes…

Je lui précise que Liv a même acheté un cahier neuf uniquement pour ses cours ! Elle le lui montre fièrement !

— Hou là, ça ajoute un stress supplémentaire ! Moi qui pensais que ce serait un cours à la cool avec des étudiants qui se marrent tout le temps… d’après les dires de Paul. On m’a vendu la facilité, pas l’exigence !

— Je te le confirme. Une équipe qui se marre tout le temps. Mais la barre est haute à cause de ta réputation, et surtout à cause des énormes attentes des participants. plaisante Anna.

— Madonna vraiment ! On va faire avec… souligne-t-il.

— Au moins tu pourras balancer ta culotte pour dire que tu es content à la fin du cours !

Il rit de son audace. Le cours se déroule dans la bonne humeur. Il instaure un climat joyeux et riche de sujets passionnants, l’équipe est ravie malgré l’heure tardive. L’enthousiasme et l’énergie sont maintenus jusqu’à la fin des trois heures et chacun rentre satisfait pour se retrouver le lendemain. Toute la semaine est à l’image de la première séance. Bonne humeur, enseignements de qualité et fous rires pendant les pauses…

Anna est si naturelle et spontanée dans cette équipe, qu’elle raconte ses blagues, ses anecdotes qui font rires tout le monde. Elle se permet de faire en permanence le lien avec le développement personnel. Hugo s’amuse de toutes ses approches sans filtre…

— La psychologie positive prouve grâce à l’administration de la preuve que nous sommes capables de modifier notre biologie par le biais de nos pensées, de nos émotions et de nos intentions. Deepak Chopra, neurologue reconnu dans le monde, l’expose très clairement en développement personnel ! Nous sommes capables d’augmenter notre taux de globule blanc (les globules blancs, ou leucocytes, jouent un rôle important dans la défense de l'organisme contre les micro-organismes infectieux et les substances étrangères, le système immunitaire) grâce à nos actes de gentillesse. ajoute Anna tout sourire.

— C’est en effet la vérité. Je ne connais pas Deepak Chopra mais ce monsieur a raison. sourit Hugo.

— Tu connais peut-être Eckhart Tollé alors ? l’interroge Anna.

— Non plus, ce ne sont pas mes références mais je connais Madonna !

— C’est mieux que rien, rit Anna. Il faut vraiment que je participe à la culture du développement personnel chez les profs de psycho po… vous m’inquiétez ! Vous abordez des mêmes sujets mais ne vous intéressez pas à l’autre…

— On est plus sensible à la science qu’aux théories populaires ou aux croyances sociales…

— Et pourtant, vous vous inspirez tant d’eux pour ensuite en apporter une preuve crédible…

On pourrait presque croire que vous puisez dans ce que tu appelles « les théories populaires » pour alimenter la psychologie positive et apporter une preuve scientifique pour le crédit des données ! se défend Anna.

Hugo l’observe les yeux rieurs. Cette fille l’étonne par son énergie, la bonne humeur qu’elle diffuse en permanence, perpétuellement égale, chaque jour, positive en toutes situations. Quand il la regarde, il songe :

— J’adore sa manière d’être !

Elle s’assoit au premier rang depuis une semaine. Elle dit qu’elle ne voit pas bien… elle se marre tout le temps, je kiffe sa fraîcheur, son physique aussi… moulée dans son p’tit jean, quand elle dit : « Je vais faire pipi ! », comme une enfant, je la regarde partir… elle est aussi belle derrière que devant.

Je dois me calmer… Je ne peux pas brancher une de mes étudiantes, ce ne serait pas éthique ! En même temps, elle est majeure et vaccinée. Elle peut aussi prendre ses décisions comme une grande fille…

Ils abordent les émotions désagréables, qui affectent le moral, mais aussi l’équilibre global de l’organisme. Notamment le système immunitaire et le système limbique.

En psychologie positive, il est admis que notre état d’esprit repose en partie sur un capital génétique, estimé autour de 40 %. À cela s’ajoutent environ 10 % liés aux circonstances de vie, souvent difficiles à maîtriser. Cela signifie qu’environ 50 % de notre état d’esprit reste modulable. Rien n’est donc figé. Même avec une tendance pessimiste, il est possible d’évoluer en prenant conscience de son fonctionnement et en agissant dessus. En développant un état d’esprit plus optimiste, l’individu peut améliorer sa perception des événements, ses relations sociales et ses capacités professionnelles.

Pour agir sur cette part modulable, plusieurs leviers existent.

Les astuces pour développer ces 50% modulables :
  • Exprimer de la gratitude en exprimant ses trois kiffes par jour,
  • Cultiver l’optimisme,
  • Éviter les comparaisons sociales,
  • Approfondir les liens sociaux,
  • Gérer son stress,
  • Apprendre à pardonner,
  • Développer la résilience...

— En définitive, reprend Anna, prendre soin de son corps et de son âme pour cultiver le plaisir de vivre, expérimenter le bonheur et la quête de sens.

Anna rebondit tout de suite avec Eckhart Tollé : « Observe comment ton mental, enregistre chaque mot désagréable. Comment ce processus mental, installé dans le jugement crée de la souffrance et du chagrin. Chaque fois que tu aperçois qu’une forme de négativité apparaît en toi, ne la considère pas comme un échec, mais comme un signal utile qui te dit éveille-toi, sors de ton mental ! Sois présent. »

L’ego peut totalement nous dominer si nous ne sommes pas vigilants ! D’ailleurs, où se situe la place de l’égo en psychologie positive ? interroge Anna

— L’égo, connais pas Anna ! S’amuse-t-il avec elle. Je savais que tu rebondirais inévitablement sur ces propos… nous n’abordons pas cela, c’est trop subjectif ! Nous allons aborder avec certains chercheurs le fonctionnement du perroquet blanc et du perroquet noir installé sur l’épaule. Lequel des deux écoutons-nous le plus ? Et qu’est-ce que cela génère chez nous ?

— Elle rebondit immédiatement. Cette théorie est totalement inspirée de cette histoire du grand-père amérindien :

Il raconte à son petit-fils que sommes tous habités de deux loups : un loup noir et un loup blanc. Ces deux loups sont perpétuellement en combat. Son petit-fils lui demande lequel des deux gagne ?

Son grand-père lui répond : celui que tu nourris.

Peut-être, ne peut-on pas apporter l’administration de la preuve de l’ego car ce serait avouer que nous sommes deux à vivre à l’intérieur de chacun d’entre nous. Entre celui qui observe et celui qui est en permanence en monologue, en boucle si on ne sait pas le calmer ! Cela pourrait véhiculer un côté dément…

— Peut-être… cela dépasse mon savoir et ce que nous étudions ! sourit-il, diverti par tant de passion.

La semaine arrive à son terme. Les étudiants sont ravis des cours, ils se sont régalés des découvertes…

Hugo veut la revoir :

— Si je ne saisis pas l’opportunité de prendre son contact maintenant. Je ne la reverrai plus ! J’aimerais au moins l’inviter à partager un moment seulement tous les deux pour mieux la découvrir, elle est vraiment renversante !

— Si on prenait une photo avant de se quitter ? Propose Aline.

La bonne idée est accueillie par toutes. Elles ne sont que quatre pour ce dernier cours, les autres sont en distanciel. Elles ont créé une belle complicité avec Hugo. Elles apprécient le personnage… elles entourent Hugo pour la photo. Anna se tient prêt de lui, il prend plaisir à la saisir par la taille. La photo est très sympa avec les sourires épanouis des quatre étudiantes.

Leur professeur propose un verre pour fêter la fin des cours, mais n’ayant pas pu s’organiser avant… Anna comme Aline déclinent. Seule Liv est disponible mais n’ose pas…

— Anna précise. Tu nous aurais prévenu hier, je me serai organisée mais je me suis engagée sur une soirée… c’est dommage… alors, je te souhaite une bonne chasse à la gallinette Hugo, si tu sors tout seul ! badine-t-elle de sa blague

— Une chasse à la gallinette cendrée ? On ne me l’a jamais faite celle-là ! Dommage, je vais aller boire un verre tout seul pour fêter ça : enfin ne plus vous revoir ! chahute-t-il.

La faculté va fermer. Ils rejoignent leurs voitures. Anna marche derrière les filles accompagnés d’Hugo, elle lui souhaite de passer une belle soirée et elle rejoint Liv pour rentrer.

Hugo appelle Paul le soir même :

— Salut Paul, je voulais te demander les mails des étudiants car j’ai promis de leur envoyer des ressources des cours que nous avons abordé. Peux-tu me les transmettre maintenant et je le fais immédiatement. Merci vieux, c’était cool, ils sont tous super sympas et impliqués. J’ai vraiment passé un bon moment en leur compagnie.

C’est gagné, Hugo récupère le mail d’Anna. Cela faisait deux jours qu’il se demandait comment il allait faire pour obtenir ses coordonnées sans éveiller des soupçons ! Il lui envoie une invitation, il lui reste une semaine de vacances. Il aimerait vraiment la revoir…

Hugo
Salut la gallinette Toulousaine,

Loin de moi de vouloir t'inviter à une chasse…

Je préfère t'inviter, en toute simplicité, à prendre un verre avant vendredi prochain (ma conférence), soirée lors de laquelle nous aurons l'occasion de nous gaver à loisir de pizzas et de bières.

J'ai bien compris que tu étais fort occupée.

Demain midi, en fin d'après-midi, le soir, lundi ou un autre jour… ce serait avec plaisir que je partagerais un verre avec toi… voire une planche ou quelques victuailles locales.

Bonne soirée… ou bon week-end.

— Pas de nouvelle d’Anna de tout le week-end. Elle a dû me dégager de sa boîte mail… la garce !

Quand même, elle pourrait au moins répondre…

Réellement déçu de ne pas avoir de retour, il essaie de profiter comme il peut de la région mais cela lui enlève l’enthousiasme qu’il nourrissait du peut-être

Le lundi, Anna consulte ses mails et découvre avec stupéfaction le mail d’Hugo.

— Waouh, comment dois-je le prendre ?

Est-ce qu’il veut échanger avec une étudiante passionnée ou il veut me brancher ?

Coucou Lili, tu as deux minutes ? appelle Anna.

J’aimerais te partager le mail de mon prof. Celui de la semaine dernière que je trouve captivant… il m’a envoyé un mail ce week-end pour m’inviter à boire un verre mais je ne sais pas comment l’interpréter. Peux-tu me dire ce que tu en penses ? Je te l’envoie.

— C’est un rencard ma belle !

Ça fait trop longtemps que tu es célibataire, tu ne discernes même plus les codes. Tu me fais peur !

Tu vas accepter naturellement !

— J’en ai envie mais je ne sais pas… ça m’intimide car j’ai envie de profiter de ses savoirs. C’est un véritable puit de science mais pour aller plus loin… je ne crois pas que ça m’intéresse…

— Tu te poses bien trop de questions la fortiche du moment présent !

Vas-y, et tu verras par la suite si tu as envie d’aller plus loin…

— Tu as raison. Je lui propose de nous rencontrer demain soir pour un verre.

Ils se retrouvent sur une terrasse au centre-ville pour le coucher du soleil. L’intention d’Anna est de passer un moment avec Hugo sans le laisser croire qu’il pourrait se passer quelque chose entre eux. Elle arrive habillée d’un jean et d’un débardeur, elle a pourtant maquillé ses grands yeux verts. Il l’a rejoint à la terrasse, il partage le soleil couchant, c’est magnifique…

Il lui propose d’aller manger quelque part pour profiter d’un vrai moment ensemble. Elle est déstabilisée car il prend le contrôle de la rencontre. Elle accepte, ce sera plus long que prévu…et ils ne parleront pas de psycho po !

En marchant…

— Écoute Hugo. Je te le dis tout de suite, je n’embrasse pas et je ne couche pas !

Il la regarde avec un air coquin, les yeux rieurs et lui dit : « Je t’invite quand même, on passera un bon moment… mais tu es certaine que tu ne couches pas ? »

— Surtout avec un homme marié ! ajoute-t-elle avec un sourire malicieux.

— Tout de suite les grands mots !

Ils passent une belle soirée. Elle se livre un peu, lui également. Ils rient beaucoup. Elle rentre à vingt-trois heures. Lili l’a déjà textée deux fois : « Appelle quand tu rentres »

— Coucou c’est moi ! S’annonce Anna, le lendemain au téléphone à son amie.

— Tu ne m’appelles que maintenant ? Ouh là là ! Tu viens de rentrer ? Raconte-moi ?

— Jamais, je suis rentrée trop tard hier soir. Je me suis dit que je t’appellerai le lendemain pour prendre le temps de tout te raconter…

— Ça devait être une belle soirée pour que tu es rentres si tard ?

— J’ai passé une très belle soirée. J’ai beaucoup ri, nous n’avons pas parlé de psycho po mais de mes fesses ! s’amuse-t-elle.

Elle partage à son amie sa soirée, les échanges… les propositions.

En effet, Hugo apprécie Anna pour son approche avec cette science qu’ils partagent. Il aime son rire, sa joie de vivre et il kiffe la femme qu’elle est. Il aimerait une aventure avec elle…

Hugo est marié depuis vingt ans, un lymphome, plus d’enfants à charge… il a 52 ans et une envie de se sentir vivant, de vibrer de nouveau. Il considère qu’il n’a plus de temps à perdre !

Anna lui donne cet appétit de la vie. Il a envie de la goûter, de partager avec elle, il en rêve… après le dîner, il la raccompagne à sa moto. Sur le chemin, il la fait rire, il lui propose de se revoir si elle en a envie… ce serait formidable et si elle n’en n’a pas envie lui dit-il : « Tant pis pour ma gueule ! »

Et si, elle en a envie et ne peut pas s’organiser, c’est génial quand même d’avoir envie de le revoir…

Ils s’étreignent pour se dire au revoir.

— Je suis en randonnée demain avec mes copines, je te tiens au courant.

Il rentre à sa location. Il a passé une très belle soirée entre la bonne humeur et l’excitation… il fantasme… elle est si pétillante, si rafraîchissante avec ses fous rires, son étonnante lecture du monde… ses yeux, sa bouche, ses fesses, bref, tout lui plaît… elle est dangereuse mais elle est loin de sa vie !

Elle l’éblouit… si elle cède, il est fichu. Incapable d’être fidèle à sa femme et pourtant si loyal en amitié. Il s’en veut mais ne résiste pas… il la veut !

Anna a rendez-vous à huit heures chez son amie avec Lili pour randonner dans les Pyrénées.

— Salut les girls, vous êtes prêtes ! s’écrit Anna en arrivant chez Chris.

— Pas si vite papillon, tu as des choses à nous raconter ! déclare Chris.

— Je vois que Lili m’a vendue !

— Je te laisse totalement relater ton histoire, j’ai juste dit à Chris, pour une fois que tu as quelque chose de croustillant à raconter !

— Ok ok, renonce-t-elle… alors pendant la rando, sinon, on ne va jamais décoller !

Elles marchent pendant trois heures avant se poser pour déjeuner…

Comme d’habitude, les paysages sont stupéfiants, un théâtre de cascades spectaculaires. Les trois filles en sont toujours émues.

Anna partage l’ambiance de sa soirée, le personnage lui plaît mais elle doute.

— C’est un homme marié. Il est très séduisant dans sa manière d’être mais pas du tout mon genre… trop grand, trop costaud, trop vieux mais craquant et plein d’humour.

Elle se laisse influencer par ses deux amies, qui lui disent de se laisser aller…

C’est elle, la reine du lâcher-prise, elle sait savourer un moment sans se poser trop de questions… elle verra bien, que risque-t-elle, de réellement profiter de l’instant présent ?

De plus, le caractère éphémère des conditions. Il vit à Paris, il part dans cinq jours, chacun reprendra sa vie…

— Vous êtes sérieuses les filles ? Vous m’encouragez à avoir une liaison avec un homme marié, qui plus est, mon prof !

— Après tout, si on a bien compris. C’est vous les praticiens de la psycho po, vous êtes les rois de l’optimisme et du bien-être. Ce qui veut dire que vous pourrez dépasser cette aventure facilement… emmène-le au festival de jazz, tu dis qu’il kiffe, ça tombe super bien…lance Lili.

— Je ne sais pas… ça m’engage sur quelque chose qu’il peut attendre de moi. Je ne crois pas en avoir envie d’aller plus loin.

— Tu vois que tu te poses trop de questions… c’est plus facile de donner des conseils aux autres ! la bouscule Lili.

— Ok vous avez raison, je l’appelle maintenant !

Anna lance l’appel en vidéo pour qu’il partage sa merveilleuse vue. Il répond de suite, enchanté de cette belle surprise… Anna lui fait profiter du splendide paysage qui l’entoure. Elle lui présente ses deux amies, ils plaisantent immédiatement. Elle lui indique que demain soir, il y a un excellent groupe pour le festival de jazz au Capitol. Elle propose de prendre les places.

Il est en l’air, c’est inespéré ! Une soirée jazz avec cette fille…

Il s’amuse de ces trois filles joyeuses, des fous rires, des plaisanteries… il les relance à son tour :

— Qu’est-ce que c’est que ça !

Une randonnée en pleine semaine !

Vous ne devriez pas être au travail pour payer les retraites des vieux !

C’est lancé, la partie de ping-pong entre les filles et Hugo. Il les accompagne en vidéo pendant toute la fin de leur randonnée où ils échangent tous les quatre des blagues sur le chemin. Cela crée une nouvelle complicité, un nouveau regard pour Anna. La facilité des échanges avec ses amies… cet homme si sympathique et si simple.

Pour Hugo, un espoir de la revoir. De nouveau partager son sourire, pouvoir espérer…

Ils raccrochent, Anna reçoit un sms de sa part pour lui indiquer qu’il sortait de la douche. Qu’il était nu devant sa casserole pendant que ce trio de rigolotes racontait plein de bêtises !

En rentrant de la balade, Anna prend les deux places sur internet pour le festival de jazz… elle s’étonne même d’avoir encore le courage de s’occuper de ça après autant d’heure de marche…

La motivation de passer un nouveau moment avec lui l’énergise. Une programmation d’artistes talentueux. Elle ne les connait pas, elle découvrira en sa compagnie.

Le soir même, il reçoit un sms d’Anna : « Si ça te branche, on peut partager un café sur le lac d’Oô demain à dix heures, je prépare tout… »

Il s’enflamme.

Toute la nuit est remplie de rêves érotiques… il la touche, il l’embrasse… peut-être…

Cette semaine de congés est fabuleuse !

Elle l’attend sur le parking, devant le lac. Il est en retard, elle le texte pour lui indiquer de mettre son GPS, il risquerait d’être embarqué sur une autre route…

En effet, il s’est fait guider ailleurs. Il arrive enfin et la découvre dans sa petite robe rouge de plage. Elle est magnifique, son sourire est un ravissement, ce moment va être magique…

— J’ai envie de me poser sur l’herbe dans ses bras… songe Anna

— Je peux t’avouer quelque chose ? lui dit Hugo.

— Je t’écoute.

— Depuis ce matin, je suis dans tous mes états en pensant à toi… je rêve de toi, j’imagine… ça m’épuise même…

Anna s’en amuse, il lui plaît de plus en plus…

Debout prêt de l’eau. Il réussit à la prendre dans ses bras et lui confie que cette scène le rapproche de ses rêves cette nuit. Ils se posent sur la pelouse et elle se love dans ses bras allongés.

Il ose l’embrasser… un baiser sensuel, amoureux.

C’est parti ! Cette idylle commence ce vendredi avec ce premier baiser au lac. L’excitation monte, l’envie de se toucher, de se partager.

Trois heures s’écoulent, il lui propose d’aller déjeuner pour prolonger cet instant. Elle enfile sa petite robe rouge, il reste en maillot de bain, en sandales. Elle sourit : un touriste !

Ils se retrouvent dans un petit restaurant près de l’eau. Leur déjeuner est rempli d’anecdotes, des petites histoires de familles, elle lui raconte sa famille d’artistes, entre une sœur artiste peintre, un père musicien et elle, qui écrit des romans…

Il adore cette énergie, elle adore rire avec lui. Il prend sa main dans la sienne, il a besoin de ce contact, elle le laisse faire, elle aime qu’il la touche…

Elle se nourrit de sa matière grise, il est passionnant.

Ils parviennent à se quitter à seize heures. Ils doivent se retrouver le soir à sa conférence de dix-neuf heures avec toute une équipe d’anciens et de nouveaux étudiants. Personne ne doit soupçonner leur idylle, ils doivent rester discrets. Les professeurs d’Anna seront présents également, ses paires connaissent son épouse.

Anna s’y rend avec Liv. Elle porte cette longue robe bleue qui met en valeur ses formes et sa minceur, ses cheveux attachés, un maquillage parfait, elle veut être sublime pour lui ce soir.

— Waouh Anna, tu as rencard ce soir ? Tu es sublime ! s’exclame Liv, quand elle monte dans la voiture.

— Je ne sors pas souvent… alors je mets le paquet !

Elle entre avec son amie dans la salle de conférence, il patiente avec le directeur de promo. Il la voit approcher, elle est tout simplement divine, encore plus que dans son souvenir… il ne peut pas la toucher et pourtant, il en a tellement envie. Elle l’embrasse sur la joue pour le saluer ainsi que les autres professeurs. Il la regarde avec désir, elle se joue de lui… Toute la soirée, il fait l’effort d’éviter son regard de peur d’être…hypnotisé. Elle l’admire toute la soirée… les inscrits sont essentiellement des femmes. Elles le regardent, toutes impressionnées.

Ils en profiteront plus tard, elle le sait…

Cette nuit qui succède à la conférence se révèle étrange. Anna ne trouve pas le sommeil, Hugo occupe toutes ses pensées. Elle a envie qu’il la rejoigne, de partager une intimité avec lui, d’être dans ses bras…

Au réveil, elle lui envoie un SMS pour lui proposer deux plans :

Anna
Premier plan :
Je te propose de venir chez moi. On profite ensemble, on mange à la maison et on bouge en soirée au concert jazz.
Deuxième proposition :
On bouge sur une partie des Pyrénées que tu aimerais découvrir…

Waouh, j'adore ce genre de message au réveil ! se délecte Hugo.

Hugo
Evidemment, je préfère profiter de toi… les montagnes attendront !
J'en rêve depuis deux semaines… chez toi, qu'est-ce que ça signifie ?
Es-tu prête à te laisser aller avec moi…

Je sens toute ma libido me gagner de nouveau depuis que cette fille est apparue dans ma vie. J'ai perdu vingt ans en trois jours, c'est ébouriffant ! Je devrais écrire un article sur la puissance des hormones pendant une aventure. Ma dopamine est au plus haut, tellement Anna représente ma récompense et me remplit de motivation. Ma sérotonine qui s'active, je me sens l'homme le plus heureux… ma testostérone qui afflue en avalanche avec toute l'excitation qui m'envahit…

Hugo
Plan A !
Anna
C'est parfait, je m'en doutais.
Je me serais contentée du plan B mais franchement...
Je me prépare, je pars faire trois courses.

Hugo arrive à onze heures, il se gare dans sa résidence. Elle l’accueille pour qu’il trouve une place.

Elle porte cette robe noire qui met en valeur ses épaules et ses jambes qu’il adore…

Il la suit à l’appartement, ils prennent cinq minutes pour observer la vue mais cela dure peu de temps. Depuis hier soir, ils rêvent tous deux de se partager, de se mélanger… la frustration de la veille de ne pouvoir se toucher et enfin profiter de l’ici et maintenant… ce doux parfum de liberté dans sa chambre…

Ils font l’amour, tout est sensuel. Elle adore sa délicatesse… il adore sa sensualité…

Elle le sent libre, il ose… il profite durant trois heures de cette délicieuse et étourdissante intimité.

Hugo propose d’aller chercher un plateau de fromage et une bonne bouteille de vin pour profiter du moment sur le lac avant le concert.

L’idée est excellente, ils passent à la cave à vin et bouge pour se poser près de l’eau avant la soirée. Ce moment de détente est grisant… ils partagent comme d’anciens camarades qui se seraient retrouvés. Ils abordent des confidences de leur vie personnelle, sans peur du jugement, ils se livrent en toute confiance.

Il comprend pourquoi Anna est si heureuse.

Comment elle a orchestré sa vie pour son bonheur :

— J’ai la chance de vivre dans une résidence où nous sommes plusieurs amies à avoir choisi cet endroit pour cohabiter tout en maintenant notre indépendance. Cet environnement m’apporte le bonheur et l’équilibre dont j’ai besoin…

Il y a une entraide commune que ce soit les enfants, les voitures, les déplacements, il n’y a jamais de problèmes. Ce fonctionnement est réconfortant, il apporte un soutien permanent avec beaucoup de bienveillance.

— C’est génial de vivre comme ça. C’est exactement la théorie de l’élargissement constructif de Barbara Fredrickson, précise Hugo : des relations de qualité apportent un soutien émotionnel, social et ou pratique. Ça contribue à réduire le stress, à améliorer l'estime de soi et à favoriser le sentiment de sécurité et de bien-être. Ainsi que l'appartenance, qui est un des besoins fondamentaux. Investir de l'énergie dans le développement de relations significatives est crucial pour cultiver le bien-être global.

Tu cultives des liens forts avec tes amies, ça enrichit vos vies de manière profonde et durable.

— Attend deux minutes, je vais prendre des notes ! C’est un cours que tu me fais là ?!

J’ai vraiment l’impression que tu es en train de m’instruire ! éclate-t-elle de rire.

Ils rient de bon cœur tous les deux. Ils passent un moment délicieux entre les rires, les douces moqueries et les baisers…

— J’aime ce moment de pause, tout est parfait, le temps, les températures chaudes pour se baigner, l’eau est bonne. Hugo choisit de se baigner, je reste allongée à profiter de l’instant de notre escapade… il revient avec ses chaussons d’eau. Il me fait rire, il a un côté rustique ou nature et le revendique ! Il ne s’en doute pas mais cela me séduit davantage. Je prépare le plateau de fromages, j’ai tout prévu : la petite table pliante, les verres, j’ouvre le vin, je nous sers. Nous nous délectons de ces quelques heures de ravissement.

Nous buvons, nous rions, nous échangeons sincèrement, deux passionnés de psychologie positive ne peuvent pas faire semblant… on aime l’authenticité, la vérité, le sens… et grâce à ses valeurs, cet intervalle gagne en mérite… nous sommes heureux. Ça se ressent, les gens autour de nous, nous invite à prendre des verres avec eux. Nous déclinons, nous voulons rester seuls.

Il lui livre ce que vivent certains de ses collègues à la fac, et même Paul, qui vit une dépression. L’impuissance à le réaliser et l’embarras à demander de l’aide, difficile pour un théoricien de la santé mentale. Anna se sent triste pour Paul qu’elle apprécie :

— Nous avons pourtant beaucoup d’outils dans notre discipline pour nous aider.

— Souvent, ce sont les cordonniers les plus mal chaussés, cela vaut également pour tes profs, malheureusement…

— Comment enseigner une science aussi cognitive que tu n’exploites pas pour toi ?

— Tu restes un chercheur Anna, pas un praticien !

— C’est si triste de ne pas essayer, de ne pas tenter. Comme si tout ce que tu connaissais n’était qu’un leurre, un fantasme.

Imagine un instant, la force des propos de se sortir du chaos grâce à la Psycho po. De pouvoir le raconter comme une histoire pour amener vers la conscience, d’expliquer grâce aux outils de gratitude, d’autocompassion, d’auto-bienveillance, de méditation, d’accomplissement… que tu es sorti de ton cauchemar et comment tu peux guider après cela.

— En effet, cela serait riche de partager une telle histoire mais faut-il oser sa fragilité pour risquer de se dévoiler devant une salle entière.

— C’est oser ton authenticité Hugo. Tu affrontes tes parts d’ombres, ce que tu réprimes, ce qui te fait honte. En les affrontant, tu retrouves ta vulnérabilité, tu deviens humain…

— Tu es une femme si étrange, si passionnée… ta philosophie dépasse notre science… tu ne te rends pas compte de la force de ton mindset. Tu pourrais nous donner des cours. sourit-il.

Hugo se confie à Anna.

Il est perturbé de vivre à nouveau une déception de couple. Il est déçu que sa relation ne remplisse pas tout, pour lui. Il est convaincu maintenant qu’une compagne de vie, ne peut pas être à la fois une amie, une amante, une confidente, une complice…

Anna s’étonne de sa vision des choses. Elle le comprend mais voit aussi tout le poids de confier autant d’attentes sur les épaules d’une seule personne, pour répondre aux besoins d’épanouissement de l’autre…

Elle l’écoute tranquillement, laisse un silence et reprend doucement :

— Cela peut-être aussi la responsabilité de chacun, de travailler sur son ingénierie intérieure… d’apprendre à se remplir par soi-même pour que l’autre puisse vivre pour ce qu’il est et non pour, ce qu’on attend de lui. Apprendre à se connaître pour mieux évaluer et appréhender chaque situation, ce qui nous stress, ce qui peut nous mettre sous pression, la conscience de soi. Les efforts d’un couple peuvent-être partagés, échangés, discutés pour se renouveler, pour se comprendre, pour évoluer… Si tu souhaites trouver une solution à ta situation, essaie de te recentrer à l’intérieur, de ressentir ton corps, tu deviens alors calme et présent. Dès que tu élargis ta conscience hors du mental, la réponse ou l’action à suivre ressort de l’intime de ton être.

La clé, c’est d’être dans un état de connexion permanent avec ton être intérieur, de le sentir à tout instant. Cela approfondit et transforme rapidement ta vie. Plus tu concentres ta conscience sur ton intérieur, plus sa fréquence vibratoire s’élève.

— Je n’ai rien compris maître Yoda !

D’où sors-tu ce genre de mantra Anna ?

Attend, je vais prendre des notes pour le lire à tête reposée ! s’amuse t’il.

— Tu n’es pas concentré. Tu penses trop à moi ! rit-elle

J’ai reçu des enseignements que je considère inestimables de mon maître spirituel, Aïna. J’ai suivi son initiation pendant plusieurs mois à Madagascar. Un sage qui m’a accompagné et guidé… depuis je poursuis mon chemin seule, éduquée par le développement personnel.

— Tu es une personne singulière. Tu ne fais pas les choses comme tout le monde. Tu oses des pratiques, tu oses dire avec le sourire des choses non conventionnelles… et j’adore ce côté insaisissable de ta personnalité. Tu vas forcément dire quelque chose de surprenant que tu argumentes avec clarté… ta lecture du monde me fascine Anna.

L’heure avance, ils quittent le lac. Ils se garent sur le parking du théâtre. Ils rejoignent la file, il lui tient la main. Ils ont l’impression d’être deux gamins grâce à la vive excitation qu’ils éprouvent. Trois heures de concert fantastique…

Elle craignait que cela ne lui plaise pas et découvre d’incroyables musiciens. Hugo lui explique toute la difficulté des temps et des rythmes pour que les artistes s’accordent. Elle est subjuguée par le duo contrebasse, flûte traversière…

Il lui tient la main, elle passe son bras sur ses épaules, elle lui caresse la nuque, la musique les porte… ce passage est absolu.

La musique… est la vapeur de l’art. Elle est à la poésie ce que la rêverie est à la pensée, ce que le fluide est au liquide, ce que l’océan des nuées est à l’océan des ondes… V. Hugo

C’est la fin, ils quittent le théâtre :

— Tu dors avec moi cette nuit ? Propose-t-elle soudain. Elle a envie de poursuive cet instant délicieux.

— Anna, c’est compliqué !

— Pourquoi ?

Il lui explique que sa femme souhaite qu’il l’appelle en Visio quand il est dans sa chambre après le concert. Il trouve une solution. Il a envie de cette nuit d’amour avec Anna :

— Je l’appelle maintenant et je rentre avec toi…

Il s’excuse de devoir lancer cet appel alors qu’il est avec elle. Anna presse le pas pour éviter la conversation et se réfugie dans la voiture pour ne pas écouter, se protéger de cet échange. Elle découvre toute la brutalité d’une liaison, de ses sentiments, de subir, de se cacher… devenir la femme de l’ombre en une soirée est très désagréable.

Hugo entre agacé dans la voiture :

— Elle insiste pour que je l’appelle en Visio quand je serai dans ma chambre… fait chier !

Ils démarrent, ils ne parlent plus. La soirée a perdu sa légèreté… davantage abrupte de se quitter de cette manière, cette nuit était leur seule nuit.

— J’ai une idée ! Saugrenue certes, mais j’ai une proposition ! Veux-tu l’entendre ?

— Evidemment !

— Nous rentrons à ta location ensemble. Tu passes ton appel dans ta chambre, je t’attends dans la voiture et on repart ensemble. Qu’en penses-tu ?

— C’est une bonne idée, ok on fait ça ! s’exclame-t-il tout sourire.

La bonne humeur et les perspectives d’une soirée voluptueuse sont de retour. L’atmosphère c’est transformé en euphorie, remplie de caresses, de doux gestes, de regards complices, d’envies…

Elsa Triolet disait : « On devrait toujours se voir comme des gens qui vont mourir demain, c’est ce temps qu’on croit avoir devant nous qui nous tue… »

— C’est tellement vrai Anna, encore plus pour nous… je prends mon train dimanche…

Un silence partage cet instant.

— Je souris car tout ce qu’on aura pris, ne sera plus à prendre ! ajoute-t-elle.

— C’est certain ! Tout ce qu’on aura pris, on ne pourra pas nous le prendre et c’est un véritable plaisir…

Ils arrivent devant la location d’Hugo. Il est une heure du matin, il laisse la voiture devant le chemin qui mène à la maison.

— Tu te gares comme ça ?

Ça bloque le chemin ? s’étonne-t-elle.

— Il n’y a jamais personne, je plie le truc en dix minutes max et je suis avec toi…

Anna se détend et essaie de se reposer en dormant un peu sur le siège passager.

Cinq minutes plus tard, une voiture lui fait des appels de phares pour lui indiquer qu’elle gène. Elle n’a pas les clés de la voiture pour la déplacer. Elle ouvre la vitre conducteur pour expliquer que son ami arrive dans un instant pour bouger le véhicule.

Elle découvre avec stupéfaction le visage de son directeur de promotion, Paul !

— Quelle poisse !

Bonsoir Paul, Hugo arrive. Il a oublié ses médicaments… explique-t-elle.

Elle est tellement gênée, elle voit la surprise dans les yeux de Paul : « Qu’est-ce que son étudiante fiche à une heure du mat’ avec son collègue ?! »

Elle aperçoit Hugo remonter l’allée en se pressant, gêné… il salue de la main Paul et monte dans la voiture, dégoûté d’être pris sur le fait !

— Putain ! Il est couché tous les soirs à 21 heures ! C’est la première fois qu’il sort depuis quinze jours !

J’ai essayé de t’appeler pour te dire que je ne voyais pas sa voiture et que tu te fasses discrète mais tu ne répondais pas.

Anna découvre le malaise de la tromperie, de ne pas être à sa place et Hugo non plus !

— Je n’ai pas emmené mon téléphone. Je n’avais plus de batterie, je suis désolée…

Il ne l’écoute pas, il ne l’entend plus… il entre dans l’anxiété et l’encombrement mental.

— J’espère qu’il ne va rien raconter à sa femme sinon je suis cuit… elle balancera avec joie à la mienne !

— C’est un ami cher, par solidarité, il peut rester discret… essaie-t-elle de le rassurer.

— J’espère… merde, merde, merde !

Quelle idée pense Anna, de vouloir plus qu’ils ne devaient prendre… elle le lui avoue. Il répond par la négative. Ce n’est pas qu’ils en demandaient de trop et qu’ils sont punis, c’était juste l’envie de prolonger le bonheur d’être ensemble… c’est comme ça…

Hugo ramène Anna, la soirée est terminée, la magie a quitté l’harmonie de l’espace qu’ils partagent. L’anxiété s’est installée.

Quand ils arrivent à l’appartement, Anna pense qu’Hugo reste dormir avec elle. En réalité, il est agité, troublé, il n’est plus disposé à partager une nuit d’amour avec elle. Elle pense naïvement, puisqu’ils se sont fait prendre, autant en profiter… mais il ne réagit pas du tout de la même façon, ses sentiments et ses craintes sont toutes autres…

C’est pourtant un professeur qui enseigne « le moment présent ». Elle sait que ce n’est pas à une heure et demie du matin qu’il va régler la situation et qu’il devrait profiter d’être avec elle mais il ne peut pas… après dix minutes, il fait le choix de rentrer, elle lui dit que c’est mieux. Elle ne veut pas de cette atmosphère de stress qui envahit son nid.

Il vient de réaliser à ce moment ce qu’il pourrait perdre pour une idylle de quatre jours ! Il l’embrasse, lui dit qu’il est désolé, il s’en va… sur le chemin ses pensées tourbillonnent :

— Vraiment pas de chance mais cela ne m’étonne pas, j’ai toujours la guigne ! C’est toujours sur moi que ça tombe ! Si ça continue, je vais vraiment faire ce que me propose Anna, voir un chamane pour m’exorciser de la malchance. Cette nuit aurait été fantastique… de lui faire l’amour, de la tenir dans mes bras même si je devais partir au petit matin. Il fait suer Paul avec toutes ses caméras, il ne fait confiance à personne ! Pour un mec qui enseigne la confiance et la compassion… putain, on est mal équipé les profs de psycho po ! Une gamine comme Anna peut nous donner des leçons de vie… elle quitte un job sans filet. Elle part voyager avec audace dans des pays inconnus, elle prend des risques, elle vit. Cette fille est énigmatique…

Le lendemain, Hugo se réveille anxieux de rencontrer son ami.

Ce matin, Paul lui propose de déjeuner tous les deux. Il part lundi, ce sera le dernier moment qu’ils auront ensemble. Hugo voit l’opportunité de discuter de la soirée d’hier et de s’expliquer. Etonnamment, rien de la soirée de la veille n’est abordé. Paul évoque ses difficultés professionnelles à la fac, les complexités de sa vie personnelle. Hugo est soulagé…

Il s’excuse quand même de s’être garé n’importe comment la veille mais il devait récupérer ses médicaments avant d’aller boire un verre en ville. Il a le sentiment que Paul n’a rien vu de compromettant…

Il texte Anna pour s’excuser d’être parti comme un voleur paniqué et lui révèle son soulagement de l’indifférence de Paul pour la situation d’hier soir…

J’aurais préféré me réveiller auprès de toi… mais c’est comme ça…

Après son déjeuner avec Paul, il est convenu qu’Anna le rejoigne au lac.

Elle arrive et le voit installé en plein dans le passage. Hugo avec sa serviette et son chapeau. Le vrai touriste, s’amuse-t-elle. Elle l’embarque un peu plus loin dans un coin plus intimiste pour partager ce dernier instant ensemble. Elle n’est pas vexée de la veille, elle est heureuse de pouvoir encore profiter de lui, de le toucher. Il est heureux avec elle… Si bien qu’il se pose des questions, malgré le mouvement de panique d’hier : « Et si, je faisais un bout de chemin avec elle… elle est si jeune, cette maladie que je dois surveiller… resterait-elle avec moi ? »

Il abandonne ces questions. Ce moment est trop précieux pour perdre du temps, il adore parler philosophie avec elle, sa lecture du monde le surprend toujours ! Elle ne voit que le positif de chaque situation, comme hier, même s’ils se sont fait prendre, ils se sont rencontrés et ça, c’est le plus fantastique… en effet le monde est difficile mais ce dernier s’améliore de jour en jour comme les gens, cela prend juste un peu de temps…

— Je ne sais plus quel auteur disait : « Il y a des gens que l’on croise, que l’on connait à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accorde une minute, une heure… et change le cours de votre vie… »

C’est ce que tu me fais ressentir Anna…

Elle est renversante, elle m’explique qu’elle a mis son esprit en sécurité grâce ses enseignements à Madagascar, également grâce au développement personnel. Elle saute sans parachute et n’a peur de rien ou si plutôt, elle a peur comme tout le monde mais elle sait que l’univers ne la laissera pas tomber ! Elle devrait coacher les profs de psycho po qui donne les bonnes recettes mais ne les appliquent pas ou n’y arrivent pas…

Quand je pense au mal-être vécu en permanence dans l’institution que j’occupe. Le sentiment d’injustice de Paul ou encore de mes collègues à Paris dans un domaine qui devrait-être pacifiste, compréhensif, tapisser de bienveillance et d’empathie. Malheureusement, on en est très loin, elle me donne sans le savoir une vraie leçon de vie…

C’est une artiste du bonheur, « elle apprend les règles comme une professionnelle afin de les briser comme une artiste ! » Cette phrase de Picasso lui va comme un gant.

Elle l’interpelle sur cette science qu’ils affectionnent tous les deux, la psychologie positive mais aussi le développement personnel. Pour elle, ils sont intimement liés, car tous deux cherchent à améliorer la qualité de vie. A cultiver le bien-être et à favoriser l'épanouissement humain. Ils sont d’accord que cette science se concentre sur les forces et les ressources internes des individus, plutôt que sur les pathologies ou les déficits. Elle insiste sur la théorie des émotions positives, les relations épanouissantes, le sens de la vie et l'accomplissement personnel.

Des chercheurs comme Martin Seligman ont démontré que le bonheur et la résilience ne dépendent pas seulement de l'absence de stress ou de problèmes, mais d’une véritable démarche active pour cultiver des émotions et des expériences positives.

Le développement personnel, quant à lui, englobe l’ensemble des pratiques et réflexions visant à mieux se comprendre, à développer et se concentrer sur son potentiel, à améliorer ses compétences personnelles et relationnelles. Il inclut des concepts comme la gestion du stress, la confiance en soi, la motivation et l’estime de soi.

Les principes de la psychologie positive viennent renforcer cette démarche, en offrant des outils pratiques pour cultiver la gratitude, l’optimisme, et un état d'esprit de croissance, en vue d’une vie plus épanouissante.

Le lien précis réside dans le fait que la psychologie positive fournit l’administration de la preuve et des recherches scientifiques sur ce qui favorise un état d’esprit positif, tandis que le développement personnel offre des stratégies concrètes pour appliquer ces principes dans la vie quotidienne.

Ensemble, ils peuvent former un duo puissant pour transformer non seulement la manière dont nous voyons le monde, mais aussi notre manière de l’habiter et de nous réaliser pleinement.

Le soleil va bientôt se coucher…

Il doit rentrer. Il est attendu par Paul pour évoquer un dernier projet avant de partir. Il l’accompagne près de sa moto. Ils se prennent dans les bras, un câlin qui les réconforte, un instant précieux…

Toute la soirée, ils s’envoient des messages des souvenirs des moments idylliques partagés. Ils retrouvent ces sensations, cette excitation, le charme des instants volés…

Lundi, le jour du départ. Anna lui demande par message, si sa valise est prête ?

Est-il prêt à partir ?

Il lui répond : « Bof ».

Spontanément, elle lui dit qu’elle garde le sourire car ils ont profité au maximum et ne pouvaient pas mieux s’offrir que ce qu’ils ont partagé. Elle lui confie qu’elle a passé des vacances de rêves avec lui et rien que pour cela, elle remercie de tous ces merveilleux moments…

Il faut savoir se prêter aux rêves lorsque le rêve se prête à nous disait Camus. Sourit-elle.

Elle arrive toujours à le surprendre. Elle ne garde que la magie et n’est pas affectée de l’absence qui va forcément arriver.

Hugo se sermonne. Il essaie de partager sa vision mais c’est difficile de laisser tant de joie, d’euphorie derrière lui. Il a connu pendant quelques jours l’émerveillement, il en veut plus…

Il demande à Paul de le déposer en avance au train, il veut voir Anna avant son départ. Elle arrive en moto. Ils se serrent dans les bras. Savourent ce contact, elle lui offre ce livre d’Eckhart Tollé : « Le calme intérieur » avec un message écrit dans un post-it pour qu’il puisse le détacher.

Hugo,

Cet auteur m’a réveillée !

Il paraît que la véritable liberté exige de s’affranchir de la dictature de l’ego et de son cortège d’émotions…

Je souhaite te le partager, il représente ma philosophie et ma manière de penser aujourd’hui.

J’ai adoré tous les moments passés ensemble : ton humour, ton cerveau, la facilité des instants, l’excitation des minutes à attendre et la jouissance à les partager avec toi… devions-nous sans doute nous rencontrer pour nous apporter du bonheur...

J’aime cette phrase de Voltaire : « Le bonheur, c’est la seule chose que l’on peut donner sans l’avoir et c’est en le donnant qu’on l’acquiert. »

Alors merci pour tout… pour ta délicatesse, nos échanges, nos fous rires…

Un clin d’œil pour ta théorie de l’espoir : « Il n’y a pas de meilleur médicament que l’espoir, pas d’encouragement aussi grand, aussi tonifiant et aussi puissant que l’attente d’un meilleur lendemain » Grison Swett Marden.

Anna

C’est le moment de se quitter. Il monte dans son wagon, il s’assoit, il lit le message. Il est ému, il la regarde partir…

— Nous allons forcément nous revoir Anna. Se rassure-t-il.

Il est impossible, même insupportable, après avoir tant vibré l’un avec l’autre que notre histoire se termine ici !

Tu dois venir à Paris, tu me l’as dit, inévitablement, je vais te revoir…

En le quittant, Anna reste songeuse de leur rencontre.

— Avant, je n'aimais pas les surprises. Maintenant, j'aime me laisser surprendre, accueillir les choses inattendues. Je prends plaisir à m'adapter. Les incertitudes de la vie sont des beaux cadeaux, elles m’aident à m’élever. J'ai beaucoup évolué depuis que je m’observe. Avant mes décisions étaient hâtives, je pouvais dire oui pour l'achat d'un appartement, je laissais peu de temps à la réflexion car ça me permettait de me lancer et surtout d’oser…

Aujourd’hui, j’ai compris, que ce n’est pas forcément la méthode qui me convient. Je prends un temps pour moi, je médite une décision pour qu'elle soit plus sage et mesurée. Cette spontanéité, cet enthousiasme où je m'emballais sur des réponses rapides ou même irréfléchies auparavant m'ont servies d’expérience. D’ailleurs, pour certaines, de belles expériences. Mais maintenant je veux prendre le temps avec cette connaissance de moi qui me permet de mieux m’appréhender. Toute cette sagesse que tu ressens chez moi Hugo, m’est venue avec le développement personnel, il m'a permis d'avoir une réflexion, un espace et de la justesse pour grandir. Le désir de bien vivre…

 

CHAPITRE 10 : De l’illusion à la réalité

A partir de quand quatre jours d’idylle se transforme-t-il en histoire !

Il a pris son train et le téléphone d’Anna s’est rempli de messages d’Hugo. Il est de retour chez lui mais il continue à entretenir la relation. Il ne la laisse pas passer à autre chose, peur d’être oublié, de la perdre. Il reprend son activité professionnelle. Sur les trajets, il l’appelle, quand il sort de chez lui où il retrouve sa liberté, il l’appelle… elle fait partie de tous ces moments de liberté. Elle représente son oxygène, son rêve.

Il ne peut pas la laisser partir et pourtant, il est totalement asservi dans une vie choisie mais aujourd’hui subie au bénéfice de la sécurité, par habitude…

Anna a conscience que toutes ces choses qui semblent apporter la sécurité de l’esprit mais ne sont qu’un leurre car rien n’est plus nuisible à l’homme qu’un avenir assuré et une vie conformiste. Il se convainc d’aimer encore sa femme car il n’a pas le courage de la quitter pour Anna. Trop de changements, trop d’incertitudes. Il possède de belles excuses : il est malade, il a 20 ans de vie commune, il est plus âgé qu’Anna, les soins à Paris sont parmi les meilleurs, son métier l’absorbe énormément… et d’autres, il n’en manque pas. Anna comprend son manque de courage, elle ressent la prise d’otage de sa vie pour améliorer les conditions de la sienne… il l’avoue lui-même !

Son mentor qu’elle admire et qui n’applique aucune des méthodes de la psychologie positive, même ses hormones sont au plus bas ! Ses hormones de bonheur et de plaisir sont en chute libre car il n’ose pas la vie. Il se laisse happer par le confort d’une épouse qui gère la logistique et l’intendance de la maison mais pour laquelle, il n’a plus aucune envie d’échange charnel, sa testostérone est également en dégringolade… tout s’éteint, seules les habitudes le maintiennent à la surface. Mais Anna est entrée dans sa vie, il n’avait pas mesuré l’effet que cela ferait naître.

Cette histoire prend un espace important dans le quotidien d’Anna. Elle se lève le matin, elle pense à lui. Elle se couche le soir, elle pense à lui…

Pourtant, elle n’a pas sa place, pas de légitimité où « l’émoticône avec un doigt sur la bouche » 🤫 qu’elle reçoit d’Hugo par sms, qu’elle supporte pour le moment pour lui préciser de ne pas répondre à son message, deviendra insupportable demain et trop brutal après-demain…

Anna ressent le fort engagement d’Hugo dans son métier. Elle ressent ce besoin de reconnaissance, d’exister dans cette discipline où il aime briller et être admiré. De plus en plus, elle ressent son échappatoire dans sa mission pour fuir le domicile conjugal mais l’absorption dans son implication lui crée une indisponibilité qui est de plus en plus difficile à supporter pour Anna. Cela demande à Hugo de trouver de l’espace entre son épouse, ses obligations et cette nouvelle relation. Ce jonglage commence à assombrir le paysage de la vie d’Anna si équilibrée…

Le travail d’Hugo le valorise, le remplit de fierté.

Anna lui répond à cela : « mieux vaut être aimé pour ce qu’on est plutôt que reconnu pour ce que nous faisons » mais pour lui, cela représente une véritable reconnaissance dans sa vie. Peut-être cette impression que son métier ne l’abandonnera pas, en revanche, l’abandon des femmes dans sa vie est un vrai trouble, en commençant par sa mère. Elle lui aura longuement expliqué que le développement personnel est une leçon d’humilité car ça oblige à se regarder avec honnêteté. A affronter ses parts d’ombre, on ne peut plus tricher avec soi-même. Et malgré toutes les réussites que nous pouvons accumuler, notre niveau de succès dépassera rarement notre niveau de développement personnel car le succès est une chose que nous attirons selon la personne que nous devenons…

A cause du déséquilibre de leur relation, elle lui précise souvent  : « Je me suis fait le cadeau d’une vie heureuse et de relations épanouissantes… » Pour qu’il saisisse que celle-ci se doit d’être nourrissante et non essorante !

Cela fait quelques mois que cette relation existe. Elle vit grâce aux temps qu’ils arrivent à s’accorder. Pour Anna, cette jeune femme qui s’est fait la promesse de vivre à son rythme, elle le gère correctement. Pour Hugo, c’est plus compliqué, il doit jongler entre une vie maritale, un métier prenant, l’écriture de son prochain livre, des conférences qu’il anime et ses mensonges quotidiens mais il essaie par tous les moyens de lui donner un maximum de place.

Elle ressent le besoin d’en vouloir davantage.

Anna pense pour elle-même :

— Depuis que je t’écris par sms ou par mail, je me trompe entre ces deux temps qui sont le futur et le conditionnel. Le futur car j’ose espérer que ça se produise, une vie tous les deux et je reviens au conditionnel tout simplement puisque ce n’est qu’un rêve !

Qui choisiras-tu ?

Moi ou ton ego ?

Quand te sens-tu réellement vivant ?

Quand tu brilles sous les feux des projecteurs ou quand tu es avec moi ?

Tu pourrais mourir sans avoir vécu cette passion et pourtant, elle est à portée de main…

Cela n’est pas sans rappeler ta maladie qui te ronge. Le symbole de l’abandon, ton sang contaminé correspond tellement au « sans » !

Te priveras-tu de te sentir si vivant ?

Te priveras-tu de moi ?

Anna s’écrit quelques fois à elle-même pour mieux s’appréhender dans cette relation insensée. Elle a besoin de se reconnecter à elle comme le lui a si bien appris Aïna : « Arrête l’attente comme état d’esprit. Quand tu te surprends à glisser dans l’attente, sors-en vite, retrouve le moment présent. Simplement sois et savoure d’être, si tu es présente, tu n’as pas besoin d’attendre quoi que ce soit. »

Elle a besoin de revenir à elle continuellement car cette histoire commence à la submerger plus que de raison. Alors elle s’efforce d’écouter ses pensées. D’être consciente non seulement de ses pensées, mais aussi de d’elle-même en tant que témoin.

Une dimension nouvelle de conscience s’ouvre à elle.

Elle songe :

— Qu’il est étonnant de voir la météo changeante de nos sentiments… tantôt l’absence de l’autre est insupportable et ensuite, elle devient fatigante, presque lassante à force d’être éprouvée…

Est-ce l’inconscient qui travaille ou l’égo qui conspire constamment à nous protéger. Est-ce seulement un raisonnement, une interprétation, est-ce moi qui ne vois pas d’issue possible malgré cette passion… elle ne peut pas être vécue, alors elle nous dévore !

C’est mon ressenti de ce soir après avoir reçu son mail d’excuses de se comporter comme un mufle.

Il n’avait que dix minutes pour profiter de me voir. De profiter de ma disponibilité, pour jouir, et clôturer l’appel car l’autre femme arrivait et surtout ne rien changer, ne rien montrer, ne pas se mettre en danger…

Pourquoi ne pas se poser les bonnes questions ?

Comment peux-tu vivre comme si tu n’allais jamais mourir et tu vas mourir sans t’être laissé vivre !

Qu’est-ce que j’aimerais que tu prennes vie !

Ce soir, je suis fatiguée. Fatiguée de ma journée pourtant agréable… fatiguée de ton absence. Fatiguée de te fantasmer, de te rêver, de t’envisager. Dans tous les cas, je t’aurais aimé et j’aurais pu m’envisager dans une vie avec toi… dans tous les cas, tu auras contribué à l’écriture de cette histoire, alors merci…

Hugo ressent Anna se fatiguer de la relation, il est familier des sentiments. Elle ne sait pas tricher. Elle est authentique. Elle lui confie ouvertement ses doutes et ses émotions désagréables, de vivre cette histoire sous ce format.

Il est inquiet :

— Je ne veux pas qu’elle me chasse de sa vie. Je sais qu’elle en a la force et surtout la philosophie de connaître ce qui est bon pour elle. Je m’en veux de ne pas être à la hauteur de ce qu’elle attend de moi mais voir les larmes dans les yeux de ma femme, supporter sa tristesse est trop pour moi. Je considère tout ce qu’elle a engagé comme sacrifices pour nous depuis vingt ans, je ne peux pas être aussi cruel.

Si Anna savait combien je l’aime. Comme chacun de ses messages sont attendus. Chaque vidéo qu’elle m’envoie sont incroyables, qu’elle soit en rando ou allongée dans son lit. J’adore la regarder, et oui, elle me réveille, elle m’éblouit. Elle me bouscule dans ma manière de penser, dans mes relations, dans mes engagements de vie. Elle m’influence à me regarder en face, pas facile quand on a toujours triché avec soi pour s’arranger avec sa vérité pour déculpabiliser.

Quand elle me dit : « Tu es responsable de tes conditions de vie ! »

Elle a tellement raison mais j’en prends plein la gueule de regarder la situation en face. D’assumer de passer à côté de cette histoire d’amour totalement folle, si folle que je me dis qu’elle ne peut pas durer et je sais que c’est une manière de me rassurer pour ne rien engager… quel lâche fais-je ! Je n’ai pas le courage, je ne me sens pas d’affronter ma vie pour m’offrir le bonheur auquel j’aspire tant alors… je m’offre des bribes de bonheur et vole des moments de vie à Anna car je sais que je n’oserai pas mieux…

Hugo croyait rencontrer une fille mignonne, rigolote… il découvre une fille sublime et étonnante. Il l’embarque dans des jeux sexuels par téléphone, au début, elle résiste. Elle trouve ça trop démonstratif, trop exposé mais il est tenace, il a besoin de vibrer et prend tout ce qu’elle peut lui offrir sans réserve. Elle entre dans ses jeux, elle lui envoie des photos de pin-up, porte des bas, des escarpins, le fait languir et le provoque…

Il en est subjugué, excité. Il a ce qu’il n’espérait pas. Les trajets professionnels d’Hugo sont remplis d’Anna qui rit, lui raconte ses journées, ses interventions d’ateliers dans les écoles. Il lui indique des outils pour les améliorer. Ils se nourrissent l’un de l’autre…

C’est leur histoire. Ils transforment leur idylle en histoire d’amour où ils ont besoin d’échanger, de se voir, de se parler, de complicité…

Elle est amoureuse de lui. Elle se surprend elle-même de la force de ses sentiments pour lui. Elle attend plus… il peut difficilement donner davantage et pourtant, il essaie au maximum. Elle est tout le temps dans sa tête… il se questionne souvent sur ce qu’elle est en train de faire… les mails et les sms animent leur quotidien.

En soirée, Anna lui écrit.

Je viens de terminer et de gagner une folle partie de belote avec les voisines ! J’étais déjà très forte gamine à ce jeu et je n’ai pas perdu la main.
Bref, j’aurais bien continué à jouer… mais avec TOI ! Entendre ta voix, te lire… Te… J’adorerais… peut-être demain… Je te souhaite une belle nuit, pleine de moi…

Quelques instants plus tard, Hugo lui répond.

Assurément plein de toi… Trop dégoûté, pas possible… J’ai vraiment fait le maximum… J’espère demain…
Envie de te voir sous toutes tes coutures.
Je t’embrasse.
Hugo

Anna s’accoutume difficilement à ces échanges sous le joug des injonctions, du manque de liberté…

Elle perd également sa spontanéité, son enthousiasme à lui partager des choses importantes. Ils partagent peu de temps en réalité, et l’interdiction non dite de l’appeler…

Cette relation devient épuisante mais elle est déjà sous l’emprise de cet amour qu’il entretien avec ferveur, cela affecte son bien-être. Il se nourrit des jeux sexuels avec elle mais elle attend tellement plus…

Sauf qu’il n’est pas toujours pas disponible. Soit son job, soit sa femme qui le suit partout. Peut-être se doute-t-elle de quelque chose, ce sixième sens féminin, pas besoin de mot, le comportement parle de lui-même. Alors elle choisit l’écriture pour qu’il ait la lecture de ses souffrances :

Hugo,

On ne peut pas se parler alors je choisis l’écriture pour que tu saches et comprennes mes sentiments.

Le peu de temps que nous nous accordons est très souvent sexuel mais, pour ma part, j’ai besoin de véritablement nourrir cette relation que nous entretenons.

Une relation, quelle qu’elle soit, et surtout une cerise sur le gâteau comme tu aimes le préciser, a besoin d’être vivifiante, nourrissante et vibrante. Malheureusement, je ressens celle-ci frustrante, pauvre et contrariante car elle ne peut s’épanouir…

Cela nécessite un peu d’effort comme du temps de qualité… et c’est peut-être par le goût de cet effort qu’elle méritera de continuer.

J’ai besoin de me nourrir intellectuellement et avec toi, j’avais trouvé cette nourriture qui fait que tu m’as complètement séduite. Je peux même t’avouer que je suis amoureuse de toi mais pas n’importe comment et pas à n’importe quel prix. Comprends que si je n’avais pas ce sentiment, je ne t’accorderais pas autant de temps et d’importance dans ma vie avec toutes les contraintes qui t’entourent : un homme plus âgé, dans une vie de couple, ta santé qui m’inquiète, ton engagement fort dans ta carrière qui te laisse peu de temps, les kilomètres qui nous séparent et toutes les excuses du temps…

Ce jour, au lac, je t’avais expliqué que « je ne veux plus jamais vivre sans moi ». C’est la raison pour laquelle, si je dois vivre quelque chose avec quelqu’un, cela doit avoir du sens et de l’authenticité pour moi, une relation qui me ressemble.

Cette histoire aurait pu rester cette merveilleuse idylle de quatre jours mais nous avons choisi de la transformer. J’aime le sexe avec toi mais si cela ne doit être que cela, je décrocherai.

Je suis dans une période de mon cycle qui souvent me permet de prendre du recul. Même si elle se veut tranchante dans mes décisions, elle est présente pour me réveiller.

Te rappelles-tu les mots que je t’ai écrits dans ce livre avant que tu ne prennes le train ?

« J’ai adoré tous les moments passés ensemble, ton humour, ton cerveau, la facilité des instants mais aussi ta délicatesse, nos échanges, les fous rires… »

As-tu envie de trouver des moments de liberté ?

J’ai conscience des efforts à fournir. C’est également mon cas quand je fais l’impasse sur mon sommeil pour t’avoir tard au téléphone, quand je te donne toute ma disponibilité…

J’ai totalement conscience de ta situation et c’est la raison de cet écrit.

Tu prendras la décision qui te semblera la plus consciente pour toi.

Je t’embrasse sincèrement et je te comprendrai quelle que soit ta manière de vivre les mots que je t’ai écrits, dans la douceur…

Anna

Quand Hugo découvre cet écrit. Il donne toute son attention à ce un temps de lecture, il est en train de la perdre. Elle exprime clairement ses besoins. Elle ne demande pas grand-chose mais c’est déjà beaucoup dans le rythme de sa vie. Il doit la retenir, il doit la convaincre de maintenir cette relation qui le fait se sentir tellement vivant. Alors il choisit également de lui écrire :

Bonjour Anna,

Évidemment que je te comprends.

C’est une situation inconfortable et surtout dissymétrique. Vue de l’extérieur, la situation « m’est bien plus favorable » alors que toi tu serais dans l’attente.

En vrai, ce n’est pas tout à fait ça…

Pas simple de jongler avec les valeurs et les sentiments. Du coup, j’accepte les choses telles qu’elles viennent avec beaucoup de difficultés pour planifier les choses, surtout en ce moment. C’est effectivement très difficile de pouvoir avoir du temps pour échanger.

Le côté sexuel des échanges est effectif. J’avoue que tu as réveillé en moi un côté… mais d’un autre côté, ce n’est pas la seule chose qui nous lie, heureusement !

Alors effectivement, cette cerise sur le gâteau se nourrit d’autres choses… ton sourire, ta lecture du monde, tes centres d’intérêt ou ta curiosité m’ont séduit. Évidemment, et aussi ta proximité pour la psycho positive…

Bon, j’avoue qu’il y a aussi quelque chose qui s’est joué avec tes fesses si bien mises en valeur dans tes jeans’… mais pas que !

Je ne voudrais pas que tu puisses croire cela. Mais après, je ne sais pas si cela peut suffire pour nourrir l’amour que tu ressens pour moi.

La situation est à la fois simple et compliquée. À distance l’un de l’autre, déjà, c’est un petit obstacle. Et après, comme je te l’ai déjà dit, je tiens à ma femme même si mon histoire avec elle ne fait que renforcer en moi la conviction qu’il est impossible, ou disons compliqué, de trouver chez la même personne la compagne ou le compagnon, la confidente ou le confident et l’amant ou l’amante…

Tu te doutes bien que si tout roulait, je n’aurais pas été attiré par toi. Quoi qu’il en soit, il y a bien d’autres choses qu’un caractère animal.

Et j’ai très bien vécu tes mots…

Tu sais, moi aussi je me pose des questions, bien conscient aussi que cela se transformera à un moment donné, inévitablement. L’idée que ça dure pour des échanges sages me va très bien… En vrai, je pensais au moins partiellement répondre à des attentes… Bref, des échanges sexuels ne constituent pas une attente exclusive.

Ce qui m’intéresse, ce sont tes occupations quotidiennes, comment tu avances dans tes écrits, les sentiers que tu découvres… s’il en reste. 🙂

J’espère que mes propos ne t’auront pas choquée ou fâchée.

Je te souhaite une excellente journée et je t’embrasse fort !

Hugo

Il essaie de répondre avec toute la douceur possible. Il réalise ce que vit Anna, la situation qu’il entretient pour améliorer égoïstement ses conditions de vie mais il n’arrive pas à faire autrement. Elle lui apporte tellement…

Sa vie s’en est transformée. Du matin où il se réveille, il pense à elle, que fait-elle, où en est-elle dans sa journée, que va-t-elle lui raconter qui le fera rire… il peut difficilement se priver de ça. Elle remplit sa vie à cause de son présent insatisfaisant mais il a conscience de l’injustice qu’elle ressent…

Anna est contente de le lire et n’est pas fâchée. Elle a besoin de se sentir mieux considérée dans la relation. Pour elle, il est apaisant de se dire véritablement les choses, ce n’est pas un exercice facile mais c’est celui qu’elle préfère plutôt que de faire semblant. Elle comprend la situation, et que ce soit compliqué à vivre mais elle estime celle-ci également choisie. Elle ne nourrit pas réellement d’attentes sauf peut-être des échanges plus nourrissants entre eux avec des temps de disponibilités de qualité. Il a su réveiller toute sa sensualité qui s’était endormie et elle adore ces moments qu’ils partagent… ils ont juste à ajouter des temps à s’apprécier l’un, l’autre…

Le lendemain, pendant son trajet professionnel. Hugo, se sent triste. Peut-être frustré de sentir la frustration d’Anna. Il a tant de considération et de respect pour elle, au-delà de la tendresse. Il vit surtout de la complicité intellectuellement et physique… et oui, lui confirme-t-il : la situation est choisie.

Un retour à sa réalité dans l’euphorie de son histoire. Hugo a rendez-vous à l’hôpital pour vérifier la progression de son lymphome. Les résultats ne sont pas aussi encourageant qu’il l’espérait. Il est en colère et nourrit du ressentimeent face cette situation. Toute la journée, il rumine et essaie les distractions pour sortir de ces schémas de pensées. Anna lui a demandé de l’appeler pour la tenir au courant, il ne s’en sent pas capable :

— Et dire que j’ai falli remettre toute ma vie en question pour envisager de la rejoindre. N’importe quoi, impossible… no way !

Rattrapé par ses inquiétudes. Par un futur incertain sur son état de santé. Il se positionne en vampire pour Anna. Il prendra tout ce qu’elle peut offrir sans rien lui laisser croire, sans envisager une alternative à part un jour, deux jours, dix jours dans l’année.

Il préfére un futur rassuré, connu et confortable pour affronter ce qui lui fait peur.

Anna attend qu’il l’appelle. Elle se sent inquiète, il ne n’a jamais laissé le silence s’installer si longtemps. Elle se doute que les nouvelles ne sont pas celles qu’il espérait…

Ils ont enfin cet échange et il lui expose les résultats. Son insastifaction et ses inquiétudes… elle l’interpelle sur la symbolique des maladies :

— Connais-tu la symbolique des maladies Hugo ?

— Non, j’en ai un peu entendu parler mais je ne m’y suis jamais intéressé.

— Dans ton cas, c’est assez révélateur. Cette maladie du sang qui s’est installée. Le sang correspond au « sans ». Je suis passionnée par Lise Bourbeau, c’est un auteur fantastique connectée à elle-même. Elle a écrit un dictionnaire de sept cent pages sur les maladies : « Aime-toi ».

Elle explique que tout est symbolique chez l’homme et ton corps est ton meilleur ami, celui qui t’alerte pour que tu te concentres sur toi. Elle expose clairement le lien entre sang et sans.

Tu es sans joie à cause d’un sentiment de manque profond de quelque chose dans ta vie…

Anna s’est immédiatement intéressée à cette maladie. Comprenant sa difficiulté et surtout ce qui pouvait favoriser un soulagement comme le rôle de la rate dans la progression de cette dernière. En Pychologie Positive, on sait comment protéger la rate. Il suffit d’être pratiquant de cohérence cardio-respiratoire ou encore méditant régulier mais Hugo n’est pas sensible à ces pratiques. Il aime la théorie et ce que ces pratiques sont en capacités d’apporter ‘sans’ se les approprier !

Anna reste estomquée de sa vision ou plutôt de sa non vision des choses. Comment il ne comprend pas de prendre soin de lui et même de plutôt se négliger. Il accepte de nombreux déplacements où il fatique de plus en plus. Il accepte des missions, toujours pour briller davantage, recevoir des félicitations et surtout de la reconnaissance… mais est-ce cela le bonheur ? Courir constamment après quelquechose d’extérieur pour recevoir l’apporbation de ses pairs. Ce grand besoin d’être admiré sans cultiver son bonheur intérieur et rencontrer la paix de l’esprit. Enfin se respecter dans son rythme, ses temps de repos, ses missions acceptables…

Hippocrate disait :  « Si quelqu’un désire la santé, il faut d’abord lui demander s’il est prêt à supprimer les causes de sa maladie. Alors seulement, il est possible de l’aider »

Quatre mois plus tard… ils vivent toujours cette relation dysfonctionnelle.

Elle l’appelle en Visio.

— Bonjour Hugo, j’attendais que tu aies un moment à toi pour prendre un vrai temps d’échange et mieux t’expliquer ce que je vis au quotidien.

Je préfère qu’on arrête la relation car cela touche à mon bien-être mental et j’en souffre. Tu as parfaitement compris la situation et j’ai conscience que tu t’en veux déjà de ce que je subis. Je suis d’avance la femme sacrifiée au détriment du confort de la vie que tu as choisie ; vingt ans de vie de couple avec des rôles aujourd’hui devenus peut-être déséquilibrés à cause du temps qui passe, de la philosophie de chacun, des attentes et d’autres conflits qui ne me regardent pas. Ta femme dans un rôle de ménagère alors que tu attends un rôle de maîtresse mais tu t’arranges très bien avec le confort que cela procure, sans doute te rassure t’elle aussi dans la progression de la maladie. Quelqu’un sur qui compter et je comprends.

Hugo reste silencieux, il l’écoute attentivement.

Il entend qu’elle veut le quitter, qu’il ne l’aura plus au téléphone.

Son paradis est en train de s’écrouler.

Son anxiété parcourt son corps. Il regarde son beau visage et se dit qu’il n’aura plus le plaisir de la voir.

Elle continue pour qu’il saisisse :

— Avec moi, tu dis avoir trouvé une connexion étonnante, pas uniquement sexuelle. Ma lecture du monde, mes fous rires, mes jambes, ma philosophie, ma manière de jouer et de te déstabiliser. Te rendre dingue dans les mises en scène que je crée. Que je sois écrivaine t’éblouit et j’aime t’éblouir…

— Je crois que j’aime tout de toi Anna même quand tu me secoues. Je sais que je le mérite. Tu m’as fait me sentir si vivant, comment résister à cette excitation, à ce nouveau bonheur…

— Ta maladie, nous avons enfin abordé le sujet sans tabou, ce mal qui te gagne. Tu ne penses pas pouvoir le maîtriser mais pour moi, tu es toujours maître de ton corps. S’il en devient ton ami. Tu pourras peut-être comprendre le message du « SANG » pour le SANS. Habite ton corps pour mieux appréhender le sans amour, sans soutien, sans reconnaissance, SANS père, SANS mère…

J’ai cru que je pouvais participer à ta rémission mais c’est d’abord ton chemin. Toutes ces blessures qui font de toi cette personne si singulière et avec laquelle tu dois trouver la paix !

Je les ressens si fortes vivre en toi…

— Tu le sais déjà, je t’aime Anna mais je ne suis pas l’homme courageux que tu aimerais.

— Enfin, tu m’avoues tes sentiments sans te mettre totalement à nu, cela a l’air si difficile. Sans doute encore le ‘sans amour’ de l’histoire de ta vie… pourtant Hugo, que c’est bon de sentir autant d’amour et si torturant de s’en priver.

Crois-tu ne pas mériter d’être aimé ?

Je n’ai pas ajouté des années à ta vie mais j’ai ajouté de la vie à tes années…

— Oh oui, tu as ajouté de la vie à mes années, tu ne peux pas réaliser à quel point.

Elle lui déclare : « Je t’aime » en pleurant, elle est émue, lui aussi.

Ils terminent cette conversation pour retourner chacun à leur vie. Pour retrouver un équilibre, une sérénité. Anna est très consciente de ce qu’elle a assumé de vivre !

La situation est telle qu’elle est, et elle la connaissait avant de s’aventurer. Elle le remercie pour cette expérience, de s’être sentie si vivante dans son corps de femme.

Hugo a pleuré quand elle l’a remercié. Il réalise à quel point il l’aime, combien il se sentait vivant avec elle :

— Je manque tellement de courage. Pas le courage de voir les larmes dans les yeux de l’autre. Pas le courage de quitter ma vie. Pas le courage de tout recommencer. La peur de me retrouver seul, la peur de l’inconnu, peur de la maladie et encore… j’ai au moins eu le courage de lui dire tout ça...

C’est vrai, j’ai préféré prendre sa vie en otage pour améliorer mes conditions de vie. C’est injuste et égoïste de ma part, je sais que rien ne changera…

Anna lui dit au revoir en lui disant qu’elle aime tant de chose chez lui. Sa voix, sa sincérité, d’oser l’honnêteté avec elle. Pour lui avoir toujours dit la vérité et lui laisser son libre arbitre d’accepter ou pas la situation. Son audace, son côté nature, son être. Elle a conscience qu’au-delà de son couple, il est également marié avec son métier. Il lui a expliqué comment il se noie dans le travail pour échapper à cette vie dans laquelle il s’ennuie, il n’a pas épanouissement. Il n’est pas malheureux, il s’arrange pour composer avec, ce qui explique ses aventures…

Elle lui confie qu’elle va commencer sa cure de désintoxication pour qu’il sorte de sa tête. Il lui répond que c’est tellement dur de terminer cette conversation et de la laisser partir…

Tous les enseignements avec Aïna lui ont permis de prendre les bonnes décisions pour son bien-être. Sa cure démarre maintenant. L’amour, ce sentiment si intense, si puissant qu’il donne toute la mesure d’une existence. Elle n’a pas eu peur de l’aimer pour se ressentir mais il n’a pas l’espace suffisant dans sa vie pour l’aimer, le « sans » est trop présent, il préfère se priver de l’aimer. Elle songe à cet amour presque impossible car il aurait pu être… Vivre est si rare quand tant d’individus ne font qu’exister…

Depuis trois semaines, Anna reprend doucement son rythme. Elle reprend le goût à tout, elle sait faire, elle est équipée pour.

Ses quelques mois riches de croissance personnelle avec Aïna l’aide à se relever et comme elle aime le dire : « On se remet de tout !»

Elle continue de soutenir l’éducation en réalisant des ateliers de Psychologie Positive à l’école avec les élèves. C’est en sortant d’une séance fantastique, qu’elle lui répond par message, quand il demande de ces nouvelles.

Hugo :

Hugo
Bonjour Anna,

À ta question d'hier de savoir comment je vais ? Le professeur répondrait « Très bien ».

Au niveau du travail, ça va bien. J'ai retrouvé des collègues avec lesquels je m'entends super bien, donc c'est cool. Et puis mon dernier livre vient de sortir. Tout va bien… mais je ne suis plus ton professeur et tu n'es plus mon étudiante, effectivement comme tu l'as mentionné dans ton message.

Alors l'homme dit que tu as laissé place à un immense vide. De toute façon, on était bien au clair quant au fait que cette relation ne pouvait pas durer. Évidemment… N'empêche… n'empêche que tu me manques !

Ce vide est vraiment tout vide… Tout me manque mais l'aspect sexuel des jeux entre nous me manque particulièrement…

Je ne peux pas considérer que notre relation se limitait à cela mais je suis devenu complètement dépendant à tes chamailleries. Jamais je n'ai vécu une telle communion avec une femme…

Il a fallu que j'attende plus de 52 ans pour vivre une telle expérience… Au moins je l'ai vécue, ce qui est en soi une chance…

J'y pense sans arrêt comme je pense aussi à nos discussions. Tu as raison, je n'avais pas ce grain de folie qui m'aurait fait prendre le train pour débarquer comme ça, c'est vrai. Sincèrement, célibataire, la donne aurait été différente, mais je ne le suis pas.

Là maintenant, il me reste tes vidéos… J'avoue m'y plonger régulièrement mais tu ne me regardes plus, nous n'échangeons plus, bref, le piquant n'est plus là.

Ton regard, ton sourire, ta peau, tes seins, tes fesses, tes longues jambes et surtout ton côté espiègle et raffiné à la Betty Boop m'ont rendu accro et là je suis en manque.

Comme toute cure de désintoxication, il va me falloir du temps, pas mal de temps en vrai…

J'adorerais que tu me regardes, te regarder, échanger, te retrouver dans mes trajets pour le travail mais voilà…

Quoi qu'il en soit, que tu aies kiffé ce matin, c'est top !

J'espère que tu es heureuse. Je suis sûr que tu l'es et c'est évidemment très bien.

Je t'embrasse.

Lire cet écrit reste douloureux pour Anna, ils ne sont plus ensemble, ils insistent sur la magie déployée.

Qu’attend-il d’elle, que veut-il ?

Elle ose lui faire une proposition inattendue mais il n’a pas su relever le challenge.

Anna
Hugo,

Partage-toi entre ta femme et moi.

Je ne me permettrais jamais de te demander de la quitter… mais simplement de partager ton temps.

Tu as au moins trois ou quatre mois d'écriture dans l'année. Tu pourrais venir écrire chez moi.

Nous pourrions vivre ce que nous avons à vivre. Je serais ta dopamine, ton excitation, ta vibration.

De retour chez toi, ta femme représenterait ta sérotonine, ta sécurité, ta tranquillité.

Et peut-être retrouverais-tu une libido avec elle…

Elle se battrait pour te reconquérir…

Bref… ta vie pourrait être tellement plus…

Hugo accueille la proposition d’Anna :

— Cette fille est si stupéfiante, si libre…

Le rêve mais jamais ma femme n’accepterait ce deal ! Je ne peux pas supporter d’être abandonné par elle, je préfère sacrifier Anna même si elle me fait vibrer. La surprise, les incertitudes que véhiculent Anna, elle est si imprévisible ! Mais ma femme est fidèle, fiable, elle sera toujours là pour moi…

Je n’aurais jamais le courage de lui proposer une telle situation. Prendre ce risque ? Elle me giflerait d’avoir même eu l’espoir de…

L’espoir, il est tant que j’écrive dessus. J’ai pas mal de dossiers exploités avec ce que je viens de vivre ces derniers mois…

Oh Anna, comment te dire au revoir quand mes nuits sont prises en otage avec tes yeux, ton sourire, ton rire, tes jambes…

Tu auras été mon adorée pendant ces quelques mois fous où je gérais toute ma vie en fonction de toi… Tu ne t’en apercevais pas car tu avais besoin de plus mais combien fois, me suis-je mis en danger pour toi, pour t’entendre, pour te voir…

Hugo s’étend sur son lit, besoin d’un temps pour lui, il décide de lui écrire :

Hugo
Mon Anna,

Mon cerveau faisait que tu étais excitée par moi. Moi, c'est ton raffinement qui m'a rendu complètement dépendant.

Raffinement à tous les niveaux… y compris dans les questions que tu m'as amené à me poser. Je n'ai jamais été aussi connecté à une femme qu'avec toi.

Il n'a jamais été question que tu t'oublies dans notre relation.

En réalité, c'est surtout la brutalité de ta décision qui m'a plongé dans ce coup de blues. Je pouvais encore me projeter… au moins jusqu'à ces quatre mois qui nous rapprochaient d'une nouvelle journée ensemble.

Le fait qu'il n'y ait plus cette perspective positive change tout.

Bien sûr, nous savions tous les deux que cette histoire ne pouvait pas durer. Les kilomètres, mes déplacements, ma femme… tout cela nous séparait déjà.

Je me préparais à notre séparation… mais pas si tôt.

Tu m'as apporté bien plus que tu ne peux l'imaginer. Tu me manques, voilà tout.

Je te l'ai déjà écrit : tu as laissé un immense vide. Les voyages en train sont devenus beaucoup plus longs… les moments de solitude chez moi bien moins sexy… la notion du temps a changé… Je mets mes boxers en pensant à toi, sachant que tu ne me chamailleras plus…

En plus, j'ai attrapé un gros rhume. Je dors mal, je suis épuisé… ça joue forcément sur mon moral.

Et à chaque fois que je me réveille la nuit… je pense à toi. Mais je sais bien qu'il n'existe pas d'autre issue que celle que tu as choisie.

Tu dois te consacrer à ton épanouissement, à ton écriture, à ta vie.

Oui… tu as clairement ajouté de la vie à mes années. Apprendre à vivre sans toi va simplement me demander du temps.

Ce que j'attends de toi… drôle de question…

L'homme répondrait : te revoir. Pouvoir passer au moins une nuit avec toi… puisque nous n'en avons même pas eu la chance. Échanger encore. Que tu me regardes… te regarder… vivre quelques instants impossibles. Sans doute est-ce égoïste…

Alors finalement, sois heureuse, Anna. C'est tout ce que je souhaite pour toi.

Tu me manques…

Anna est émue de lire les mots d’Hugo :

Anna
Oh Hugo…

Que j'aime l'homme que tu es…

Mais je vais m'essayer à la vie sans toi.

J'ose te dire qu'hier soir, tu es arrivé sans que je le veuille en fantasme… Je t'ai écouté me murmurer ce que j'aime et… moi aussi, j'adore ces moments avec toi…

Je vais te laisser partir pour vivre ce que j'ai envie de vivre dans l'instant présent.

J'espère que tu te remets de cette grippe et je souhaite que ton moral soit meilleur.

Tu comptes toujours beaucoup pour moi… et je souris dès que je pense à toi.

Je te dis « à bientôt » car nous nous reverrons certainement, je l'espère… mais dans d'autres circonstances.

Malgré tout… j'ai très envie de te serrer dans mes bras à l'instant où je t'écris.

Je t'embrasse fort.
Hugo
Mon Anna…

Vis… croque la vie…

Toi aussi tu me fais… et je… Tu as réveillé de nombreuses choses en moi…

Oui… te serrer dans mes bras avec tendresse… J'aime la femme que tu es… beaucoup…

Quand je saurai que tu es à Paris, ce sera difficile… mais je m'en remettrai… pas le choix…

Le rhume va super bien… Moi, toujours du mal à dormir mais, comme le disait ma grand-mère, la mauvaise herbe ne crève pas comme ça…

Je te laisse…

Tu sais très bien que je t'aime… même si je ne te l'ai jamais dit…

De toute façon, je pense à toi avec tendresse et beaucoup de… Alors je vis de super orgasmes en pensant à… ou à… et à tes…

Sois heureuse… profite… prends soin de toi… sois…

Je t'embrasse.

Ce sont leurs derniers échanges pour se laisser à leur vie choisie.

Aïna lui dirait : « Oublie ta situation existentielle et prête attention à ta vie. Ton existence se situe dans le temps. Ta vie est maintenant. Ton existence est affaire du mental. Ta vie est réelle. »

Tous ces enseignements réveillent Anna. Elle prend conscience des moments magiques qu’ils se sont offerts. Elle a envie de reprendre sa vie avec enthousiasme. Terminé de patienter sans espoir, des projections qui ne font qu’alimenter son anxiété, ses doutes.

Elle maîtrise la magie de se sentir vivre.

Elle sait prendre vie…

La paix est ici et maintenant.

 

CHAPITRE 11 : Les synchronicités

Sommet sur la parentalité au Parc des Expositions de Toulouse.

Cela fait un an qu’Anna s’entraîne aux ateliers avec les enfants. Depuis quelques mois avec les parents dans les crèches et depuis peu, elle intervient sur des conférences à la demande de certaines associations.

Elle vient en tant que visiteur, pour prendre la mesure de ce qu’elle devra assurer sur ce type de salon. Le Forum est fabuleux entre les ateliers parents enfants, le créatif, les livres, les ressources, la musique, les conférences… elle est motivée pour créer quelque chose et y participer afin d’accompagner.

— Anna, c’est toi ?

Une voix connue l’interpelle.

— Maud, c’est incroyable. Comment vas-tu ? Et que fais-tu ici à Toulouse ?

— Je vis à Toulouse maintenant et j’adore vivre près des Pyrénées.

— C’est formidable de te retrouver ! As-tu un peu de temps pour que nous prenions un café ?

Je suis si surprise de te rencontrer !

C’est une telle stupéfaction de croiser Maud, ça fait ressurgir beaucoup de souvenirs de Mada… et inévitablement Guillaume, songe-t-elle.

— Avec plaisir Anna. Il y a une petite cafétéria à l’entrée, on peut aussi se prendre un truc à grignoter.

— Excellente idée, j’ai beaucoup de questions et de choses à te partager.

La connexion entre les deux femmes est étonnante.

Maud était l’amie suiveuse, la discrète de la bande. Celle qui avait davantage de mal à créer des liens, à se confier, mais ce qu’elles vivent à ce moment est différent… comme deux amies chères qui se retrouvent et sont capables de tout se partager. Anna lui raconte son retour en France après avoir continué son chemin initiatique. Sa rencontre avec Indu. Sa découverte de la Psychologie Positive et l’étonnement de cette discipline qui refuse l’accueil du développement personnel mais s’en inspire totalement. Elle lui explique l’engagement fort qu’elle ressent pour soutenir les enfants et les parents en situation d’éducation. Elle lui révèle sa liaison avec son professeur, comment celle-ci a commencé, et les raisons pour lesquelles elle s’est clôturée. Elle se met à nue et lui expose comment elle s’est consumée à ne pas pouvoir consommer son histoire avec Hugo. Comment préférait-il rester dans sa vie tranquille et confortable remplie de conformisme et pourtant… si peu conformiste en amour.

Le bonheur est parfois caché dans l’inconnu, disait Victor Hugo.

Il n’a pas osé. Cette aventure le tétanisait, tenter cette histoire lui faisait si peur qu’il a préféré ne pas se laisser vivre et se convaincre que sa vie est ce qu’elle doit être !

J’ai vécu une magnifique expérience avec lui… je suis passée à autre chose mais celle-ci aura contribué à ma vie d’aujourd’hui…

Elles retracent sans retenue les deux ans de parcours pendant lesquelles, elles ne se sont pas vues.

Maud ose se livrer.

Anna est si authentique, si naturelle, elle ressent une sincère amitié et toute la joie de se retrouver.

— J’adore t’écouter Anna. Tu as toujours eu des expériences palpitantes à partager. Tu sais en parler avec passion, sans jugement et prendre le positif de chacune. Tu es toujours aussi sage.

— Sage, je suis flattée de cette qualité que tu m’accordes. Malgré tous les savoirs d’Aïna, je manque quelques fois de discernement. Cela fait partie des forces que je dois travailler pour m’élever.

— Tu vois… il n’y a qu’avec toi que je peux avoir ce genre de discussion !

A l’époque, tu parlais d’ingénierie intérieure. C’était la première fois que j’entendais cette expression, rit-elle. J’adore ces échanges, ils sont toujours captivants.

Maud lui fait part de ses expériences amoureuses décevantes et depuis, le besoin et l’envie forte de devenir maman. Elle souhaite être maman solo pour ne pas subir l’humeur de son partenaire et risquer la séparation. Autant être seule de suite et profiter de ce grand bonheur d’accueillir un petit être. C’est la raison de sa venue au forum. Pour rassembler des informations, pour s’outiller, et recevoir des conseils… elle n’a pas peur du regard d’Anna. Elle sait qu’elle ne sera pas jugée. Au contraire, Anna sait encourager, elle sait rassurer des doutes et donner confiance.

— Trop de déceptions qui m’ont fait me questionner pour l’avenir. Je sais Anna, ce que tu me dirais sur les projections mais je n’ai pas ton niveau de croissance personnelle : j’ai peur et comme j’ai peur, c’est ma décision et j’en suis heureuse.

— C’est une magnifique nouvelle Maud.

Tu seras une merveilleuse maman. Tu possèdes des vraies qualités comme la patience, l’écoute, l’empathie. Je suis pressée de te découvrir dans ce rôle. Ça va te sublimer et ce petit bébé aura beaucoup de chance de grandir avec toi.

— Tu es exceptionnelle pour ça Anna. Tu es inspirante ! Tu as cette force pour motiver et donner de la force aux projets, c’est si riche de te retrouver.

Elles évoquent tous les souvenirs de Madagascar : l’ambiance, le climat, cette paix… Maud parle spontanément de Guillaume :

— Il vit à Bordeaux. Il en train de terminer une formation d’éducateur spécialisé. Il travaille avec un public handicapé, il kiffe son nouveau métier. Pour le moment, ce sont des stages mais ce n’est plus le Guillaume complétement épuisé de son ancien job. Il est passionné et enthousiaste. Il fait vraiment plaisir à voir…

— Ça me fait plaisir de t’entendre parler de lui comme ça. J’ai conscience que c’est quelqu’un de bien. J’ai adoré tous mes moments avec lui, sois-en sûr ! J’ai choisi de ne pas vous suivre pour me choisir, pas pour le fuir, bien au contraire. J’espère que tu comprends.

— Je sais Anna. Tu n’as pas besoin de te justifier avec moi, surtout pas… aujourd’hui plus que jamais, je te comprends. Je comprends le chemin que nous avons besoin de parcourir vers soi pour trouver la paix et la transmettre.

Guillaume a souffert de votre séparation. Nous l’observions avec Sophia faire bonne figure tous les jours. Il ne voulait pas en parler. Il prenait souvent du temps seul dans la nature. Je pense que ça lui a fait du bien de se retrouver avec lui-même. Depuis, il a su prendre des décisions capitales pour lui. Il a aussi rencontré des gens qui l’ont guidé et amené sur le chemin qu’il suit avec aujourd’hui.

C’est un nouveau Guillaume, plus apaisé, plus à l’écoute…

Un silence s’invite pour laisser un temps précieux de respiration aux deux amies.

— J’en suis ravie Maud et émue. C’est encore quelqu’un qui compte beaucoup pour moi. J’aimerais le revoir mais je ne sais pas s’il serait ok ?

— Tu es en train de me poser la question Anna ? dit-elle avec un clin d’œil.

Maintenant que nous nous sommes retrouvées, j’espère que nous aurons des occasions choisies de nous revoir et de partager.

Guillaume vient quelques fois en week-end à la maison. Je peux lui évoquer notre rencontre et lui demander s’il en a envie ?

— Je te remercie Maud. Je ne veux pas t’utiliser.

— Je ne le prendrai jamais de cette manière avec toi Anna.

Elles se quittent après deux heures de partage et la promesse de s’appeler très vite. Maud rentre chez elle avec tous ses flyers de maman parfaite. Elle est encore sous l’excitation de sa rencontre avec Anna :

— Cette fille sera toujours incroyable pour moi, elle ose tellement de choses. Elle tente et si cela ne fonctionne pas, c’est que quelque chose de meilleur l’attend. Si je pouvais gagner cette confiance en moi, me sentir autant en sécurité. Cela ferait longtemps que je serais enceinte et que j’aurais enfin changé d’appartement… Je n’ai pas osé lui dire que j’étais en recherche d’appart depuis six mois, depuis ma décision d’avoir un bébé. Il faut une chambre pour ce bout de chou. Mais surtout, l’état de cet appart, un cache misère. Peint et repeint pour cacher les traces d’humidité, l’odeur pendant les jours humides et les auréoles qui grandissent coté chambre quand la pluie s’éternise. Elle va sans doute le découvrir si je l’invite comme convenu. Dans quinze jours, il faut que je bouge. Je dois me mettre en mouvement comme dit Anna et là, j’ai une énorme motivation : toi, qui dois être envisagé !

Maud se lance à fond dans sa recherche d’appartement. Elle se dit qu’au pire… c’est elle qui ira manger chez Anna si elle doit être dans les cartons.

Elle reçoit l’appel de son ami.

— Salut Maud, comment vas-tu ?

— Salut Guillaume, contente que tu m’appelles. Je suis en mouvement !

— Ouh là, il y a du changement. Je le sens dans ta voix ! s’étonne-t-il.

— Oui, je suis en recherche active d’appartement pour quitter mon bouge et je suis très motivée !

— Je te sens déterminée. Tu vas forcément réussir…

— Carrément, entre mon projet que je dois lancer et Anna qui a su trouver les mots justes. J’ai déjà visité…

Elle n’a pas le temps de terminer sa phrase.

Guillaume rebondit immédiatement !

— Oh oh, minute ma belle ! Qu’est-ce qu’Anna vient faire dans cette histoire de déménagement ?

Maud lui relate sa rencontre avec Anna à la salle des expositions de Toulouse. Son nouvel engagement, son énergie, toujours le sens qu’elle ajoute dans tout ce qu’elle entreprend…

Guillaume reste ahuri. Il écoute, son cœur bondit… il n’aurait pas cru ressentir encore tous ces sentiments pour Anna.

— Nous avons promis de nous revoir. Nous habitons toutes les deux Toulouse et avons beaucoup à partager. J’espère que cela ne t’ennuie pas ?

— Ça ne me regarde pas Maud. Tu choisis tes amies. Anna est une chouette personne et nous avons partagé des très bons moments à Mada.

C’est sincère.

Maud sent que ce n’est pas le moment de proposer à Guillaume une rencontre avec Anna. Peut-être plus tard quand il se sentira prêt. Il a beaucoup souffert de cette rupture.

La nuit qui succède cette conversation avec Maud préoccupe Guillaume.

Il repense à Anna : aux échanges, à leurs balades, à leurs discussions sans fin. également aux silences paisibles, à tout l’amour de ces mois, aux rêves, aux projections, à la souffrance…

Guillaume a toujours eu peur de l’ennuyer.

Il craignait : 

— Je ne suis pas certain d’être à la hauteur de ses espérances. Je la trouve si lumineuse. 

Il essayait de comprendre sa vision, sa philosophie. Captivé par ses idées, ébahi par ses remarques et souvent interloqué par ses croyances. Toujours ce sentiment de se nourrir de son être sans lui apporter une compensation digne d’elle mais elle ne demandait rien :

— C’est moi qui avais peur de la perdre sans savoir comment la retenir… et aujourd’hui, avec ce qu’elle a engagé. Elle avance toujours trop vite ou très vite pour moi. Je ne suis définitivement pas prêt pour la revoir.

Je veux aussi me ressentir plus accompli. Plus entier comme elle aimait à le dire à Mada et je dois cette fois poursuivre mon propre chemin.

Depuis quelques mois, Maud et Anna se voit. Anna a aidé Maud à emménager. Sophia est venue les rejoindre pour donner un franc coup de main à l’installation de la chambre d’enfant. Elles connaissent l’importance de ce moment pour Maud. C’était le déclencheur à son insémination, pour qu’elle se lance.

C’est donc dans cette heureuse ambiance que Sophia retrouve également Anna et les souvenirs de Madagascar fusent dans tous les sens.

— Quel bonheur de vous retrouver toutes les deux à Toulouse alors que nous nous sommes rencontrées à l’autre bout du monde. Ce n’est pas un signe ça !

La pétillante Sophia est de retour avec ses rires, ses blagues, son énergie pour aider à orchestrer un nid d’amour pour le futur de Maud.

Elle est heureuse de renouer Anna et de retrouver leurs échanges si généreux. Quelqu’un avec qui elle n’a pas peur des mots. Oser se livrer avec authenticité sur ses ressentis… elles ont toujours partagé cette façon de fonctionner.

Depuis peu, elle vit un grand bonheur auprès d’un homme beaucoup plus âgé et beaucoup plus sage qu’elle, ajoute-t-elle en riant :

— J’ai rencontré Jean-Marc à Lyon lors d’une exposition de nus. Des artistes sculptaient des modèles d’hommes et de femmes qui posaient pour l’instant. C’était si extravagant ! J’ai adoré l’ambiance.

L’orchestration de l’expo était si exceptionnelle, que je suis allée les féliciter l’accueil pour leur dire que c’était sensationnel. La personne que je remercie à l’accueil, m’indique : 

— Vous pouvez le partager avec Jean-Marc. C’est l’organisateur de l’expo et c’est son idée !

Alors, je suis allée le féliciter et nous avons tout de suite accroché. Nous sommes restés une belle heure à partager. Je ne comprenais pas trop ce qui se passait… je n’arrivais pas à le quitter.

L’alchimie comme tu expliquerais Anna. Il m’évoque une nouvelle exposition dans un autre lieux deux jours plus tard où il sera visiteur et m’invite à l’accompagner.

Spontanément je lui réponds :

— Avec plaisir.

Et ça commence comme ça.

Avec une visite culturelle !

— C’est ça, dans l’objectif de te cultiver, évidemment ! plaisante Anna

— Évidemment. Au début, je me dis à moi-même :

— Même pas en rêve, il se passe quelque chose !

Mais voilà, je craque comme devant cette bonne glace à la vanille. Il a le double de mon âge. Il est passionnant, il est cultivé, instruit… je bois ses paroles et j’adore partager mes soirées avec lui.

Pour lui, je pétille. Je lui apporte cette fraîcheur, il rit à toutes mes blagues… pourvu que je maintienne cette ambiance !

Pour être complètement honnête avec vous. Quelques fois j’ai peur qu’il se lasse de moi, que nos échanges ne soient pas aussi riches qu’ils les aimeraient, qu’il s’ennuie. Ça me briserait le cœur car je vibre vraiment pour la première fois malgré toutes nos différences…

— Comment as-tu fait Anna pour te remettre de cette histoire avec ton prof ? l’interroge Sophia.

— J’ai appris grâce à Aïna à n’offrir aucune résistance à ce qui est. A laisser le moment présent être tel qu’il est. Et à accepter la nature impermanente de toutes choses et de toutes circonstances.

Ce n’est pas un exercice facile mais cela m’a permis de ressentir la paix.

Depuis la vie coule tranquillement comme j’aime l’aimer…

 

CHAPITRE 12 : Comme une évidence

Maud fait le lien depuis quelques semaines…

Anna et Guillaume ont cette forte envie de se revoir…

Enfin, Guillaume envoie un sms à Anna pour la rencontrer si elle en a également envie.

Elle est folle de joie. Elle s’étonne de sa joie, de l’énergie et de la vitalité qui la remplie à l’idée de le revoir.

C’est une nuit sans sommeil qui précède leur rencontre. Beaucoup de souvenirs, tant d’émotions, tous ces instants si vivants…

Comment vont-ils se retrouver ?

Vont-ils se retrouver ?

Que se passera-t-il dans leur cœur ?

Toutes ces questions qui fatiguent… mais persistent jusqu’au retrouvailles.

Guillaume adore son nouveau métier.

Mada l’a réveillé sur le sens de la vie et l’engagement qu’il souhaite apporter tous les jours pour jouir d’un bonheur constant. Ne pas attendre cinq semaines par an pour se reposer ou profiter quand il se sentira épuisé.

— Je suis allé voir Aïna avant de partir de Mada.

J’avais besoin d’un bouc émissaire, de l’accuser de t’avoir influencée à me quitter…

J’étais en colère et complétement endormi.

Il m’a apaisé…

Avec douceur, il m’a proposé de m’asseoir. Au début j’ai résisté, besoin de rester en colère pour me protéger. Il a su m’approcher pour que je baisse les armes et nous avons discuté.

Etonnamment, nous n’avons pas parlé de toi alors que j’étais venu pour ça. Nous avons parlé de moi. Il m’a apaisé pour que je prenne la route de mon côté. J’ai compris certaines choses ce jour-là. Pas tout car je n’étais pas équipé pour, comme tu dirais… mais ça résonnait en moi.

Guillaume se passionne de cette science énergétique. Cette théorie physique adossée à la philosophie selon laquelle toute réalité est énergie. Il collabore en parallèle avec un énergéticien qui lui apporte des outils dans sa pratique professionnelle, ce qui représente sa signature dans ce métier.

— Ces pratiques m’ont aidé à me purifier de la jalousie, de la colère. J’ai ressenti mon énergie s’élever et j’ai fait l’expérience de la vie de façon incroyable Anna.

Je ressens la joie grâce à ce voyage intérieur. Je comprends maintenant ce que tu vivais auprès d’Aïna. L’expérience de la plénitude et de la connexion.

— Je suis si heureuse de t’entendre parler de cette manière Guillaume.

— Même moi, je me surprends… je t’avoue que des larmes de joie ont coulé quand j’ai ressenti cette paix, comme un enfant de trois ans.

C’était si inattendu. J’ai réalisé que cet état est notre vraie nature. Faut-il se donner la peine de l’explorer et d’entreprendre le chemin…

Je devais m’améliorer moi-même, pas uniquement dans ma mission. Aujourd’hui mon métier est une conséquence de qui je suis. Je me sens aligné, ma vie devait changer pour que le processus de la vie soit plus important que les objectifs de vie.

Je me suis dévoué au processus et tout est arrivé naturellement.

J’ai commencé à prendre soin de moi comme tu me le répétais tant à Mada… quelque chose a commencé à changer. Je me sentais plus léger. Plus énergisé et mon esprit est devenu plus clair. Mon apparence s’est améliorée naturellement car mon bien-être se reflétait également à l’extérieur.

Notre lien m’a beaucoup blessé mais il m’a aussi infiniment enseigné Anna. J’ai mis du temps à m’en remettre, et maintenir mon état de colère contre toi facilitait l’objectif de t’oublier. Je voulais vraiment t’oublier.

À l’époque, je ne me sentais pas considéré dans ta décision alors que c’est moi, qui ne te considérais pas !

Mais ça, je l’ai compris beaucoup plus tard. Il fallait que je grandisse… que je regarde en moi, que j’assume qui je suis avec mes vulnérabilités. Ce manque de confiance, cette mésestime de moi… pas facile d’affronter ces parts d’ombre ! ajoute-il avec un clin d’œil.

— Je comprends toutes les étapes de ta transformation. Je me reconnais dans ce que tu as traversé.

— C’est aussi et beaucoup grâce à toi, avec nos échanges. Tu me le disais souvent qu’en prenant soin de moi, j’attirerai des expériences, des personnes positives et c’est la réalité. J’ai fait la rencontre de personnes qui ont élevé mon énergie. J’ai compris que chaque geste, chaque pensée bienveillante envers moi-même devenait une semence de changement dans ma vie.

J’ai enfin réalisé que tout commence par soi, et j’attendais trop de toi ! Je voulais que tu sois ma lumière étant incapable de trouver la mienne et ne sachant même pas, par où commercer…

— Merci Guillaume de me dire tout ça. Ce n’est jamais simple de se dévoiler et d’oser les mots.

Avant de vouloir changer le monde ou les autres. Il faut commencer par se nourrir soi, son corps, son esprit, son cœur pour vivre une vraie transformation. Tout ce que tu acceptes totalement te conduit à la paix. C’est le miracle du lâcher-prise. Une sorte de déclaration de confiance. On accepte que les choses sont comme elles sont et comme elles devraient être.

L’illumination que l’on peut chercher toute sa vie est juste à côté de nous car chaque moment de vie peut-être le meilleur…

J’ai clairement vu mon état d’esprit évoluer. Une motivation intrinsèque de me sentir bien. Madame la praticienne de psychologie positive ! s’amuse-t-il.

La psycho po en parle mais est encore peu familière de ce concept largement exploité en développement personnel : le mindset.

Les chercheurs vont encore piocher toutes les idées pour les scientifiser. Ça permettra peut-être de légitimer le concept grâce aux preuves des neurosciences pour sortir des croyances populaires.

Guillaume, j’adore tout ce que tu me racontes. Le chemin qui tu as décidé de suivre. L’énergie que tu déploies pour ton bien-être… tu as l’air si aligné avec toi aujourd’hui.

Je suis impressionnée de t’entendre.

Anna, j’ai pris conscience que les véritables relations deviennent possibles quand tu existes à partir de l’être. En échangeant avec toi aujourd’hui, je te ressens plus que je ne te vois.

Pour mon métier. Avec le public que j’ai choisi, la compassion est omniprésente. J’ai pris conscience du lien profond qui m’unit à tous les êtres humains mais également à toutes les créatures. Ce qui crée l’équité de tout et l’humilité…

On m’a enseigné la méditation : « Mourir avant de mourir »

Tu oublies ta forme matérielle. Tu oublies toutes les formes-pensées. Pourtant, tu es encore là en divine présence et totalement éveillé. Ce qui a toujours été réel reste et seuls les noms, les formes et illusions meurent.

— J’adore ce moment avec toi…

Tu me surprends et tu m’apportes une lecture encore différente mais complémentaire de tout ce que je cultive. Je kiffe les ajouts comme la compassion dans ton domaine d’activité. Tu es suffisamment éclairé mais surtout sensible pour nourrir cette vertu.

En psycho po, la compassion est plus forte que l’empathie. Elle à cette capacité à reconnaître la souffrance chez soi ou chez les autres. Ressentir ce que l’autre vit et d’avoir l’élan de l’aider ou le soulager. C’est un lien avec toi-même et avec les autres et ça permet d’éviter de rester bloqué dans la critique.

Il est démontré que cela réduit le stress. Ça fait taire les ruminations. Ça renforce le système immunitaire, favorise les relations de confiance et la motivation. Tu t’apportes une ressource intérieure qui apaise, crée du lien et stimule ta croissance personnelle.

Tu es absolument génial, Guillaume !

Je suis fière de toi.

— Merci coach !

A l’époque, je devais faire un effort pour tout comprendre. Maintenant j’ai intérêt d’être présent sinon je vais être largué ! plaisante-t-il.

— Je crois que tu es plutôt bien équipé…

Aïna avait une vision légèrement différente de la compassion. Il m’expliquait que la joie et la tristesse fusionnent et se métamorphosent en une profonde paix, un des plus nobles sentiments dont les humains sont capables. Il a de grands pouvoir de guérison et de transformations.

Éprouver une profonde empathie face à la souffrance d’un autre être nécessite un degré élevé de conscience mais la compassion va encore au-delà…

Le silence partage cet instant altruiste.

— Depuis que j’habite véritablement mon corps, livre Guillaume. Et peut-être grâce aux paroles d’Aïna. J’ai fait l’expérience de l’observateur observé. La personne qui procède à l’expérience, la conscience qui observe.

J’ai compris que le monde que l’on crée et que l’on perçoit par le biais de l’ego peut sembler un lieu très imparfait, même un torrent de larmes et de souffrances… alors qu’il existe un nombre infini d’interprétations totalement différentes. Cela dépend du niveau de conscience perçue. Chacun crée son monde en fonction de sa croissance personnelle. Nous avons pour beaucoup une fréquence différente mais nous nous reconnaissons pour certains. Comme toi et moi, ici et maintenant !

— Le monde est un reflet du monde l’ego et il existe plein de mondes différents. Il faut juste se libérer de l’illusion de l’égo ! Pas facile car il faut s’élever. C’est une libération intérieure qu’il faut orchestrer de manière volontaire. Un besoin de se révéler et décider de cesser d’écouter cette petite voix constante dans sa tête qui ne nous conduit pas souvent à des pensées bienveillantes.

Cette manière de voir le monde renforce ta capacité à la compassion. Pour Aïna qui est guérisseur, il me confiait : si tu es spirituellement éveillée. La compassion devient une forme de guérison dans le sens le plus large. Ton influence guérissante s’exerce surtout sur l’être, non sur le faire. Chacune des personnes avec qui tu entreras en contact sera touchée par ta présence et la paix qui émane de toi, que tu en aies conscience ou pas.

D’un point de vue chamanique : Aïna te dirait que les arbres, les fleurs, les animaux seront aussi sensibles à ta paix, la nature se connecte à toi. Ce que tu es, est toujours un enseignement plus puissant que ce que tu dis.

— J’ai maintenant conscience que tous les maux sur terre sont les effets de l’inconscience. Je ne peux pas me battre contre l’inconscience. Je peux juste comme toi, élever le niveau de conscience en partageant des sagesses…

— Tu as raison Guillaume. La paix est le plus précieux cadeau à offrir au monde… cette conversation est extraordinaire.

J’ai l’impression d’être de nouveau dans l’océan Indien et de me nourrir, pour m’élever.

C’est fantastique de te retrouver avec tout le chemin que tu as parcouru Guillaume. Tu ne réalises pas ce que je vis en ce moment même avec toi…

J’adorerais rester plus longtemps mais j’ai fait une promesse à Maud.

Je dois la rejoindre à sa sortie de l’hôpital. Je l’invite pour célébrer son futur gros ventre. rit-elle

— C’est fantastique pour Maud. Je suis vraiment heureux pour elle. Ça lui va si bien d’être maman, elle va assurer. Nous allons aussi fêter ça tous ensemble.

J’espère sincèrement qu’on se verra rapidement Anna. J’ai adoré ce partage avec toi et tu vois, j’ai grandi depuis. Tu peux aborder tous les sujets avec moi sans que je monte sur mes grands chevaux ! Ajoute-t-il avec un clin d’œil.

— Avec joie Guillaume. J’ai passé un merveilleux moment.

Il la raccompagne jusqu’à la voiture et la prend dans ses bras pour lui dire au revoir. Il lui glisse dans l’oreille :

— reviens vite…

Juste l’échange d’un regard. Celui-ci rempli de sens quand elle monte dans la voiture. Ils ont déjà beaucoup de mal à se séparer.

Elle reste sur son nuage pendant le temps du trajet. Un sourire dessiné sur ses lèvres.

Cet homme est vraiment étonnant. La même douceur, mais si évolué depuis leur séparation. Elle ressent tellement de sentiments pour lui… c’était si difficile de le quitter.

Sa douce présence, son regard, son écoute et tout ce qu’elle connait de lui. Lui donne envie de le découvrir de nouveau, de vivre de nouvelles expériences avec lui, d’évoluer à ses côtés…

— Ça me rend dingue !

Quelques heures avec Guillaume et j’ai envie de le goûter, de le respirer à nouveau. Son nouveau lui est si captivant, si sage…

J’en reste sidérée et admirative de son chemin.

J’aime cet homme !

J’ai l’impression de l’avoir toujours aimé même quand nous nous sommes perdus.

C’était utile, une route que nous devions chacun emprunter pour mieux nous retrouver. Mieux nous écouter. Mieux nous comprendre… peut-être une seconde chance…

Juste à temps, elle arrive à la brasserie près de l’hôpital. Maud est déjà installée.

Anna lui trouve l’air maussade.

— Coucou Bella, heureuse de te voir. J’ai un moment précieux à te partager.

— Bonjour Anna, contente de te voir aussi. Raconte-moi… ça me changera les idées.

— Pourquoi, que se passe-t-il ?

— Rien, un coup de blues. C’est juste trop long… parle-moi de toi. J’ai besoin de me distraire.

Anna lui raconte son fantastique tête à tête avec Guillaume. L’homme incroyable qu’elle vient de découvrir. Le réveil qu’il a entrepris et la sagesse de son discours. Quand elle songe à ce mot « découvrir », elle le trouve très juste comme si un voile couvrait l’homme qui se révélait pour être.

— En effet, il a énormément grandi. Même pendant le voyage, il se réservait des moments d’introspection seul pour réfléchir. Il parlait peu et ça lui allait bien.

Depuis ses nouvelles rencontres dans son métier. Il s’est réellement engagé dans cette voie. Il s’accomplit pleinement, il devient rassurant, guidant. Ça lui va bien, avec cette sagesse qu’il avait déjà mais ne cultivait pas forcément.

Aujourd’hui, il se réalise… C’est toi en mec !

Si vous vous remettez ensemble et que vous faîtes un bébé. Ce sera le nouveau Lao Tseu !

— Justement en parlant de bébé. Nous, nous n’en sommes pas encore là mais toi, comment s’est déroulé ton rendez-vous ?

— Ça me fatigue Anna. J’ai l’impression que c’est trop long, que ça ne fonctionne pas. Je cumule les rendez-vous, les traitements…

J’essaie de garder la foi mais ce n’est pas évident. Heureusement que tu m’as rejoint aujourd’hui sinon, je serai rentrée pour pleurer chez moi.

— Essaie de lâcher prise. Ne te concentre pas sur le résultat mais sur le processus, le chemin. suggère Anna en l’écoutant attentivement.

— Comment ça lâcher prise. C’est trop important pour moi. Mes dernières semaines avec le déménagement, la chambre du bébé. Tout est concentré sur ça !

Le pire, je sais que tu as raison mais mon cerveau ne veut rien lâcher !

— Le lâcher-prise c’est la simple mais profonde sagesse qui nous porte à laisser couler le courant de la vie plutôt que d’y résister. Le seul moment où on peut le sentir, c’est le moment présent. Accepter le présent inconditionnellement et sans réserve. Renoncer à la résistance intérieure qui s’oppose à ce qui est.

— J’essaie de danser avec le vent comme tu me l’as décrit la dernière fois. De ne pas résister pour forcer les choses mais c’est tellement difficile de se séparer de l’égo. Je me laisse embarquer dans mes propres jeux psychologiques : Si ma grossesse ne prend pas, que vais-je faire de cette chambre d’enfant. Je la transformerai en chambre de colocataire ?

Ou puis-je adopter mais comme je suis seule. C’est forcément plus compliqué. Tout y passe, du coup, ça me fait monter en stress. Je deviens anxieuse et je sais, tu vas me dire que mon hormone du stress prend toute la place de mes hormones vitales à la conception de mon bébé. Heureusement, je suis devenue maître en cohérence cardiaque. Merci de cette astuce car ça me fait redescendre avant de lutter de nouveau contre moi.

Après son monologue d’inquiétudes. Maud prend le temps de respirer.

— Et si je te disais que cette voix incessante dans ta tête. Qui s’obstine à te critiquer. A te juger ou même à te réconforter, n’est pas vraiment toi !

Cela semble étonnant. Mais en réalité, ce n’est qu’un écho de force que tu n’as jamais complètement compris jusqu’à aujourd’hui.

— Je sais Anna, tu me l’as déjà expliqué mais j’ai du mal à rester maître de moi…

— Imagine la scène suivante. Tu restes assise en silence. Tu essais peut-être de te détendre ou même de dormir, mais ton esprit ne coopère pas. Il te bombarde de pensées sur le passé, l’avenir. Ce qui s’est bien passé, ce qui n’a pas fonctionné et avant de t’en rendre compte. Tu es coincée dans une conversation sans fin avec toi-même !

Rappelle-toi que l’esprit humain est comme une scène où agissent plusieurs personnages. Tu peux être tellement distraite par les dialogues sur scène, par ton propre dialogue intérieur… que tu en oublies que derrière les rideaux, il y a quelque chose de bien plus profond : « le vrai moi ».

Pour Aïna la plus grande illusion que nous portons. C’est de croire que cette conversation mentale constante est notre essence. Alors qu’en réalité, elle n’est que le reflet de force interne souvent inconsciente. L’ego est un outil important bien sûr, mais il est aussi limité. Il est influencé par des expériences, des traumatismes et des croyances que nous ne reconnaissons même pas.

Réfléchis un instant.

Voici le concept du ‘moi ‘et c’est là que réside notre véritable essence.

Une intégration complète de tous les éléments qui nous composent.

Voici la difficulté : tant que nous serons piégés dans l’illusion de notre ego et de tout ce qui nous compose. Nous ne pourrons jamais accéder à cette vérité plus profonde.

— Avant-hier, j’écoutais un reportage sur l’ego.

Le psy identifiait l’égo à un capitaine qui croit commander un gigantesque navire. Mais qui ignore complètement l’existence des courants, des fonds-marin, des tempêtes et même de l’océan lui-même.

Ses forces invisibles représentent notre inconscient.

Il donnait un exemple intéressant. Si tu agis d’une manière qui ne correspond pas à ce que tu penses, tu peux vivre une explosion de colère inattendue, une peur irrationnelle ou même un désir que tu ne parviens pas à expliquer.

Ces moments illustrent le conflit entre l’ego qui tente de garder le contrôle et le moi qui tente de remonter à la surface. À quoi nous devons réellement faire face.

— Quand tu évoques ces pensées incessantes qui te bousculent en continue Maud. Aïna disait que nous ne contrôlons pas complètement notre esprit… il m’expliquait que la pensée, n’est pas réellement la nôtre. Nos opinions, nos jugements et nos peurs viennent souvent de l’extérieur. De nos parents, de nos enseignants, de nos amis et de la société. Au fil du temps, ces extérieurs deviennent tellement intériorisés que nous commençons à croire qu’ils sont les nôtres.

— Mais si ces voix ne sont pas les nôtres. Comment tu sais ce qu’elles sont réellement ?

— Aïna pense que pour trouver le vrai. Il est nécessaire de défier la tyrannie de ce bavardage mental. La première étape est à observer au lieu de réagir. Lorsque tu remarques une pensée surgir, au lieu de t’y identifier, demande-toi :

Est-ce que je pense comme ça ?

Est-ce que cela reflète qui je suis ?

Ou est-ce juste un écho de mon passé ?

Tu deviens le témoin de ce qui se passe en toi. Ça peut paraître simpliste, dis de cette manière mais c’est incroyablement puissant. Cela te permet de créer un espace entre qui tu es et les pensées qui te viennent à l’esprit. Tu commences à réaliser que tu n’es pas la voix qui parle !

— Se sont les mêmes conversations que nous avions à Mada. Je n’ai pas eu la chance de rencontrer Aïna, je retrouve les échanges que tu me faisais partager de vos précieuses rencontres. Merci Anna. Tu ne réalises pas à quel point cela me fait du bien. J’en avais tellement besoin…

— C’est avec plaisir Maud. J’ai adoré tous les échanges de Mada et également ceux que nous vivons maintenant.

J’ai eu besoin de faire ce chemin. Je suis heureuse de m’être écoutée à l’époque, même si j’ai souffert de la séparation avec Guillaume.

Percer les mystères de l’inconscient était quelque chose de capital pour moi. Tu ne peux pas imaginer comment cela m’a aidé et m’aide aujourd’hui à aimer et à traverser la vie. Tu peux commencer à transformer ton dialogue interne, cela peut changer à jamais la façon dont te tu perçois.

As-tu déjà eu le sentiment de répéter des schémas dans ta vie même lorsque tu essaies de changer ? Tu peux quelques fois te sentir piéger dans des cycles d’échecs, d’insécurité ou de peur sans comprendre d’où ils viennent…

Étonnamment, la réponse peut être l’endroit le plus mystérieux et le plus inexploré de l’esprit humain, ton inconscient !

C’est là que se trouvent les clés pour se libérer des chaînes invisibles qui nous lient.

Pour Aïna, l’inconscient n’est pas seulement un dépôt de souvenirs. Ou de traumatismes refoulés comme des modèles qui influencent la façon dont nous vivons en pilotage automatique. Le plus fascinant, c’est que ces forces agissent dans l’ombre…

Combien de décisions as-tu prises aujourd’hui sans même savoir pourquoi tu les as prises ?

Combien de fois as-tu fait instinctivement quelque chose sans savoir d’où venait cette réaction ?

C’est exactement ça l’inconscient. Il entre en action guidant nos choix, sans que nous nous en rendions compte.

— Je saisis Anna. La perception reste difficile.

— Je comprends, avec cet exemple, ce sera peut-être plus parlant.

Imagine une personne qui cherche toujours l’approbation des autres. Elle fait trop d’efforts au travail, accepte tout ce que ses amis lui demandent et ressent un constant besoin de plaire. En apparence, on pourrait croire qu’elle fait cela parce qu’elle est gentille, dévouée. En approfondissant, tu découvres peut-être un complexe enraciné dans l’inconscient. Peut-être que dans son enfance, cette personne a grandi dans un environnement où l’amour était conditionné. Elle n’était félicitée que lorsqu’elle se comportait bien aux attentes de ses parents. Ce schéma a été enregistré dans l’inconscient comme une vérité.

— On dirait que nous parlons de moi, mais avant que la nouvelle Maud ne s’affirme !

Ma décision de faire un bébé toute seule. Ce besoin plus puissant et plus profond que de plaire mais j’ai longuement entretenu : je ne serai aimée que si je plais aux autres.

Je ne me sentais jamais complètement heureuse ou satisfaite.

— Combien d’entre nous vivent des histoires dont ils ne savent même pas qu’elles sont portées par des symboles. C’est le langage de l’inconscient.

Quelques fois, cela peut apparaitre en rêves, dans les pensées fugaces et même dans les évènements qui semblent fortuits et se crée à ce moment des coïncidences significatives… c’est étonnant non ?

Tu te découvres au moment où tu es en train de prévoir la chambre pour ton bébé que la cousine de ta voisine cherche à donner sa chambre de nourrisson pour en acheter une nouvelle plus adaptée. Ou encore tu hésites sur la formule de la maman solo et tu découvres tout un article qui encourage les mamans seules.

C’est la synchronicité des évènements. Ils n’ont pas de lien évident mais une profonde connexion. Ce n’est pas le fruit du hasard, ce sont des manifestations de l’inconscient qui essaient de communiquer avec les pensées, qu’il s’agit de direct ou provenant de l’inconscient.

— Je comprends que tu avais besoin de t’initier avec Aïna sur ce sujet. Cela peut paraître si complexe, si laborieux… déjà qu’on ne se connait pas toujours très bien alors si en plus, nous devons explorer les endroits cachés de notre cerveau. C’est le travail de toute une vie…

— Tu as raison, s’amuse Anna.

C’est le travail de tout une vie de s’explorer. L’excitation de se découvrir, de comprendre le fonctionnement humain avec ses secrets. D’où ma curiosité sur le sujet en permanence et toujours pour sonder… comme nos parts d’ombre. Cela me passionne…

Chaque blessure porte une leçon à accueillir.

— Je commence à mieux comprendre l’ombre depuis nos échanges. Depuis que je prends ma totale responsabilité de mes choix sans chercher d’excuses.

— C’est si vrai, c’est la première chose à assumer. Prendre les responsabilités de ses conditions de vie. C’est toi qui veux un enfant seule et si tu rencontres des difficultés par suite, tu les assumeras car tu auras conscience de ta grande responsabilité. Tu assumeras le choix de garde de ton enfant, de l’école… toujours pour accompagner du mieux que tu le pourras.

L’inconscient profite de l’occasion des rêves pour envoyer des symboles qui reflètent nos peurs, nos désirs internes…

Interpréter ces symboles demande du courage car ils pointent souvent vers des vérités que tu préfères éviter…

Le processus de reconnaissance de soi nécessite d’affronter l’ombre. Les aspects de nous-mêmes que nous réprimons comme l’insécurité, la colère, l’envie, des désirs que nous jugeons inacceptables. L’ombre se forme tout au long de la vie, à mesure que nous apprenons ce qui est bien selon la société, nos parents et notre environnement. Et plus l’ombre est réprimée, plus elle gagne en pouvoir sur nous !

Cela se manifeste dans nos comportements, nos choix et même dans les personnes que nous attirons dans nos vies.

— Un vrai dilemme, de faire face, d’arrêter de tricher. Je comprends tellement ce que tu essaies de m’expliquer. Avant de prendre la décision de faire un enfant seule, je me trouvais tout un tas d’excuses : pas le logement adapté, la difficulté d’être seule alors qu’il existe beaucoup de dispositif de garde. La peur de ne pas faire les bons choix mais pour cela il faut vivre l’expérience et j’ai des gens expérimentés autour de moi. La peur de décevoir de vouloir un bébé seule, penser au déséquilibre psychologique pour lui si pas de papa…

Bref, je peux encore t’en lister, j’en ai plein…

Anna rit que Maud se moque d’elle de cette manière, mais elle a parfaitement compris. Au lieu de fuir son ombre, elle doit y faire face, la reconnaître et l’intégrer. Cela signifie accepter qu’elle soit un être complexe avec la lumière et l’obscurité !

Ce n’est qu’en embrassant cette partie d’elle-même qu’elle pourra devenir un tout.

En affrontant l’inconscient. Nous commençons non seulement à nous libérer des schémas autodestructeurs, mais nous découvrons également quelque chose d’incroyable : l’individualité, le chemin pour devenir qui nous sommes vraiment au-delà des masques que nous portons au quotidien.

— Aïna devait-être captivant car tu es si captivante Anna, s’extasie Maud.

— Tu es trop gentille. Je suis passionnée par cette énigme humaine :

L’inconscient, ce territoire inconnu ressent des secrets qui peuvent complètement transformer notre perception de nous-même. Nous sommes complexes et si nous ne faisons pas le chemin, nous ne pourrons nous trouver. Si nous commençons à écouter davantage les murmures de notre inconscient, peut-être que nous découvrirons que nous n’avons pas besoin d’être à la hauteur des attentes des autres, que nous réaliserons que les peurs de nos parents ne sont pas les nôtres.

Tu peux trouver la paix même sans leur accord.

Tu es une personne courageuse Maud. Tu n’es pas forcément équipée pour mais tu t’affrontes. Tu mets en lumière les éléments qui te stressent et quand tu décides d’allumer. Tu deviens vaillante, tu deviens la créatrice de ta réalité.

Tu as le courage d’abandonner les histoires qui t’ont définies jusqu’à présent. Le courage de remettre en question qui tu penses être et surtout le courage d’embrasser l’inconnu, prête à franchir la prochaine étape.

Libère-toi du bruit mental incessant de la pensée qui t’empêche d’accéder à ce monde de tranquillité intérieure. Ce dernier est inséparable de l’être.

Le dialogue avec l’inconscient ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un processus continue, qui incommode, mais toujours enrichissant. En étant le témoin de tes pensées. En remarquant les synchronicités et en réalisant que tu n’es pas victime des circonstances. Tu rencontres le vrai toi !

J’ai étudié en Psycho po la vulnérabilité et les études neuroscientifiques montrent que lorsque nous sommes vulnérables et authentiques. Notre cerveau, libère de l’ocytocine, l’hormone de la confiance et de l’attachement. En d’autres termes, qui nous sommes vraiment nous libère ! Non seulement intérieurement, mais améliore la qualité de nos relations et nous rend plus résiliant.

— Merci Anna de me dire tout ça. J’en avais besoin et je sais où je veux aller et pour qu’elles raisons. Merci de m’accompagner dans cette quête de moi et de me guider. Tu es une précieuse amie et je pense que tu n’es pas sur mon chemin par hasard… le doux mystère de la synchronicité certainement. Alors merci au grand tout de notre rencontre.

— Maud mon amie, dis toujours « oui » au moment présent. Livre-toi à ce qui est. Dis « oui » à la Vie, et vois comment la Vie se met soudain à travailler pour toi et non contre toi.

Emues de cette déclaration. Elles s’embrassent, le besoin de se réconforter. Anna raccompagne Maud à sa voiture. Elles doivent se retrouver la semaine prochaine.

L’énigmatique synchronicité : ce sont des signes que ton inconscient interagit avec le monde extérieur. Utilise-les comme guide pour des décisions importantes.

 

CHAPITRE 13 : Simplicité

Anna est en joie de recevoir l’appel de Guillaume :

— Bonjour Anna, es-tu disponible jeudi ?

Ce sera ma journée de repos et j’aimerais la passer avec toi si tu en as également envie ?

— J’en serai très heureuse, je suis disponible. Comment veux-tu que nous fonctionnions ?

— Je serai déjà sur Toulouse, je passe la nuit chez Maud. J’avais des petits cadeaux pour la chambre du bébé que je voulais les lui descendre.

— C’est parfait. On peut se retrouver à la terrasse que Maud adore pour prendre un café et on avise de la journée. Qu’en penses-tu ?

— Ça me va. À jeudi, je t’embrasse.

Cette conversation parait amicale mais elle porte beaucoup plus de sens. Anna sait qu’elle est en train de vivre une nouvelle histoire d’amour avec Guillaume.

Ils sont tous les deux en train de construire.

Ils s’offrent des moments privilégiés pour un espace à deux. De l’intimité pour se donner le temps des plaisirs de se redécouvrir. Ça la rend heureuse, elle a envie qu’il entre dans sa vie, de partager à nouveau des moments précieux. Ils ont toujours su créer leur univers et depuis qu’ils ont parcouru chacun leur chemin, ils sauront le faire avec sérénité.

Elle est déjà assise à la terrasse avec un livre quand il arrive. Elle se lève pour l’accueillir. Il la prend dans ses bras pour lui dire bonjour.

Ce contact est toujours exceptionnel, comme si les corps se retrouvaient, se connectaient suite à une séparation trop longue…

— Je suis très heureux que tu aies accepté de passer ta journée avec moi Anna. Pour tout t’avouer, j’ai peu dormi cette nuit. Je suis pourtant plus familiarisé aux conséquences de l’encombrement mental, mais pas toujours simple de l’esquiver…

— J’ai peu dormi également. Excitée de te retrouver aujourd’hui. Beaucoup de souvenirs de Mada se bousculent forcément, nous avons vécu des très bons moments…

J’ai beaucoup pensé à toi, à nos fous rire, à nos balades méditatives, à nos baignades nocturnes avec tes peurs inconsidérées des requins !

— J’ai toujours peur des requins même dans l’atlantique. Je ne m’aventure pas où je n’ai pas pieds !

À Mada, c’était la première fois que je me baignais nu. Je l’ai seulement fait pour t’impressionner et surtout parce que tu ne portais pas de maillot de bain cette nuit-là. sourit-il.

— Il te fallait bien une motivation pour oser entrer dans l’eau en pleine nuit !

Ils rient de bon cœur. C’est un véritable plaisir de se retrouver. Ils retrouvent la complicité qu’ils avaient créé à Madagascar.

Ils ressentent de nouveau les vibrations, la connexion s’installer. Mais également un nouvel équilibre avec la croissance de chacun, gagnée ces dernières années…

— Anna, as-tu déjà eu l’impression que la vie essaie de te dire quelque chose sans savoir exactement quoi ?

Comme s’il y avait une force invisible tentant de te guider mais tu ne parviens pas à déchiffrer les signes ?

— Tellement Guillaume, ça te fait même peur au début car on ne comprend pas ce qui se passe. On ne saisit pas qu’on est peut-être en train de se réveiller !

— J’en ai fait l’expérience. Quand j’ai continué le voyage avec Sophia et Maud. J’avais de plus en plus besoin de me retrouver seul mais je résistais, je faisais semblant. Elles voyaient bien que je changeais mais elles ont fait le choix de me laisser tranquille pour que je vienne vers elles si j’en ressentais le besoin.

Quand j’ai enfin compris ces signes, tout a commencé à prendre sens. Traduire ces messages a transformé ma réalité ! Le pilotage automatique pour échapper au réveil devenait insupportable ! Le choix conscient de la lumière en moi. Ça m’a conduit à l’abandon de tout attachement au passé et au futur et fait de maintenant, le centre d’intérêt essentiel à ma vie.

— La vie passe si vite. Si tu ne t’arrêtes pas pour regarder autour de toi de temps en temps, tu risques de passer à côté. Peut-être que ton inconscient t’a guidé jusqu’à cet instant précis ! Parce quelque chose en toi était prêt à se réveiller. Rien n’arrive par hasard…

Lorsque tu es prêt à changer. L’univers t’envoie des signes pour t’orienter : petits évènements, des rencontres inattendues, des coïncidences troublantes…

— Tu m’en parlais à Mada de ton besoin d’être seule. La solitude m’a aidé à grandir intérieurement. J’avais besoin de me sentir sur la même fréquence que les personnes que je rencontrais, ma vision du monde se modifiait. J’ai pris du recul pour réfléchir à ma vie, j’avais envie de bâtir une nouvelle version de moi-même sans être influencer par l’extérieur. Je ressentais un sentiment de clarté et d’auto-découverte.

Ce temps passé seul te renforce.

J’ai compris que j’ouvrai un espace, pas une plaie.

— Quand la solitude n’est pas un fardeau, quand tu n’en fais pas une prison. L’isolement est un processus de croissance intérieure. Il y a de fortes chances que tu t’éloignes de certaines relations, certaines personnes ne semblent peut-être plus à leur place dans ta vie ! Des conversations te paraissent superficielles. Tu réalises que certaines relations étaient basées sur l’habitude et la commodité plutôt que sur une véritable connexion !

— Complètement Anna, et pas que… la sensation que certaines choses qui étaient autrefois importantes semblent désormais vides de sens ! Tes habitudes, tes routines et mêmes tes croyances qui guidaient ta vie commencent à perdre leur impact.

— C’est déroutant à vivre ! Comme un sentiment de fin de tout ce que tu as parcouru mais n’a plus de sens. J’ai compris que si tu es prêt à évoluer. Ton esprit commence naturellement à se détacher de ce qui ne contribue plus à sa croissance.

Tu es train de te renouveler intérieurement, comme une reprogrammation !

— C’est flippant. Tu m’en avais parlé mais tu ne le comprends que si tu le vis véritablement. Ça déstabilise tellement que tu résistes à ce changement. Tu essaies de retrouver le même enthousiasme qu’avant, persuadé que quelque chose ne va pas chez toi.

— Alors qu’en réalité, c’est un signe d’expansion de la conscience. mumure Anna.

Ils se regardent intensément. Ils se comprennent, tant connectés l’un à l’autre. Spontanément, Anna prend Guillaume dans ses bras. Ils restent un moment juste à se ressentir.

— Tu m’as tellement manqué Anna…

Un instant de magie doucement s’installe. Pas besoin de mot, ils se ressentent. Besoin de se partager, de se toucher, de se respirer, de retrouver leur bulle si précieuse...

Ils ouvrent les yeux, ils sont chez Anna. Ce moment se passe de mot. Seuls les regards, leur souffle, leurs gestes deviennent leur langage.

Tout se rempli : leur cœur, ce sentiment de bienêtre, l’intuition d’être à leur place dans les bras de l’autre. Submergés par tant d’amour.

Ils se sont retrouvés, ils ne veulent plus se quitter. Ils ont conscience du précieux équilibre à créer dans leur vie et ils ont le talent des gens heureux. Ils aiment partager leurs temps, leurs idées, leurs inspirations…

Anna reçoit un message de Maud.

Maud
Salut les copains ! 😊

Je vous informe que nous avons un truc à célébrer ! 🎉

Besoin de vous voir très vite pour partager ma joie ! 🥂

Anna découvre le sms. Elle comprend aussitôt cette heureuse nouvelle !

— Ça y est, crie-t-elle !

Maud attend son bébé !

Vient Guillaume, on rejoint Maud. Je veux la prendre dans mes bras et qu’elle sente le grand bonheur de partager cet heureux événement avec nous.

— Tu as raison ! S’enthousiasme Guillaume pris dans l’exaltation d’Anna.

Quand Maud ouvre la porte. Elle a encore les yeux rouges d’émotions et les analyses précieusement serrées dans ses bras. Elle se remet à pleurer quand elle découvre ses deux amis devant sa porte… ce bonheur est parfait…

Après s’être tous remis de leurs émotions. Ils prennent le temps de se poser et d’échanger sur tous ces sentiments qui voltigent.

— Je me sens si prête pour être maman. Je ne peux pas expliquer cette sécurité qui m’habite, comme une certitude que je vais tout aborder avec facilité…

— Tu es certainement dotée de la sagesse populaire comme disait ma grand-mère. Ce bon sens qui te permet de tout aborder avec sérénité et évidence. sourit Guillaume 

— Ou peut-être es-tu tout simplement connectée à ta sagesse universelle, fait remarquer Anna.

Aïna abordait si souvent ce sujet. La sagesse universelle n’est pas un savoir accumulé, mais une présence retrouvée. Elle habite cet espace où l’on cesse de se contraindre pour commencer à s’écouter.

— Et je vais être méga équipée pour la maternité avec mes deux maîtres spirituels !

— Tu ne crois pas si bien dire. On ne va pas te lâcher ! rit Anna.

— Allez, développe-nous le concept d’Aïna. Ce grand homme que j’espère un jour rencontrer, s’amuse Maud.

— La Sagesse Universelle, ce n’est pas une vérité imposée, mais une évidence ressentie. Elle reconnaît que chaque être humain porte en lui des ressources insoupçonnées, même au cœur du doute. Elle sait que derrière chaque conflit intérieur se cache un besoin légitime qui cherche à être entendu. Le plus formidable, c’est qu’elle ne cherche pas à supprimer l’ombre, elle apprend à l’accueillir comme une part du paysage. Elle nous enseigne que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais un passage à l’évolution.

— Un peu comme la sagesse populaire. Elle traverse les cultures, les croyances et les époques car elle repose sur une réalité simple : l’être humain tend naturellement vers l’équilibre lorsqu’il sait s’écouter avec respect. Ajoute Guillaume captivé par l’échange.

— C’est exactement ça !

Dans cette perspective, guérir ne signifie pas devenir un autre mais redevenir entier.

Grandir ne signifie pas se forcer mais s’aligner.

La sagesse universelle est ce fil discret qui relie le cœur à la conscience, et qui nous rappelle, encore et encore, que la paix commence toujours à l’intérieur de soi.

— Franchement, si avec vous, je ne deviens pas une maman incroyable, comment feront les autres…

Anna, un grand merci pour notre échange à l’hôpital. J’ai réalisé toute la responsabilité que j’allais faire supporter à ce petit être. D’être la clé de mon bien-être, la ressource qui m’anime, c’était de trop et restant focus dans cet état d’esprit, je ne l’invitais pas à me rejoindre. J’ai saisi que j’étais la principale actrice de mon bonheur. Mon enfant fera partie de la pièce de théâtre mais ne doit en aucun cas porter une responsabilité d’acteur principal.

Quand j’ai intégré cela, j’ai lâché !

J’ai recommencé à apprécier de nouveau mon quotidien avec ou sans un rôle de maman. Quand je me suis déplacée pour mon rendez-vous d’insémination, mon état d’esprit était totalement différent. Détaché mais serein, sans me focaliser sur le résultat. Quand je suis rentrée. Je suis allée m’offrir un cadeau, heureuse de vivre le moment. Je m’offrais cet instant magique de me poser au lac et de contempler. Cela à réveiller en moi ce sentiment d’être heureuse de vivre cet instant. De comprendre le bonheur de cette démarche de vouloir être maman même si mon corps n’y serait pas réceptif, ce grand bonheur de cette envie si maternelle.

La surprise est arrivée. J’étais tellement heureuse mais je voulais être certaine et j’ai patienté pour vous l’annoncer. Ce n’était une chose simple de garder le secret…

— Tu es stupéfiante Maud. Tu seras une maman d’exception. Cette expérience t’aura amenée des réflexions qui participent déjà à protéger ce petit être des exigences fantasmées.

— Je me suis également fait cette réflexion. Les attentes, les projections que nous portons sur nos enfants, les enferment dans des ambitions parentales. Je veux le laisser être celui qu’il choisira d’être en le guidant sans le dominer. Je serai heureuse de découvrir l’enfant qu’il sera.

La vie de chacun se poursuit dans la douceur de cet évènement…

 

ÉPILOGUE

Nous cherchons et nous trouvons ce qui n’a jamais été perdu.

La vie de chacun prend vie.

Maud

Maud se découvre enceinte avec une véritable joie. Elle saisit les moments de ravissement de poser les mains sur son ventre comme une louve protectrice. Elle programme l’avenir sans oublier le présent. Elle expérimente le bonheur pour tout et n’importe quoi : chaque évènement devient allégresse et paix comme si elle abordait un nouveau monde avec sécurité.

Celui de donner la vie avec exaltation.

Quand ce petit être voit le jour. Tout est prêt pour vivre chaque moment. Elle vit ses journées noyée dans les grands yeux curieux de son petit Liam à la découverte des couleurs et des bruits. Elle rencontre la connexion spectaculaire à son enfant grâce à l’allaitement.

Cet instant si simple et naturel qui explique le monde, comme une parole de l’univers, un message… la sagesse universelle.

Sophia

Sophia parcourt les musées avec Jean-Marc. Au-delà des découvertes culturelles. Il se dévoile d’authentiques moments de partage. Elle fait davantage confiance à la vie malgré les différences qui l’inquiètent.

L’acceptation lui apporte la paix dans cette relation qui apprend à s’équilibrer chaque jour. Pas toujours simple d’être soi-même. Souvent peur de décevoir et enfin lâcher pour devenir soi.

C’est plus confiante qu’elle s’installe avec cet homme, qui s’émerveille de sa personnalité.

Un rayon de soleil dans sa vie qu’il aime lui déclarer.

Anna

Depuis quelques mois…

Anna et Guillaume se sont réellement retrouvés.

Un goût d’hier pour construire demain. L’univers avait programmé de les réunir.

La sagesse et la maturité de chacun nourrissent ce lien si rare. Ils s’aiment avec intensité. Celle qui impose le respect et l’admiration pour l’autre, l’écoute et la bienveillance…

J’aimerais vous livrer ceci…

Comprenons que toutes nos informations sont dans nos cellules, notre force créative. Si nous nous sentons emprisonnés dans notre propre vie, angoissés par nos pensées. Nous pouvons faire appel à la sagesse universelle. Celle qui nous dit que tout va bien. Nous pouvons lui demander de nous donner la force, de nous aider. Cet appel est un acte de confiance entre nous et l’invisible.

Quand nous sommes trop rationnels. Nous nous identifions à nos problèmes au lieu de nous identifier à notre lumière. Cette partie si lumineuse et saine de nous-même.

Travailler avec nos blessures est sage, tout au long de notre vie, l’angoisse, la dépression, l’agression… essayons de nous diriger vers l’amour de soi pour nous apporter de la douceur. Arrêter de chercher l’amour des autres. Remettons en question cette culture de la souffrance, des croyances culturelles ou sociales pour prendre conscience du plaisir de la vie, la simple joie.

Le monde a été divisé avec ses contraires :

La lumièreL’obscurité

L’intuitionLa logique

Le bienLe mal

Nous cultivons la souffrance au lieu de regarder l’illumination.

Toutes les imperfections sont remarquées par la famille, les amis, les institutions, les réseaux sociaux, les écoles et les autres.

Toute cette rigidité qui enferme, qui maintient la division ou la séparation.

La réponse

La réponse est la flexibilité :

Laisser le doute s’immiscer, le peut-être exister… le champ des possibles s’ouvrir.

Toutes les émotions sont condamnées par la division. D’être en colère est un droit, comme avoir soif ou faim. L’émotion est un messager du corps pour nous préparer à réagir pour notre survie et nous adapter…

Le secret

Ces émotions ne sont pas nos adversaires.

Elles sont nos enseignantes.

Elles nous montrent quelle partie de nous a besoin d’attention et quelles blessures nécessitent une guérison.

Notre ombre est inconfortable mais essentielle, cela demande une honnêteté franche de regarder dans le miroir sans jugement, et accepter toutes les facettes de nous-même, même les moins agréables.

Ce n’est qu’en nous embrassant pleinement que nous commencerons à changer.

Toutes ces expériences de vie mènent à l’apprentissage, la résilience et d’autres vertus pour accepter ce qui doit être. Que ces dernières soient difficiles, même insupportables, composer avec les lois de l’univers et se laisser porter par le courant de la vie… nous apprend à laisser la vie nous traverser avec enseignement et inspiration.

Quand nous arrivons à nous aimer. Nous comprenons que tout ce qui nous habite est là pour nous soutenir, pour accueillir toutes ces facettes, toutes ces parts d’ombre. Pour atteindre la complétude d’être soi.

Les émotions sont des alertes mais quelques fois, elles sont si réprimées qu’il est difficile de les laisser vivre en nous, pour laisser notre humanité être. Si nous accueillons nos émotions au lieu de les dissimuler. L’équilibre sera et la digestion de celles-ci opérera.

Milton Erickson, psychiatre et psychologue, spécialiste de l’hypnose, expliquait que toutes nos expériences de vie restent enregistrées dans notre inconscient. La profondeur de la trace de l’expérience en fonction de l’intensité avec laquelle nous l’avons vécue. Quand on vit un moment intense, terrible, angoissant. Cela opère un sillon qui se creuse avec toute la force de vie avec laquelle nous avons survécu à ce moment précis. Ce dernier peut davantage se creuser avec d’autres petits moments.

Cette force de vie est sous la forme des émotions. Toutes les émotions que nous n’aurons pas réussi à digérer…

D’une autre manière, les blessures que nous nous faisons toute la vie. Elles peuvent facilement guérir entre les mains de la sagesse universelle alors pourquoi ne pas parler à notre sagesse universelle pour lui demander de nous guérir, d’accepter toutes les émotions difficiles pour les regarder sans douleur.

Chaque fois que nous respirons en conscience. Nous interpellons notre sagesse universelle. Ce souffle qui nous relie à ce qui est vivant.

Cette sagesse que nous laissons entrer nous guérit des souffrances, des maladies, des coups, de la violence.

Nous ne pouvons pas tout réparer.

Mais nous pouvons nous réparer.

C’est le chemin de la guérison. N’oublions pas de toujours la remercier pour ce qu’elle entreprend pour nous.

Le monde à l’envers nous a amené à un esprit de compétition au lieu de coopération. Nous usons de masques sociaux pour nous fondre dans la vie, des déguisements pour satisfaire. Prenons nos responsabilités. Assumons notre authenticité.

Réveillons-nous pour laisser tomber les masques.

Et prendre vie.

L’inconscient a une manière particulière de nous enseigner et de nous amener au réveil. Ce bavardage mental qui domine nos journées. Il ne définit pas qui nous sommes. L’inconscient influence davantage nos choix que nous ne le pensons, et pour vivre pleinement, nous devons affronter nos ombres et nous reconnecter !

Si nous ne comprenons pas une leçon d’un évènement la première fois. Il nous place dans une situation similaire pour que nous prenions totalement conscience de ce qui doit être transformé !

La vie nous offre plusieurs occasions de comprendre un aspect caché de nous-même ! Certains traduiront des cycles de malchance ou l’acharnement d’un destin injuste.

En vérité ce sont des opportunités de grandir sur soi, de se réveiller ! La difficulté. C’est que, sans cette compréhension, nous avons tendance à reproduire les mêmes comportements en souhaitant des résultats différents… nous sommes sur le bon chemin si nous prenons conscience des schémas répétitifs dans notre vie, si nous remarquons les cycles qui reviennent sans cesse…

Peut-être attirons-nous le même genre de relations ? Vivons-nous des challenges similaires au travail ?

Ou devons-nous faire face aux mêmes difficultés émotionnelles à chaque fois ?

Cela peut sembler être une simple coïncidence mais l’inconscient fonctionne au travers des schémas et des symboles.

Si un évènement dans notre vie est répétitif. C’est qu’il y a un apprentissage que nous n’avons pas encore intégré !

Dans cet évènement qui revient sans cesse. Il peut être sage de s’interroger sur ce que cette expérience essaie de nous apprendre, quelles croyances ou comportements en nous, nous ressentons pour que cela se reproduise ?

Dans le cas des relations. La solution ne se limite pas seulement à mieux choisir, mais implique de travailler en profondeur sur la croyance de ce sentiment de ne pas être suffisant. De redéfinir nos expériences passées et de développer un sentiment de valeur personnelle.

Le changement

Le passage du changement est d’agir différemment de ce que nous pratiquons depuis toujours ! Si un schéma se répète, c’est que notre manière de réagir l’alimente. Alors, peut-être adopter une nouvelle approche, faire des choix différents, remettre en question nos attentes habituelles…

Le simple fait de sortir de notre pilotage automatique commence à transformer la situation.

C’est dérangeant mais cela nous oblige à affronter des vérités sur nous-même que nous avons peut-être préféré éviter. Une fois que nous comprenons et résolvons un schéma, il cesse de se répéter ouvrant la voie à un nouveau passage dans notre vie.

L’un des signes les plus puissants pour nous indiquer que nous sommes sur la bonne voie est cette sensation qu’un appel plus grand que nous se fait entendre !

Un jour, nous ressentons une soif inexplicable d’apprendre, de mieux nous comprendre, d’explorer de nouvelles idées et de voir la vie avec une vision différente.

Quelques fois, nous nous intéressons à des sujets tels que la spiritualité, la philosophie, la psychologie ou encore le développement personnel… nous ressentons ce besoin de réponse à des questions que nous ne nous sommes jamais posées auparavant…

L’individuation

C’est tout simplement le processus d’individuation.

Le chemin par lequel nous devenons véritablement nous-même. Ce désir de chercher quelque chose de plus grand ne survient pas par hasard. Le message limpide que notre conscience est en train de s’étendre, que nous ne nous satisfaisons plus des réponses superficielles. Nous ressentons quelque chose de plus profond derrière la routine quotidienne et c’est là, que nous commençons à remettre en question la réalité que nous avions toujours acceptée sans réfléchir.

C’est si fascinant et si troublant…

Cet espace d’incertitudes est la véritable transformation. C’est là que notre nouvelle identité se forme doucement. Beaucoup abandonneront à ce moment précis. Confondant cet inconfort avec une erreur de parcours !

Mais en réalité, il est impossible de grandir sans ressentir un changement déstabilisant. Si nous ressentons ce mélange d’anxiété, d’excitation, de peur continue… cela signifie que nous évoluons ! Si nous saisissons ce qui se passe en nous. Nous agirons en conséquence, nous évoluerons. Certaines personnes sentent le changement et leur vision du monde se transformer mais restent bloquées dans le doute, la peur et l’hésitation…

Il est capital de comprendre que l’individuation n’est pas un luxe réservé aux philosophes, aux personnes spirituelles…

C’est un besoin humain.

La recherche psychologique de notre insatisfaction chronique ressentie par beaucoup, ce sentiment de vide… même lorsque tout semble fonctionner, cela vient d’une déconnexion avec qui nous sommes réellement !

Le processus d’individuation,

c’est la rencontre avec le vrai soi.

La reconnexion à soi.

La véritable transformation commence lorsque nous passons de la théorie à l’action. Lorsque nous écoutons notre moi intérieur, la partie qui détient les réponses que nous cherchons désespérément à ce manque de connexion.

Prenons vie

Remerciements

Chaque livre possède son battement de cœur.

Celui-ci a longtemps hésité entre l’ombre et la lumière.

Je l’ai abandonné plusieurs fois sur le bord du chemin, persuadée parfois de ne plus savoir où il voulait me conduire. Et pourtant… il revenait toujours à moi. Comme une marée silencieuse. Comme une voix discrète qui refusait de se taire.

Puis il y eut mes derniers mots :

« Prenons vie ! »

Et, contre toute attente, ce ne fut pas un soulagement.

Ce fut un vide.

Une étrange tristesse est venue s’asseoir à côté de moi, semblable à celle d’un parent regardant un enfant quitter le foyer pour suivre sa propre route. Pendant des mois, Anna avait vécu en moi. Ses doutes, ses blessures, ses questions avaient fini par se mêler aux miennes. Alors, lorsqu’elle est partie… quelque chose est parti avec elle.

L’écriture n’est pas seulement une histoire que l’on raconte. C’est un fragment de soi que l’on dépose entre les mains des autres.

Heureusement, la vie laisse toujours une porte entrouverte.

Aujourd’hui, l’écriture de Céleste continue de faire danser cette lumière intérieure et me rappelle que les histoires ne meurent jamais vraiment.

Elles se transforment.

Je remercie profondément ces êtres précieux qui m’entourent. Mes amis. Mes refuges. Mes ancres dans les tempêtes invisibles. Vous êtes ces mains discrètes qui empêchent parfois une âme de sombrer sans même le savoir.

Nat

Merci de lire mes mots avec autant de sincérité. Ton honnêteté est un cadeau rare. Tu ne cherches jamais à flatter, mais à faire grandir. Chacune de tes remarques devient une pierre ajoutée à l’édifice. Ton regard attentif éclaire les zones que je ne vois plus lorsque je suis trop longtemps enfermée dans mes propres pages.

Arnaud

Sans ton soutien, cette flamme vacillerait bien plus souvent. Tu es cette présence silencieuse qui rassure sans bruit. Celui qui ramasse les morceaux de doute sans jamais demander de reconnaissance. Tu portes mes élans, mes absences, mes tempêtes créatives avec une douceur que peu de gens savent offrir. Merci de croire en moi parfois davantage que moi-même.

Laetitia

Merci pour ton regard précis, entier, profondément humain. Tu ne mesures sans doute pas l’importance de tous ces détails que tu soulignes et qui viennent enrichir chaque ligne. Tes retours me permettent de garder les pieds sur terre lorsque mon esprit voyage trop loin.

À vous tous… Merci d’être là, simplement.

Merci de marcher à côté de moi sans jamais chercher à guider mes pas à ma place. Merci de respecter mes silences, mes retraits, mes renaissances. Merci d’accepter cette partie de moi qui part souvent loin pour mieux revenir.

Ce livre parle du voyage intérieur.

Mais aucun voyage ne se traverse réellement seul.

Et parfois, au milieu des tempêtes, il suffit simplement d’une présence sincère pour nous rappeler le chemin vers nous-mêmes.

Quelques portes à ouvrir...

Les ouvrages, conférences et réflexions réunis ici ont accompagné l’écriture de ce roman. Ils prolongent les thèmes traversés par Anna et ouvrent d’autres chemins de réflexion.

YouTube — Plénitude en réflexion
Carl Jung dit qu’on perd son âme quand on fait ça tous les jours…

YouTube — Plénitude en réflexion
Carl Jung révèle pourquoi il vaut mieux être célibataire que d’avoir un partenaire.

YouTube — Le Conseiller
Carl Jung — La vie commence lorsque vous vous trouvez.

YouTube
Carl Jung — L’amour romantique.

Deepak Chopra
Santé parfaite.

YouTube — Plénitude en réflexion
Carl Jung : votre bavardage mental n’est pas vraiment vous.

Eckhart Tolle
Le pouvoir du moment présent.

YouTube — Mystique intemporel
Les enseignements de Carl Jung qui changeront votre vie. La guérison émotionnelle.

YouTube — Sois une meilleure personne
Si vous remarquez ces signes, continuez… vous êtes sur la bonne voie — Carl Jung.

Dialogue avec Fabrice Midal
Invitée : Thérèsa Robles.

Dialogue avec Fabrice Midal
Invité : Julien François.

Avant de refermer ce livre

Merci d’avoir marché quelques instants aux côtés d’Anna.

Si une phrase, une émotion ou une réflexion continue de vous accompagner après cette dernière page, alors son voyage aura trouvé un écho.

Je vous souhaite de poursuivre le vôtre avec curiosité, douceur et confiance.

Virginie Calle

plume-de-virginie.fr

Le plus beau chapitre
reste peut-être
à écrire

Quelques mots sur Virginie Calle

Virginie Calle écrit autour des silences, des transformations intimes et de ces passages de vie que l’on traverse souvent trop seules.

Avec Le voyage commence en toi, elle explore la perte de sens, l’éveil intérieur, la reconstruction et cette quête intime qui pousse parfois à tout quitter pour enfin se retrouver.

Merci d’avoir lu ce roman.
L’histoire continue parfois là où le livre se referme.