Il faut que ça cesse ! Depuis des années, je suis victime de diffamations, d’accusations gratuites !
Ce matin-là, mon honneur est bafoué ! Tout est paisible : une brise légère, le chant des oiseaux… et un bruit sonore vient briser cette sérénité :
PROUT !
— Maman, je t’ai entendue !
— Ce n’est pas moi, Liam, c’est Marie-Jo !
— Non, je suis sûr que c’est toi, et tu l’accuses encore !

Cette fois, c’est pire qu’une honte ! C’est une catastrophe diplomatique !
Dans cent ans, les chattes raconteront encore cette journée à leurs chatons autour d’un bol de croquettes !
Je suis accoudée au rebord de la terrasse, comme chabitude, et je me laisse admirer par Barney.
Barney, c’est mon voisin du dessous. Mon plus fidèle sujet. Mon plus grand admirateur !
Depuis que je lui ai accordé l’immense privilège de lui adresser un regard, il ne parle que de ça dans le quartier.
Je le laisse me contempler en faisant la belle…
ET c’est à ce moment-là !
Quand ses yeux sont remplis de cœurs et qu’il me regarde avec amour…
Et là… Maman pète un coup !

Le PROUT de la honte !
Je vois les moustaches de Barney se figer ! Ses oreilles se dresser ! Ses yeux en forme de cœur clignoter ! Une fois ! Deux fois !
Et je vois dans son regard une question terrible :
« Marie-Joëlle aurait-elle… des gaz ? »
J’ai failli tomber de la rambarde !
Moi-même, je vis la surprise quand Maman m’accuse injustement !
Elle est châtrement pas gênée, celle-là !
Mal à l’aise, je me redresse.
Lui me regarde avec incompréhension…

Ma réputation est compromise !
Il va me prendre pour celle que je ne suis pas !
Je ne suis pas une chatte péteuse !
Que faire pour retrouver ma dignité ?
Réfléchis, réfléchis, Marie-Joëlle, l’heure est grave !
La reine de la jungle ne peut pas se laisser humilier de la sorte.
Une seule solution : mon frère connaît la vérité !
Il est en train de regarder ses dessins animés. Alors j’arrive devant lui et je miaule. Je remiaule de tout mon cœur.
Je fais le tour du canapé, je repasse dans l’autre sens, je monte sur l’accoudoir.
Je lui fais pourtant le signal universel de l’urgence féline !
Je renverse même sa télécommande pour attirer son attention.

— Tu m’embêtes, Marie-Jo ! Qu’est-ce que tu as ? Laisse-moi tranquille !
Au bout de cinq minutes de miaulements, de pleurs désespérés et de passages de droite à gauche sur le canapé pour qu’il s’occupe de moi, il craque !
— Bon, qu’est-ce que tu veux ?
Je me précipite près des escaliers pour qu’il me suive. Je l’emmène sur la terrasse.
Ouf ! Il me suit.
Et là, je le regarde avec mes grands yeux de Chat Potté.
J’attends de lui qu’il dise à haute voix la vérité vraie !
Que Maman est la seule COUPABLE !

Il ne comprend rien !
— Tu as faim ?
Il ajoute des croquettes à ma gamelle déjà pleine.
Chafaisuer !
Quel manque de culture politique !
Je veux juste qu’il répare le malaise que Maman a provoqué et qu’il déclare à haute voix que je suis innocente !
Je vis une cruelle injustice !
Je veux qu’on restaure la vérité vraie !
Barney doit continuer à me voir comme une reine !

Je me retrouve avec une gamelle remplie de croquettes, un frère qui n’a rien compris et une mère qui ne me respecte pas…
Ce n’est pourtant pas chorcier !
Je réclame de la justice et de la considération.

Je retourne sur la terrasse.
Barney est toujours là.
Il me regarde. Je le regarde.
Le silence est lourd…
Puis il s’approche du bord et me lance :
« Miaou ? »

Il me demande si tout va bien.
Ouf ! Ma réputation est sauvée !
Je bombe la poitrine.
Je reprends ma posture royale.
Quelquefois, les meilleurs sujets doivent faire comme s’ils n’avaient rien vu, rien entendu !
Ce Barney est parfait !
Je le garde précieusement dans ma cour de prétendants.
Enfin voilà, vous comprenez ma vie maintenant !
Bon, à plus, pour une de mes nouvelles si captivantes aventures !


